Expert en fan expérience et observateur attentif des grandes enceintes sportives, Benjamin Roumegoux a vécu la Coupe du Monde 2022 au Qatar au plus près des supporters. Quatre ans plus tard, Sport Business Club l’a retrouvé aux Etats-Unis pour l’édition 2026 du Mondial de football. Stades géants, logistique complexe, monétisation poussée et hospitalités premium, le directeur commercial de Drinkee analyse ce que le modèle américain peut apporter au football mondial, mais aussi les limites d’une expérience très différente de celle vécue en Europe.
Qu’évoque pour vous la Coupe du Monde de football ?
Benjamin Roumegoux : « Ce qui me revient immédiatement, c’est cette logistique incroyable avec des navettes qui nous transportaient d’un stade à l’autre au Qatar pour la Coupe du Monde 2022. C’était une expérience hors du commun, presque irréelle, que l’on ne revivra probablement jamais. Et puis, il y a forcément cette finale d’anthologie entre la France et l’Argentine. J’y étais avec mon groupe de supporters, les “Baroudeurs du Sport”. Nous étions placés juste derrière les buts, au cœur de l’action, là où tout s’est joué, y compris ce manqué mémorable de Kolo Muani. C’est vraiment mon souvenir le plus fort ».
L’expérience entre le Qatar et les États-Unis est radicalement différente. Comment analysez-vous cette transition ?
B.R. : « Le niveau d’organisation y était tel au Qatar, que tout paraît désormais plus complexe maintenant. La logistique était absolument irréprochable. Mes amis des “Baroudeurs” qui ont connu la Russie ou le Brésil avant font le même constat : au Qatar, c’était une édition hors du temps, très spéciale de par son contexte, mais tout simplement époustouflante ».
Pour la Coupe du Monde 2026, quel est votre regard sur les stades ?
B.R. : « C’est très hétérogène. Ce qui frappe d’abord, c’est le gigantisme des enceintes américaines. Ce sont des stades très particuliers. Contrairement aux salles de basket, de hockey ou aux stades de baseball qui sont souvent en centre-ville, ces colosses de la NFL de 60 000 à 80 000 places sont situés très loin des cœurs urbains. On peut passer d’un stade fonctionnel à une merveille technologique comme le Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta, le SoFi Stadium ou le stade de Dallas. Le tirage au sort peut vous emmener d’un univers à un autre, mais le dénominateur commun reste la complexité logistique liée à l’éloignement des enceintes ».
Justement, en parlant de “fan expérience”, qu’avez-vous ressenti sur place ?
B.R. : « Ils ont une maîtrise absolue de l’expérience client. Même si les prix peuvent choquer, le savoir-faire américain est indéniable. Ce qui m’a marqué, c’est l’omniprésence de l’écran géant dans les stades. En France, c’est le speaker qui donne le rythme : aux États-Unis, les visages s’effacent derrière des écrans monumentaux qui orchestrent tout le spectacle. Prenez le Yankee Stadium. Bien qu’il soit récent, ils ont su préserver un cachet historique tout en proposant des infrastructures monstrueuses. Les coursives sont immenses, les points de vente se comptent par centaines… On a parfois l’impression d’être à Disneyland. Tout est conçu pour le confort, avec des escalators et des ascenseurs partout, ce qui change de nos stades européens parfois vieillissants ».
En quoi cette expérience américaine est-elle réellement supérieure à ce qu’un supporter français peut vivre à la Beaujoire ou à l’Allianz Riviera ?
B.R. : « Je ne dirais pas qu’elle est meilleure, mais elle est parfaitement adaptée à la demande locale. Le public américain consomme le sport comme un véritable loisir. Le confort est sa priorité : les espaces sont larges, les sièges espacés. L’offre de restauration est aussi incroyablement diversifiée. Là, on y dépasse largement le cliché du burger-frites : on trouve de la nourriture casher, végan, mais aussi des sushis ou des fruits. Au-delà de l’aspect consommation, il y a une ferveur réelle. La différence majeure, c’est que le match s’intègre dans une sortie sociale globale. Comme les rencontres sont longues et hachées, les gens circulent, mangent et discutent tout en restant connectés au jeu grâce aux écrans et au son diffusés partout, même dans les coursives. On peut rater une action sans que ce soit un drame, ce qui est impensable dans le football européen ».
Les revenus “jour de match” sont un des points faibles des clubs français. Aux États-Unis, la monétisation semble être poussée à l’extrême. Est-ce votre avis ?
B.R. : « Oui, totalement. Ils sont ancrés dans une culture de la consommation. En Ligue 1, le panier moyen reste faible, en partie parce que l’offre n’est pas assez attractive. Aux États-Unis, que ce soit au NBA Store ou dans les boutiques de stade, les références se comptent par milliers. Tout est fait pour rendre l’achat “sexy”. Leur force est de baliser la journée du fan. Les gens arrivent très tôt pour les animations et repartent tard. Ils transforment le match en un plateau d’expériences où chacun, fan de base au supporter ultra, trouve son compte. C’est pour cette raison que leurs enceintes affichent presque toujours complêtes ».
En hospitalité VIP, peuvent-ils rivaliser avec notre gastronomie française ?
B.R. : « En visitant une trentaine de stades en 2019, j’ai vu des espaces réceptifs époustouflants. Ils excellent dans le “Premium grand public”, un peu comme ce que propose Roland-Garros. Une différence structurelle majeure est la durée de l’engagement : là-bas, on peut louer une loge sur 20 ou 30 ans, alors qu’en France, l’incertitude sportive limite souvent les contrats à court terme. L’ambiance y est aussi plus décontractée, plus familiale, loin du formalisme costume-cravate que l’on connaît en Europe. Ils proposent des expériences immersives incroyables, comme ces salons VIP où les joueurs traversent la salle pour entrer sur le terrain. Enfin, de plus en plus de stades collaborent avec des chefs étoilés ou privilégient les circuits courts. C’est un domaine où la France, pays de la gastronomie par excellence, a une carte immense à jouer en s’inspirant de ces standards d’accueil pour offrir de l’exceptionnel à ses partenaires ».
© Sport Business Club – Juillet 2026