Après une saison 2025/2026 marquée par des records d’affluence, des audiences en hausse et un chiffre d’affaires porté à 190 millions d’euros, la Ligue Nationale de Rugby (LNR) entend encore élargir son marché en France et à l’international. Emmanuel Eschalier, son directeur général, détaille pour Sport Business Club les leviers de cette stratégie, du sponsoring au futur rebranding du Top 14 et de la Pro D2 en passant par la stratégie internationale.
Commençons par un rapide bilan économique de la saison passée. Êtes-vous plutôt satisfait, rassuré ou inquiet ?
Emmanuel Eschalier : « Je dirais satisfait, mais vigilant. Satisfait, car nous portons une dynamique collective extrêmement positive. Le Top 14 et la Pro D2 ont une nouvelle fois enregistré des records d’affluence historiques, avec notamment une progression de +10% en trois ans pour le Top 14, et de +30% en trois ans pour la Pro D2. Nos audiences sur Canal+ affichent également une croissance à deux chiffres pour les deux championnats. Cette forte attractivité, ce rayonnement et cet engouement général se traduisent concrètement par une croissance continue des revenus des clubs ».
Quel est le chiffre d’affaire de la LNR ?
E.E. : « Notre chiffre d’affaires a lui aussi progressé pour atteindre 190 millions d’euros la saison dernière. Tous nos leviers de revenus sont en hausse : les droits audiovisuels par l’application mécanique de notre contrat avec Canal+, les partenariats, la billetterie des phases finales, ainsi que nos activités de diversification. Toutefois, nous restons prudents dans un contexte économique complexe et incertain. Notre modèle économique est fortement tributaire de l’engagement des partenaires. Qu’il s’agisse de grandes marques nationales et internationales engagées aux côtés de la LNR et des clubs, ou des nombreux sponsors locaux et régionaux qui forment le cœur battant du modèle économique de nos clubs. Comme beaucoup d’entreprises traversent des périodes difficiles actuellement, cela nous impose une vigilance de chaque instant ».
Justement, concernant le sponsoring, il est parfois judicieux de se tourner vers des acteurs étrangers. Vous avez fait l’an dernier avec X-Peng. Allez vous avoir d’autres partenaires chinois ?
E.E. : « Tout à fait, il s’agit de Navimow. Ce fabricant robot tondeuse basé à Shanghai possède une dimension très internationale et dispose de plusieurs sites en Europe. C’est une grande fierté de voir des entreprises étrangères pénétrer le marché français et choisir le rugby comme vecteur de communication. C’est une belle preuve de la force de notre sport, de l’attractivité de nos championnats et de la pertinence de l’offre commerciale de la LNR ».
Est-ce de bon augure pour votre stratégie à l’international ?
E.E. : « Cela nous incite à poursuivre nos efforts pour accroître la notoriété du Top 14 à l’international, dont la visibilité progresse régulièrement. Grâce à notre collaboration avec l’agence Two Circles, nous avons conclu de nombreux accords de diffusion à l’étranger. De plus, une offre OTT ciblant l’international vient d’être lancée. Bien qu’elle ne soit disponible que dans un nombre restreint de pays pour son démarrage, elle a vocation à monter en puissance. Nous sommes conscients que le développement international est un travail de longue haleine. Il ne faut pas en attendre des retombées financières immédiates, mais plutôt se concentrer sur l’exposition et la construction de notre notoriété. C’est précisément ce à quoi nous nous employons ».
Un projet de changement d’identité visuelle est-il à l’étude pour le Top 14 ou la LNR ?
E.E. : « Oui, en effet, un travail est en cours sur l’identité graphique de nos deux championnats. Ce projet s’inscrira dans la continuité de notre nouvelle plateforme de marque, qui a constitué le fil rouge de notre conférence de presse de rentrée : “Le rugby se vit ici” pour la Pro D2 et “Le championnat incomparable” pour le Top 14. Nos logos actuels ont maintenant une quinzaine d’années ».
Avec quelle agence collaborez-vous pour ce travail ?
E.E. : « Vous le verrez à l’occasion du dévoilement de ce travail au printemps prochain ».
Le rugby français a-t-il atteint son plafond de verre en terme d’attractivité économique ?
E.E. : « Non, je ne partage pas l’idée qu’il y ait un plafond de verre sur le marché français que nous aurions déjà atteint de la tête. À mon sens, nous disposons encore d’un gisement de croissance considérable sur notre territoire. D’une part, le rugby professionnel n’est pas encore implanté dans toutes les régions de France. Le développement à moyen terme de clubs professionnels dans de nouveaux territoires permettra de conquérir de nouveaux publics et de nouveaux supporters. Même si nos championnats sont suivis partout à travers le pays, l’émergence d’un club qui fédère toute une région à l’instar de Vannes en Bretagne génère un engouement local exceptionnel et mobilise de nouvelles entreprises partenaires ».
Quels sont les leviers de développement ?
E.E. : « Le travail mené de concert avec Canal+ et les initiatives individuelles des clubs dans leurs territoires respectifs doivent nous permettre d’élargir encore notre socle de fans. Je suis convaincu que notre marge de progression en France reste importante, tant sur le plan de notre rayonnement populaire que sur celui de notre développement économique. Cela ne nous empêche pas, en parallèle, de structurer notre expansion internationale avec méthode et sans brûler les étapes. L’enjeu n’est pas d’aller chercher des gains financiers immédiats à tout prix. Il s’agit avant tout de soigner la visibilité du Top 14, qui bénéficie déjà d’une belle vitrine. Nous devons poursuivre notre déploiement géographique et renforcer notre présence dans les territoires forts du rugby. Notre stratégie de marketing numérique pour animer notre communauté de fans à l’étranger donne d’ailleurs d’excellents résultats après seulement un an d’activation. Il ne s’agit donc pas de substituer l’international au marché français, mais bien de mener de front ces deux leviers de croissance.«
© Sport Business Club – Août 2026