Après Londres l’an dernier, le sumo poursuit sa relance internationale avec une tournée qui fait escale samedi 13 et dimanche 14 juin 2026 à Paris, à l’Accor Arena. Un déplacement rare pour les rikishi, qui avaient presque disparu des scènes étrangères depuis un tournoi organisé à Las Vegas (États-Unis) en 2005. En début d’année, dans les coulisses du tournoi de Tokyo (Japon), remporté par le jeune Ukrainien Aonishiki, l’Association japonaise de sumo travaillait déjà cette nouvelle étape de son influence culturelle.
Cette diplomatie sportive n’est pas nouvelle pour l’ancestrale discipline japonaise. Dès 1854, des lutteurs avaient été présentés au Commodore Perry, envoyé par les États-Unis pour ouvrir le Japon au commerce international. Dans son journal, ce dernier avait décrit des démonstrations de force “barbares” et des lutteurs “plus semblables à des taureaux qu’à des humains”. Perry “observait tout ce qui concernait le Japon depuis une position d’ignorance presque totale du pays”, rappelle Jessamyn R. Abel, professeure d’études asiatiques à l’université Penn State. Aujourd’hui, le regard a changé. “Pour un spectateur qui pense déjà que le Japon est ‘cool’, le sumo ne fait que renforcer” cette idée.
Surtout pas de l’entertainment !
Le Japon mise désormais sur ce patrimoine pour nourrir son attractivité. Les agences publiques veulent développer le “tourisme des arts martiaux”, du sumo au kendo en passant par le karaté, souligne Kosuke Takata, maître de conférences à l’université Waseda. Au XXe siècle, les tournées accompagnaient déjà la diplomatie japonaise, notamment en Chine, aux États-Unis ou en Europe. En 1973, des sumotoris s’étaient rendus à Pékin (Chine), un an après le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Pékin répondait alors avec sa “diplomatie du panda”. La séquence actuelle est différente. Les relations sino-japonaises sont tendues et les deux derniers pandas du Japon ont été renvoyés en Chine il y a quelques mois.
Le contexte économique est en revanche porteur pour l’archipel. Le Japon a accueilli en 2025 un nombre record de touristes. Les tournois de sumo se jouent à guichets fermés. David Rothschild, promoteur du tournoi parisien, explique avoir sollicité l’AJS il y a dix ans, sans réponse avant 2023 : « Après beaucoup d’échanges, tout s’est accéléré: en un mois on a quasiment tout fait ». Une exigence demeure : « Il faut toujours considérer le sumo comme une tradition. Ce n’est pas uniquement un sport et ce n’est pas de l’entertainment ». Paris avait déjà accueilli des sumotoris en 1986 et 1995. Yasutoshi Nakadachi s’en souvient: « Nous combattions sérieusement mais nous étions surtout contents de profiter de Paris ». (Avec AFP)
© SportBusiness.Club – Juin 2026