Sa voix est devenue indissociable du tournoi. À Roland-Garros, Marc Maury incarne le Grand Chelem parisien. Aussi élégant physiquement que vocalement, il est le maître du court. Depuis plus de 20 ans, l’ancien décathlonien présente les joueurs dans un concept immuable devenu central pour l’expérience spectateur : « J’aime me définir comme maître de cérémonie (MC), car ce terme englobe tout : de la présentation des joueurs jusqu’aux cérémonies de fin de tournoi », explique-t-il.
Pour lui, cette animation n’est pas un simple habillage. Elle structure le spectacle, accompagne le temps de la rencontre et donne au public une place active. « Un match peut être long, donc il faut que ce soit festif pour que le public se sente partie intégrante du spectacle », affirme Marc Maury, qui a écrit lui-même le principe du déroulé de présentation.
Avec Gilles Moretton
En fait, ce concept a été coécrit avec Gilles Moretton lorsque ce dernier, aujourd’hui président de la Fédération française de tennis, était à la tête de l’Open de Lyon. « C’est dans les années 1990 que nous avons défini ce principe de présentation de match qui, désormais, est utilisé sur tous les courts du monde », se remémore Marc Maury.
À l’époque, l’ATP veut faire évoluer ses codes. « La musique n’était pas autorisée dans les tournois importants et les interviews sur le court après les matchs étaient interdites », rappelle-t-il. Gilles Moretton sollicite alors Marc Maury après l’avoir vu travailler lors d’un meeting d’athlétisme. « Nous avons échangé nos idées, par fax, raconte-t-il. Nous nous sommes mis d’accord sur un dispositif qui sera mis en place lors du Grand Prix de Lyon 1994 ».
Le cadre initial était prudent. « On restait dans les clous : on faisait tout à l’ouverture et à la fermeture, mais rien entre la première balle et la balle de match », se souvient Marc Maury. Le duo imagine une entrée des joueurs en musique, avec « le moins bien classé en premier ». Le titre retenu est Whatever You Want, de Status Quo. La présentation monte crescendo avec la lecture du palmarès. En fin de match, la sortie du perdant est également scénarisée. « Nous voulions qu’il reparte sous les applaudissements, et non de manière anonyme et la tête basse ». Il y a aussi l’interview du vainqueur sur le court, qui devient un autre pilier.
Animations de supermarché
Pour que cela fonctionne, il faut l’adhésion des joueurs. « J’ai dû expliquer à Boris Becker que mon rôle n’était pas celui d’un journaliste, mais d’un animateur chargé de le mettre en valeur afin de créer un lien avec le public », se souvient Marc Maury. Bonne nouvelle : l’ATP valide le dispositif. Malgré tout, les critiques suivent. Certains traditionalistes estiment que cette évolution va « tuer le tennis » et relève du « supermarché ».
Il n’en fut rien. Au contraire. Trois décennies plus tard, le modèle s’est imposé. « Ce concept a été adopté partout et, d’ailleurs, nous aurions dû le déposer », sourit Marc Maury. À Roland-Garros, où une musique originale a été créée et un DJ accompagne certains temps faibles, l’animation reste à sa place, derrière l’intérêt du joueur. Un jeu d’équilibriste dont Marc Maury a les clés : « Je ne suis que le lien entre le public, les joueurs et le terrain ».
© SportBusiness.Club – Mai 2026