12 juillet 2026

Temps de lecture : 3 min

Courses hippiques, le business après la passion

Reportage. De la vente des yearlings aux saillies d’étalons, la filière hippique mobilise des millions d’euros. A Deauville, le parcours d’Ace Impact révèle les gains, les coûts et les paris de cet univers.

L’univers des courses hippiques est un monde d’initiés où certains peuvent toucher le pactole. Parieurs, peut-être. Écuries, sûrement. C’est le cas avec Ace Impact. À six ans, ce pur-sang anglais né en Irlande fut le héros de la saison 2023. Un crack, vainqueur du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, qui a accumulé près de 4 millions d’euros de gains en six courses. Le fruit d’un long travail effectué le plus souvent au petit matin, dans l’anonymat des pistes d’entraînement.

Jeune entraîneuse, Anastasia Wattel est l’un des maillons de cette filière équine. Basée à l’hippodrome de Deauville (Calvados), elle s’occupe toute l’année de vingt-cinq chevaux de course. Ceux-ci lui sont confiés par un total de quatre-vingts propriétaires. Un cheval est souvent acheté en multipropriété, une solution qui permet de réduire les coûts. Le prix d’achat varie fortement selon l’âge et le potentiel de l’animal. Aux ventes Arqana de yearlings, des chevaux d’un an, Ace Impact avait été acheté 75 000 euros. Un prix “raisonnable” comparé aux 3 millions d’euros déboursés en 2025 pour une pouliche prometteuse.

Pensions et primes pour l’entraîneur

Lors de ces ventes, organisées traditionnellement en août, le prix médian d’un cheval se situe autour de 170 000 euros. Ensuite, l’heureux propriétaire doit s’acquitter de la pension de son potentiel champion. « À Deauville, cela coûte 3 000 euros hors taxes par mois, confie Anastasia Wattel. On peut descendre à 2 500 euros dans d’autres villes de province. À cela s’ajoutent notamment les frais de vétérinaire ». Les chevaux sont ainsi entraînés, nourris et logés toute l’année. Ils peuvent utiliser les pistes en gazon de l’hippodrome ainsi que celle en sable fibré, dont l’hygrométrie constante permet de travailler en hiver. Le site accueille également plusieurs courses officielles.

Anastasia Wattel n’est pas seule. Elle s’appuie sur une équipe de sept salariés à temps plein. Leur mission consiste à bichonner, accompagner et faire travailler ces pensionnaires équins. La carrière d’un cheval de course est relativement courte : de une à six saisons. Il ne peut pas courir avant ses deux ans. Pour se rémunérer, outre la pension versée, Anastasia Wattel reçoit, en tant qu’entraîneuse, 10% des gains des chevaux, soit environ 300 000 euros par an pour l’ensemble de son écurie.

Chaque course donne lieu à la même répartition des primes : 76,75% pour le ou les propriétaires, 14,75% pour l’entraîneur et son personnel, puis 8,5% pour le jockey. Engagés dans plusieurs courses lors d’une même réunion, ces derniers ne font généralement connaissance avec leur monture que quelques minutes avant le départ. Les jockeys les plus réputés sont sous contrat avec les plus grandes écuries. Certaines courses accordent aussi une prime à l’éleveur. Celle-ci peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros afin d’encourager la filière française.

Le tarif des saillies

Pauline Chehboub cumule plusieurs casquettes : propriétaire au sein de l’écurie familiale Gousserie Racing et directrice générale d’un haras d’étalons reproducteurs. Ace Impact en est l’atout numéro un. En 2023, il a remporté toutes les courses auxquelles il a participé, dont le Qatar Prix du Jockey Club et le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. L’année suivante, le crack a rejoint le haras de Beaumont, où il est devenu étalon reproducteur. Ses saillies sont chèrement tarifées : 40 000 euros lors de ses deux premières saisons, puis 30 000 euros en 2026.

Ace Impact affiche une activité soutenue. En 2024, il a couvert 180 juments, puis 150 en 2025 et 130 en 2026. Son “chiffre d’affaires” de reproducteur dépasse ainsi 15 millions d’euros sur trois années de saillies. Dans ce domaine, comme pour le turfiste ou le propriétaire, il s’agit souvent d’un pari sur l’avenir. « On juge les poulains sur leur locomotion, leur physique et leur pedigree,» précise Pauline Chehboub.

La passion irradie le visage de la jeune femme lorsqu’elle décrit la dimension humaine de son activité, les cinquante poulains nés au haras de Beaumont, les soixante juments et les quatre étalons dédiés aux saillies. Celles-ci se déroulent naturellement dans un immense hangar baptisé la “Love Room”. C’est ici que débute cette longue chaîne d’investissements, de la naissance jusqu’à une hypothétique victoire dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.

Bruno Cuaz, correspondance spéciale à Deauville (Calvados)
© SportBusiness.Club – Juillet 2026

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