Exclusif. Niché derrière l’ambassade de Suisse au Sénégal et en surplomb de l’océan Atlantique, le siège du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (COJOJ) de Dakar 2026 offre une certaine quiétude que seule le bourdonnement de la climatisation perturbe. A moins de trois ans de l’événement dans la capitale sénégalaise, l’immeuble n’abrite pour l’heure qu’une petite vingtaine de collaborateurs.
Dans cette ambiance, le maître des lieux, Ibrahima Wade, coordinateur du COJOJ, est fidèle à l’ambiance des lieux. L’ancien athlète international, spécialiste du 400 mètres, passé par les clubs de Montreuil et Villemomble en Seine Saint-Denis, affiche une sérénité déconcertante face à la tâche historique à accomplir. Pour la première fois, l’Afrique organisera un événement olympique avec ces JOJ de 2026. Les dates ont été fixées : ce sera du 31 octobre au 13 novembre, à Dakar. Son président fait le point en exclusivité pour SportBusiness.Club.
Où en est l’avancée de l’organisation des JOJ Dakar 2026 ?
Ibrahima Wade : « Nous sommes dans les temps. A trois ans de l’organisation des Jeux, nous avons participé à deux événements très importants. Tout d’abord, à la réunion de la commission de coordination du Comité International Olympique (CIO) il y a quelques semaines, et à la 141e session du CIO à Mumbai (Inde) en septembre 2023. Nous y avons présenté notre niveau d’avancement. Nous avons reçu la grande satisfaction de tous les membres. S’agissant des sites olympiques, tout sera prêt pour 2026. Il reste seulement quelques travaux de réhabilitation, mais très légers, à deux endroits. Ces aménagements ont tous déjà été testés sur différents événements sportifs. Il y aura bientôt des véritables tests events en présence des fédérations internationales ».
La ville de Dakar est-elle prête à accueillir les milliers de visiteurs qui viendront pour les JOJ ?
I.W. : « Oui. Nous sommes en discussion très avancée avec les acteurs hôteliers et touristiques de la région. Le plan de transport, lié au Train Express Régional (TER) développé par la société Eiffage, est parfaitement respecté. Nous avons également un groupe de travail “transport” avec le CIO. Ce dernier supervise les travaux et s’assure que nous soyons dans les temps. Tout sera opérationnel en 2026. Le village des athlètes est quant à lui déjà prêt. Il remplit d’ores et déjà sa fonction d’héritage puisque c’est actuellement une université. Nous avons mis le turbo ! »
Quelles sont les retombées espérées ?
I.W. : « En premier lieu, l’héritage matériel. Nous sommes en train de relever le plateau infrastructurel. La perspective des Jeux Olympiques de la jeunesse d’été Dakar 2026 a dopé le développement des aménagements. Avec nos partenaires publics, nous développons des infrastructures de moyennes et petites tailles pour, à terme, changer le quotidien des habitants de Dakar. Il y a également une dimension para sport. Nous avons aménagé de nombreux espaces pour l’handisport. La place des femmes dans le sport est aussi au cœur des enjeux. Dans ce cadre nous avons noua un partenariat avec l’INSEP [à Paris] pour y former 19 entraîneurs femmes. Ce dispositif sera reconduit. Toujours à ce sujet, nous avons l’ambition d’avoir 40% de femmes dans l’organisation de ces JOJ. Nous avons par ailleurs créé un centre médical du sport qui sera bénéfique pour la population car il n’y en avait pas. Un accord avec l’Agence Française de Développement (AFD) a été signé afin de mettre une partie de leur financement au profit des arrondissements de Dakar. Nous avons développé de petits aménagements pour faciliter la pratique sportive avec de la lumière et des points wifi. Le Sénégal est un grand pays de sport mais nous n’avons pas encore suffisamment d’infrastructures. Je pense enfin aux retombées psychologiques. Cet événement doit montrer au Sénégal et à l’ensemble du continent africain que nous sommes capables d’organiser et accueillir des grands événements sportifs. Et pourquoi pas un jour les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été ! Nous voulons nous positionner comme un hub de grands événements sportifs internationaux ».
Quel est le modèle économique des JOJ de 2026 ?
I.W. : « Le modèle de financement est maîtrisé. Il y a tout d’abord une contribution déterminante du Comité International Olympique. Il y a ensuite l’Etat du Sénégal, la ville de Dakar et les comités nationaux olympiques sénégalais qui apportent des financements. A côté de cela, il y a les revenus commerciaux. Le “produit” Dakar 2026 est intéressant. Nous avons beaucoup de discussions avec de potentiels partenaires car le projet intéresse et les marques ont conscience que cela va être un formidable vecteur de visibilité. C’est historique. Il ne faut pas rater l’opportunité de ces Jeux Olympiques de la Jeunesse. Pendant les Jeux Olympiques de Paris 2024, nous serons présents à travers le “Club 2026” pour montrer aux partenaires ce que nous voulons faire et en attirer de nouveaux. Nous sommes par ailleurs soutenus par l’Union Européenne et l’Agence française de développement. Ces subventions sont hors budget car elles seraient arrivées sans les Jeux Olympiques de la jeunesse. En revanche, c’est certain que cet événement est un accélérateur pour les programmes de mobilité, par exemple. Personne n’imagine que l’on va enlever des rails après les Jeux Olympiques de la Jeunesse (rires). Tout va rester ! »
Quel rôle aura la jeunesse sénégalaise dans ces JOJ ?
I.W. : « Les JOJ par les jeunes, avec les jeunes et pour les jeunes ! Ce concept nous accompagne chaque jour. Ce n’est pas qu’un slogan : c’est notre réalité. Nous avons librement pris l’engagement que la moyenne d’âge du comité d’organisation soit de moins de 40 ans. La jeunesse sénégalaise doit être au cœur de l’événement. C’est elle qui organisera les prochains grands événements sportifs internationaux dans le pays ».
Entretien : Titouan Laurent, envoyé spécial à Dakar (Sénégal)
© SportBusiness.Club Novembre 2023
Les Jeux Olympiques de la Jeunesse
- Eté :
- 2010 : Singapour.
- 2014 : Nanjing, Chine.
- 2018 : Buenos-Aires, Argentine.
- 2026 : Dakar, Sénégal.
- Hiver :
- 2012 ; Innsbruck, Autriche.
- 2016 : Lillehammer, Norvège
- 2020 : Lausanne, Suisse
- 2024 : Gangwon, Corée du Sud.
(*) Initialement prévus en 2022, les JOJ de Dakar ont, en juillet 2020, été reportés à 2026.