Ses lumières forment une vague à l’horizon, sur la crête des montagnes entourant Zhangjiakou. Dans la nuit, le tracé sinueux de la Grande Muraille se devine à quelques kilomètres du ZBC (Zhiangjiakou Broadcast Center), le centre de la télévision du site sur les Jeux olympiques de Pékin. A l’intérieur de ce bâtiment sans âme, les journalistes et techniciens de France Télévisions ne peuvent toutefois pas apprécier ce spectacle. C’est ici que se fabriquent les images des Jeux pour les téléspectateurs français. Le groupe audiovisuel public s’est installé sur 600 mètres carrés. Une régie, une salle de rédaction, un studio et un coin repos avec trois petits canapés se partagent cet espace sans fenêtre.
« Nous sommes 160 ici, en Chine pour couvrir les Jeux, en comptant les personnes à Pékin et à Yanking, auxquels il faut ajouter 110 autres travaillant à Paris, » indique Pierre Martin, le Chef de mission de France Télévisions à Pékin. A cause du décalage horaire entre la France et la Chine, le travail n’est quasiment jamais ininterrompu, 24 heures sur 24. Il débute tôt le matin, c’est-à-dire au début de la nuit dans l’Hexagone, pour se conclure durant la nuit chinoise afin d’être présent dans les journaux du soir en France.
Depuis Zhangjiakou, les équipes de France Télévisions envoient une dizaine de flux en France. C’est à Paris, au siège du groupe, que sont mixées les images. C’est aussi la France qui réalise « l’habillage » du plateau. Filmé sur un fond vert, le présentateur se retrouve à l’antenne dans un bocal transparent posé en haut d’une montagne. L’effet est saisissant et spectaculaire. « Comme il y a un gros travail informatique pour ce trucage, il était plus facile de le faire à Paris, » explique Pierre Martin. A la pointe de cette technologie, ce plateau suscite la curiosité des autres télévisions. « Nous avons quelques visites et avons reçu les félicitations d’OBS, l’opérateur des images des Jeux, » précise avec fierté le dirigeant.
Jamais aussi compliqué
Si pour le téléspectateur tout semble glisser parfaitement à l’antenne, en coulisses, la logistique de ces Jeux est très lourde. Plus que d’habitude. « On n’a jamais connu aussi compliqué, reconnait Pierre Martin. Heureusement, toutes nos équipes ont été extraordinaires« . Cette difficulté résulte du contexte mis en place par le Comité d’organisation chinois afin de lutter contre l’épidémie de covid-19. Le principe de la « boucle fermée » interdit tout échange avec l’extérieur et réduit les contacts et interactions entre personnes. « Mais nous voulions être présents, pour avoir les athlètes en vrai, en plateau, et non organiser des visio-conférences, poursuit le journaliste. Il faut toujours être au plus proche des athlètes. Là, nous pouvons aller les chercher au Village en voiture ».
Il a fallu également jongler avec les cas de covid au sein des équipes : quatre au total, au début. L’un a passé 16 jours en isolement dans une chambre d’hôtel. Et l’aventure n’est pas encore finie. « Une partie, dont moi, restons pour les Jeux paralympiques, commente Pierre Martin. Nous serons une cinquantaine, quelques journalistes viendront de Paris. Tout sera fabriqué ici« . Comme le décor, différent de celui des Jeux olympiques et déjà installé dans le studio de Zhiangjiakou. Il reste maintenant un autre point à régler pour le chef de mission de France Télévisions, et pas le moindre : le retour. « A ce jour, nous n’avons pas d’avion pour revenir en France, » confie-t-il. Les problèmes, jusqu’au bout.
Bruno Fraioli, à Pékin
© SportBusiness.Club Février 2022