25 mai 2026

Temps de lecture : 3 min

“Une pause a été nécessaire” : le sport féminin face au mur économique

Au 2e colloque Sport au féminin de SportBusiness.Club, sportives, associations et partenaires ont rappelé le poids des contraintes économiques, et leur rôle pour faire progresser la discipline.

Le sport féminin progresse dans sa visibilité, mais il reste rattrapé, sur les terrains, par la réalité économique. « Le rugby féminin n’est pas professionnel, tout du moins pas encore », a rappelé Léa Kayabalian, joueuse de rugby en Élite 1 au LOU Rugby, lors du 2e colloque Sport au féminin organisé par SportBusiness.Club mercredi 20 mai 2026 à Paris (France). Dans l’ovalie, les joueuses peuvent bénéficier de contrats de travail et d’un statut semi-professionnel. Mais elles restent souvent étudiantes ou salariées.

« Notre quotidien additionne journée de travail, entraînements de 18 h à 21 h et matchs le week-end, à domicile ou partout en France », a détaillé la joueuse, qui doit donc s’imposer des choix de carrière. Ainsi, la Lyonnaise a dû mettre sa pratique sportive entre parenthèses pendant deux ans pour travailler dans l’événementiel sportif, notamment lors de la Coupe du monde de rugby et des Jeux olympiques.

Mais l’appel de la compétition, des rucks et des mêlées était trop fort. En raison de contraintes horaires incompatibles, son retour au rugby a nécessité un autre arbitrage : trouver un emploi avec des horaires de bureau pour pouvoir s’entraîner le soir. « Une pause a été nécessaire », a-t-elle expliqué.

“Redevenir une fille”

Pour autant, la joueuse du LOU Rugby ne réduit pas ce double projet à une contrainte. Elle y voit aussi un équilibre. « Des femmes avec un cerveau font également de bonnes sportives et de meilleures sportives », a-t-elle affirmé. Mais le manque de professionnalisation a un coût sportif. Avec un statut pleinement professionnel, les conditions d’entraînement, de récupération et de performance seraient plus favorables. Le sujet dépasse donc la seule reconnaissance symbolique.

Un autre témoignage a illustré les freins qui ralentissent le développement du sport féminin. Pauline Le Mouëllic a replacé la pratique féminine dans une histoire plus large. Fondée en 2020, son association Graines de Footballeuses est née d’un parcours personnel marqué par les stéréotypes. Enfant, elle jouait au football avec les garçons, avant d’être régulièrement renvoyée à son genre par les adversaires et par la cour de récréation. « À 13 ans, j’ai dit à ma mère que je souhaitais arrêter le foot pour… redevenir une vraie fille », a-t-elle confié.

Des années plus tard, en entraînant des U11 féminines, elle a constaté que les mêmes freins existaient encore. Certaines jeunes filles expliquaient ne pas recevoir le ballon dans la cour. D’autres envisageaient déjà d’arrêter à l’adolescence ou à l’âge adulte. Pour Pauline Le Mouëllic, le football est devenu un outil éducatif. Graines de Footballeuses vise l’émancipation, l’inclusion, l’éducation et l’insertion. Le sport sert de porte d’entrée vers la confiance, la culture et l’emploi.

Le rôle des sponsors

L’association agit dès le plus jeune âge avec un programme « Babyfoot », gratuit à partir de 3 ans. Elle organise aussi des stages mêlant football, visites culturelles et immersions en entreprise. Elle intervient dans les écoles, les centres sociaux et les clubs. Elle forme également les encadrants. L’enjeu reste concret. Pauline Le Mouëllic a cité l’exemple d’un coach entendu récemment : « Ouais, mais tu fais des pompes comme des filles. » Pour elle, ces phrases banalisées construisent encore des barrières durables.

Dans ce contexte, le rôle des entreprises apparaît central. La Matmut intervient ainsi dans le dispositif de Pauline Le Mouëllic comme partenaire financier, mais aussi comme acteur de développement. Emmanuel Petit, directeur RSE du Groupe Matmut, a parlé de « passage à l’échelle ». Le groupe accompagne Graines de Footballeuses dans sa structuration et accueille des immersions professionnelles. Le siège social de la Matmut étant à Rouen (Seine-Maritime), l’implantation de l’association dans cette ville a aussi une valeur symbolique. L’assureur veut montrer que ses métiers peuvent être un horizon pour des jeunes filles éloignées de ces représentations.

Le partenariat de la Matmut concerne aussi le LOU Rugby. Léa Kayabalian a souligné le rôle économique des partenaires privés dans un championnat où la billetterie, les droits télé, le merchandising et les subventions ne suffisent pas. Jouer à Lyon (Rhône), au Matmut Stadium, devant 3 000 ou 4 000 personnes change aussi la perception du groupe et de ses joueuses. Emmanuel Petit a conclu sur une condition : la volonté du sponsor doit être partagée par le club. Le développement du sport féminin repose sur un dispositif systémique, associant marques, structures sportives, éducateurs et athlètes.

© SportBusiness.Club – Mai 2026

Allez plus loin avec Sport Business Club

Abonnement à Sport Business Club

Inscription à la newsletter

Le Goupe INfluencia