Team Vitality a choisi de communiquer sur la solidité de son modèle économique. Dans un document détaillé publié en mars 2026, la première équipe française e-sportive met en avant la structuration de ses partenariats et leur inscription dans la durée. Cette prise de parole rappelle les accords long terme signés avec des marques non-endémiques comme le Crédit Agricole, activés via des dispositifs sur-mesure et orientés performance. Nicolas Maurer, directeur général de Team Vitality, se projette aussi sur l’avenir.
Que retenez-vous de l’année 2025 sur le plan marketing ?
Nicolas Maurer : « Nous avons réussi à fidéliser un écosystème de partenaires. On arrive à démontrer la valeur qu’on leur apporte. Cela se traduit par des contrats à long terme et des renouvellements comme pour le Crédit Agricole. C’est assez unique dans l’e-sport. Il faut aussi rappeler que Team Vitality a fait une année 2025 exceptionnelle notamment sur Counter Strike. Et comme pour tout club sportif, ce qui se passe sur le terrain entraîne tout le reste ».
Comment parvenez vous à fidéliser les partenaires ?
N.M. : « Chez Vitality, nous avons beaucoup investi sur la data, le management des comptes et le relationnel. Nous avons fait de gros efforts sur l’après signature du contrat. D’autant que les annonceurs qui s’engagent dans l’e-sport ont quand même pris un petit plus de risque qu’avec un club de rugby ou de football. Nous devons convaincre en permanence, même avec nos sponsors actuels. Comme cela, au moment du renouvellement, cela est très clair pour eux. Aujourd’hui nous comptons ainsi une douzaine de partenaires ».
Demeure-t-il une forme de réticence chez les annonceurs de s’associer à l’e-sport ?
N.M. : « De moins en moins. Même s’il reste des marques s’estimant se situer encore trop lointain de l’e-sport. Les exemples de Renault, Adidas, Crédit Agricole ou encore Leclerc très récemment montrent tout de même une avancée. C’est un travail de fond qui est très long. Les choses se débloquent secteur par secteur. Il faut aussi reconnaître que les décideurs se renouvellent et sont de plus en plus au fait de l’impact de l’e-sport. Tout cela n’est qu’une question de temps. Mais on essaye de trouver des raccourcis ».
L’e-sport est-il toujours dépendant du sponsoring ?
N.M. : « Team Vitality fait partie des meilleurs clubs au monde en terme de sponsoring. Mais cette part a tendance à diminuer dans nos revenus. C’est une super tendance pour nous. Les montants de sponsoring que nous signons sont de plus en plus importants mais on développe encore plus vite nos autres postes de revenus. Le sponsoring reste tout de même la première ou la deuxième source de recettes des clubs e-sport ».
Y-a-t-il beaucoup “d’appels entrants” pour s’associer à Team Vitality ?
N.M. : « Oui, notamment en lien avec nos succès e-sportifs. Nous avons reçu beaucoup de demandes au moment de nos exploits sur Counter Strike. Parfois, sur une même catégorie d’annonceurs nous avions quatre marques en discussions. C’est un bonheur d’un point de vue business, mais c’est aussi assez rare. Nous avons de plus en plus de visibilité. L’annonce du partenariat avec Leclerc a fait énormément de bruit par exemple. Cela génère aussi des appels entrants.»
Team Vitality s’approche t-il de la rentabilité ?
N.M. : « Il n’y a pas encore de modèle économique clair pour les grands clubs mondiaux. Team Vitality perdait beaucoup d’argent. Les années passant, la situation s’est améliorée. On se rapproche de plus en plus de l’équilibre avec un chiffre d’affaires en croissance constante. Les indicateurs sont plutôt bons pour l’avenir. Aucun grand club n’est structurellement pérenne à plusieurs années ».
Quels sont vos leviers de croissance ?
N.M. : « Nous avons lancé par exemple notre agence RushBee. L’idée est d’accompagner les marques intéressées par le gaming et l’e-sport dans des événements ou des activations. RushBee s’adresse également aux sponsors de Team Vitality. C’est un des leviers de croissance pour nous. Nous sommes en recherche de diversifications et des annonces vont intervenir en ce sens en 2026.«
Etes-vous accompagné par une agence ou régie commerciale ?
N.M. : « Nous essayons de faire nos partenariats nous-même. Cela arrive que des apporteurs d’affaires ou des agences se mêlent aux discussions. Mais Team Vitality n’a pas d’agence exclusive. Je pense que l’e-sport est encore trop spécifique pour pouvoir être vendu par une armée de commerciaux. Dans l’e-sport, nous devons être très précis et capables de créer du sur-mesure pour les marques. A ce titre la méthode traditionnelle des régies, qui marche bien pour les ayants-droits classiques, ne fonctionne pas très bien pour notre univers. Cela reste mon avis. Ce n’est pas une vérité absolue. Car d’autres grosses écuries à l’étranger par exemple sont ou on été associés à de grosses régies »
L’événementiel représente-t-il un axe de développement pour Team Vitality ?
N.M. : « Organiser ses propres événements n’est pas très pertinent pour Team Vitality. Cela l’est davantage pour les clubs d’influenceurs dotés d’une grande communauté de fans. En revanche, nous mettons beaucoup d’énergie pour nous greffer autour de grands événements e-sport. Par exemple, on participe à l’ensemble des plus grands événements Counter Strike de la planète. En mai, il y aura le Major Rocket League à Paris La Défense Arena. On met le paquet sur les activations partenaires. Nous allons inviter des prospects et activer la communauté ».
Quels sont les enjeux pour 2026 ?
N.M. : « Il y a les sujets de diversification mais surtout évidemment tout ce qui va être fait dans le cadre du nouveau partenariat avec Leclerc. Ce fut super de signer ce sponsor mais maintenant il faut délivrer. La marque a de grandes ambitions sur ce projet. Nous aussi. De gros moyens vont être mis pour être hyper visible. Ce qu’ils font avec le Tour de France est très inspirant par exemple ».
Entretien : Titouan Laurent
© SportBusiness.Club – Mars 2026