Avec l’Esports World Cup (EWC), Paris s’apprête à accueillir durant l’été 2026 un événement e-sportif aux ambitions mondiales. Après deux éditions organisées à Riyad (Arabie saoudite), la compétition portée par l’Esports World Cup Foundation doit réunir 2 000 joueurs issus de plus de 100 pays, autour de 25 compétitions et des principaux jeux du marché.
Directeur commercial de la structure, Mohammad Al Nimer détaille le rôle de cette fondation créée fin 2023, son modèle économique et sa stratégie de développement international. Le dirigeant indique notamment que des discussions sont déjà engagées avec des marques et diffuseurs français. Il assure que les retombées économiques attendues seront très importantes pour Paris.
Qu’est l’Esports World Cup Foundation, son rôle et son financement ?
Mohammad Al Nimer : « C’est une structure créée fin 2023. Il s’agit d’une organisation à but non lucratif basée à Riyad (Arabie saoudite). Sa mission est de renforcer le rayonnement et la pérennité de la scène esportive sur le long terme. Nous pensons que l’esport peut devenir, d’ici quinze à vingt ans, aussi important que la NBA ou la Formule 1. La fondation offre une plateforme aux clubs, aux éditeurs et aux joueurs afin d’assurer la pérennité de l’écosystème. Nous gérons plusieurs événements : l’Esports World Cup, qui sera organisée à Paris en 2026, l’Esports Nations Cup, une compétition par nations, et la New Global Sport Conference. Nous travaillons toute l’année pour soutenir l’industrie, développer son audience et accroître ses revenus. »
Le PIF, le fonds souverain saoudien, finance-t-il la fondation ?
M.A.N. : « Non, le PIF ne finance pas la fondation. Le financement repose sur deux piliers : un soutien gouvernemental venant du Royaume d’Arabie saoudite, mais pas via le PIF, et des revenus commerciaux issus du sponsoring, des droits médias, de la billetterie et du merchandising. Pour la Nations Cup, par exemple, la ville hôte finance une partie de l’événement. »
Comment définiriez-vous l’Esports World Cup ?
M.A.N. : « C’est un tournoi unique. Contrairement aux éditeurs, qui organisent leurs propres championnats, comme Riot Games avec League of Legends, nous réunissons les 24 jeux les plus regardés au monde. Nous organisons 25 compétitions avec les plus grands clubs, dont Team Vitality, qui participe à plus de dix jeux différents. Le cash prize atteint 75 millions de dollars, soit environ 66 millions d’euros. C’est plus que la dotation de Roland-Garros. L’événement rassemble 2 000 joueurs de plus de 100 pays, soit davantage d’athlètes que lors d’une Coupe du monde de football. En termes d’audience, l’édition précédente a cumulé 750 millions de téléspectateurs et 350 millions d’heures visionnées sur 28 plateformes. Concernant l’impact économique, une étude menée à Riyad en 2025 l’a estimé à plus d’un milliard d’euros, avec 12 000 emplois créés. Pour Paris, nous estimons l’impact à environ 600 millions d’euros sur le PIB français. »
Un budget de 500 millions de dollars, soit environ 440 millions d’euros, est évoqué pour cet événement. Confirmez-vous ?
M.A.N. : « Je ne peux pas révéler le chiffre exact, mais l’ambition sera au moins aussi importante qu’à Riyad. Le financement reposera sur un mix entre soutien gouvernemental et revenus commerciaux. L’État français n’investira pas financièrement. En revanche, il nous accompagne sur la logistique via une task force interministérielle, notamment pour faciliter les visas, le marketing et la mise à disposition de lieux. L’événement est totalement autofinancé par la fondation. »
Avez-vous déjà des contacts avec des marques ou des diffuseurs français ?
M.A.N. : « Oui, beaucoup de marques et d’agences de sponsoring françaises manifestent leur intérêt. Côté diffusion, nous avons déjà travaillé avec L’Équipe pour la finale EFC, ainsi qu’avec Twitch et YouTube. Des discussions sont en cours avec des chaînes de télévision linéaire pour l’Esports World Cup et l’Esports Nations Cup. »
Quel est le ticket d’entrée pour un partenaire ?
M.A.N. : « Nous avons des Global Partners, qui sont des partenaires internationaux présents sur tous les supports, et des partenaires régionaux, par exemple sur les marchés chinois ou moyen-oriental. Pour un Global Partner, cela se chiffre en plusieurs millions d’euros. La fondation a généré plus de 120 millions de dollars de revenus de sponsoring en 2025, soit environ 106 millions d’euros. Pour le marché français, les montants sont moins importants, car nous avons peu de temps avant l’événement. Nous parlons plutôt de centaines de milliers d’euros. »
Avez-vous été impliqués dans le projet des Jeux olympiques de l’esport ?
M.A.N. : « Nous avions un partenariat avec le CIO, mais les deux organisations ont décidé d’un commun accord d’y mettre fin afin que chacune se concentre sur son cœur de métier. »
Pourquoi avoir choisi Paris pour l’édition 2026 ?
M.A.N. : « La stratégie de la fondation a toujours été de faire tourner les compétitions. La situation régionale au Moyen-Orient a toutefois accéléré ce changement afin d’assurer la pérennité de l’événement et de permettre aux joueurs et aux fans de voyager. L’Esports World Cup retournera à Riyad en 2027. »
Où se déroulera l’événement à Paris ?
M.A.N. : « Le cœur de l’événement sera installé au Parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris. Nous étudions aussi d’autres lieux éphémères dans la ville pour certaines activations spécifiques. Nous prévoyons une capacité de plus de 10 000 places par jour. La France est un marché majeur, avec des clubs très puissants comme Team Vitality, la Karmine Corp et Gentle Mates. »
Entretien Bruno Fraioli
© SportBusiness.Club – Mai 2026