28 mai 2026

Temps de lecture : 3 min

Christophe Lepetit : “Économiquement, les Etats-Unis n’ont pas besoin de la Coupe du Monde”

L'interview du Mondial. Christophe Lepetit, économiste au CDES de Limoges, analyse les retombées limitées de la Coupe du Monde 2026, ses enjeux géopolitiques pour les Etats-Unis et le poids du contexte économique sur l’engouement des supporters.

Interview. La Coupe du Monde 2026 sera organisée aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, du 11 juin au 19 juillet. Pour la première fois, le tournoi réunira 48 équipes et se déroulera sur seize villes hôtes. Au-delà du terrain, l’événement interroge sur ses effets économiques réels, son rôle géopolitique et sa capacité à soutenir le développement du soccer en Amérique du Nord. Christophe Lepetit, économiste au CDES de Limoges, nuance les retombées attendues. Il replace aussi l’engouement français dans un contexte de pouvoir d’achat contraint et d’incertitudes internationales.

Quel est votre premier souvenir de Coupe du Monde ?

Christophe Lepetit : « C’est 1993, avec l’élimination terrible de la France face à la Bulgarie. Il y a aussi la Coupe du Monde 1994, avec la suspension de Maradona. Je vois briller beaucoup de joueurs, mais pas les Bleus. Puis 1998, c’est générationnel. C’est le couronnement. J’étais allé voir Roumanie/Croatie à Bordeaux, à 15 ans. Il y a eu ce parcours arraché, puis le survol de la finale. »

La Coupe du Monde 2026 représente-t-elle un enjeu économique pour les Etats-Unis ?

C.L. : « Non, il n’y aura pas d’effet sur le PIB américain. Les Etats-Unis n’ont pas besoin de la Coupe du Monde pour leur économie. L’impact économique des grands événements sportifs internationaux est souvent limité à l’échelle du PIB d’un pays. Les Etats-Unis sont déjà une puissance économique mondiale. C’est aussi un pays qui rayonne déjà. »

Quels sont alors les vrais enjeux pour les Etats-Unis ?

C.L. : « Les enjeux sont surtout géopolitiques. Il s’agit de démontrer, sur la scène internationale, que les Etats-Unis peuvent se replacer dans l’agenda des grands événements. La Coupe du Monde est passée par le Qatar, la Russie ou l’Afrique du Sud. Cela faisait 32 ans qu’elle n’était pas revenue aux Etats-Unis. Avec les Jeux olympiques de Los Angeles derrière, c’est une manière de se repositionner. Encore plus sous la présidence de Donald Trump, qui va être au centre du jeu. C’est aussi une façon de servir sa propre communication. »

Il y a-t-il là-bas un enjeu autour du développement du soccer ?

C.L. : « Oui. Le soccer continue de se développer aux Etats-Unis, notamment à travers la valorisation des franchises. La Coupe du Monde peut accompagner ce mouvement. Elle peut devenir un accélérateur pour la CONCACAF et pour le développement du football dans la région. »

Le Mexique peut-il en tirer davantage de bénéfices ?

C.L. : « Pour le Mexique, l’impact peut être plus significatif en proportion du PIB. C’est aussi un vrai pays de football. Il y a donc une logique sportive plus évidente. »

Et pour le Canada ?

C.L. : « Le Canada retrouve des enjeux assez proches de ceux des Etats-Unis. Le pays n’aurait jamais pu accueillir seul une Coupe du Monde. C’est donc une opportunité pour eux de s’associer au géant américain. C’est aussi une manière de se positionner sur le football masculin, alors que le Canada est surtout identifié comme un pays de football féminin. Cela permet aussi de faire parler du pays. »

La Coupe du Monde peut-elle avoir un impact économique en France ?

C.L. : « Je ne pense pas qu’il y aura un effet macroéconomique significatif. A plus petite échelle, certains commerces pourront en bénéficier. Il peut y avoir des regroupements dans les bars ou les restaurants. Il y aura donc quelques gagnants. Mais mis bout à bout, cela ne produira pas un impact massif. »

L’effet sera-t-il peut être davantage psychologique ?

C.L. : « Oui, l’effet peut porter sur le moral des ménages français, mais de façon temporaire. Cela peut stimuler une certaine propension à consommer. Mais si les ménages consomment plus à un moment, ils consommeront probablement moins plus tard. Il faut replacer cela dans le contexte économique et géopolitique global. »

Le contexte actuel pése-t-il sur l’engouement ?

C.L. : « En effet. Le climat est anxiogène. L’engouement a donc du mal à monter. Les crises internationales, les tensions géopolitiques, la question du pouvoir d’achat ou du prix des carburants pèsent sur les comportements. S’ajoute à cela des tarifs très élevés, notamment pour le transport et les billets. Même pour un passionné de football, cela représente beaucoup d’argent. Certains peuvent renoncer ou annuler un voyage. Le coût de la vie s’est renchéri. Dans ce contexte, des ménages vont faire des arbitrages. »

Tous les stades ne seront donc pas forcément pleins ?

C.L. : « Tous les matchs ne seront pas sold out. Il y a davantage de rencontres, avec parfois une qualité d’affiche moindre. Le football reste aussi un sport qui n’est pas encore dominant partout aux Etats-Unis. C’est un cumul de facteurs. »

Entretien : Titouan Laurent
© SportBusiness.Club – Mai 2026

Allez plus loin avec Sport Business Club

Abonnement à Sport Business Club

Inscription à la newsletter

Le Goupe INfluencia