3 septembre 2026

Temps de lecture : 7 min

Florent Houzot : “Bein Sports n’est pas en difficulté”

Moins présente sur le football, beIN Sports revendique une stratégie multisport, défend la solidité de son modèle économique et ne ferme pas la porte à un retour de la Ligue 1.

Média. La saison 2026/2027 marque un nouveau tournant pour beIN Sports en France. La chaîne a perdu la Liga espagnole et n’est plus diffuseur de la Ligue 1, mais elle a renforcé son portefeuille dans d’autres disciplines avec notamment le retour de l’EuroLigue de basket et de la Ligue des champions de handball. Florent Houzot, directeur de la rédaction de beIN Sports, assume cette évolution et défend un modèle fondé sur le multisport, la distribution exclusive avec Canal+ et des acquisitions jugées « raisonnées ». Il assure également que la chaîne, rentable depuis 2020, reste attentive à toutes les opportunités de droits premium, y compris la Ligue 1, comme l’a rappelé Florent Houzot directeur de l’antenne de beIN Sports France.

beIN Sports attaque la saison 2026/2027 avec moins de football que les saisons passées. Vous l’assumez ?

Florent Houzot : « Bien sûr, nous proposons moins de football et nous ne le nions pas. Mais depuis 2012, la force de beIN repose avant tout sur son positionnement multisport. Certaines saisons comptent davantage de football, d’autres davantage d’autres disciplines. Aujourd’hui, notre offre reste très riche avec notamment la Ligue 2 et la Coupe de France. Nous sommes d’ailleurs le seul diffuseur français qui rémunère actuellement des droits pour diffuser du football domestique à travers ces deux compétitions. Depuis 2012, beIN a investi plus de 3 milliards d’euros dans les droits sportifs en France et plus de 800 millions d’euros dans des compétitions internationales. »

Concernant la Liga, vous n’avez pas souhaité surenchérir. Avez-vous été surpris de voir deux diffuseurs s’associer et proposer tous les matchs sur leurs deux plateformes ?

F.H. : « Nous étions dans la compétition. C’est un droit que nous détenions depuis 2012 et que nous souhaitions évidemment renouveler. Mais, au troisième tour de l’appel d’offres, nous avons décidé de ne pas surenchérir. Nous devons rester cohérents avec la stratégie que nous suivons depuis 2012 : une vision de long terme et des acquisitions raisonnées qui ne mettent pas notre modèle économique en danger. Nous avons vu par le passé certains acteurs payer, voire surpayer, des droits avant de quitter rapidement le marché français. Ce n’est pas notre cas. Près de 70 % de notre catalogue a été renouvelé pour plusieurs saisons, avec de nombreux contrats allant au-delà de 2030. Ce n’est pas un discours de communication : beIN fonctionne et est rentable depuis 2020. Tous les droits premium disponibles sur le marché français nous intéressent. Mais aucune acquisition ne sera réalisée dans l’urgence ou au prix d’une surenchère susceptible de fragiliser notre modèle. Lorsque vous mettez votre modèle économique en danger, votre durée de vie sur le marché devient très courte. »

La montée en puissance des plateformes ne menace-t-elle pas le modèle de beIN à long terme ?

F.H. : « Non. La distribution constitue un élément essentiel de notre modèle. Plusieurs acteurs arrivés sur le marché français sans disposer d’une distribution suffisamment forte ont dépensé beaucoup d’argent avant de disparaître. Depuis 2020, nous disposons d’un accord de distribution exclusive avec Canal+, qui constitue un atout majeur. Canal+ et beIN concentrent ensemble une très grande partie des droits sportifs premium qui intéressent les fans français. C’est cette richesse globale qui compte. Nous l’avons vu avec la Betclic Élite, l’EuroLigue ou encore la Ligue des champions de handball. Certains de ces droits ont quitté beIN avant d’y revenir. »

Un nouvel appel d’offres pour la Ligue 1 est évoqué. beIN pourrait-il y participer ?

F.H. : « À ce stade, ce ne sont que des rumeurs. Rien n’est officiel. Mais toutes les compétitions premium nous intéressent. La Ligue 1 a intéressé beIN par le passé et pourrait de nouveau nous intéresser si les conditions correspondent à nos critères. Ils sont simples : ne pas surpayer les droits et ne pas mettre notre modèle économique en danger.« 

beIN ne ferme donc pas la porte à la Ligue 1 ?

F.H. : « beIN ne ferme la porte à aucune compétition. Certains droits partent puis reviennent. Cela a été le cas de la Ligue des champions de football ou d’autres compétitions. C’est la vie normale d’une chaîne sportive. Notre priorité est de conserver un portefeuille de droits important et qualitatif. beIN n’est pas en difficulté. La chaîne se porte bien et continue de proposer un catalogue très riche. Nos équipes à Paris et à Londres travaillent quotidiennement sur de nombreuses opportunités d’acquisition. »

Êtes-vous d’accord avec Maxime Saada lorsqu’il qualifie Ligue 1+ d’échec économique ?

F.H. : « Je ne commenterai pas ses déclarations. Pour qu’un produit fonctionne, il ne suffit pas d’acheter des droits. Il faut également de l’exposition, de la valeur éditoriale et une distribution forte. Sur le marché français, Canal+ est incontournable lorsqu’il s’agit de commercialiser et de valoriser une offre sportive. C’est la raison pour laquelle nous sommes très satisfaits de notre accord de distribution exclusive avec Canal+ depuis 2020. Cet accord contribue directement à notre rentabilité. Pendant des années, certains annonçaient la disparition prochaine de beIN. Nous sommes toujours là, avec des droits sécurisés au-delà de 2030 et un modèle rentable depuis 2020. »

Après la perte de la Liga, avez-vous discuté avec Canal+ pour récupérer, par exemple, la Ligue Europa ou la Ligue Conférence afin de renforcer vos grilles en semaine ?

F.H. : « Perdre la Liga n’était évidemment pas notre souhait. Les discussions ont été longues et ont nécessité trois tours d’appel d’offres. Même Javier Tebas l’a reconnu publiquement : il n’avait rien à reprocher à beIN. Notre exposition de la Liga était très qualitative. Notre force repose sur la complémentarité des compétitions. Lorsqu’un championnat comme la Liga ou la Serie A est diffusé sur beIN, il bénéficie d’un environnement comprenant d’autres grands droits : Ligue 2, Bundesliga, championnat portugais, Coupe du monde ou Euro. Cet écosystème renforce la visibilité du produit.« 

Craignez-vous de perdre des abonnés après les départs de la Ligue 1 et de la Liga ?

F.H. : « Lorsque nous avons perdu la Ligue 1 pendant trois saisons à partir de 2020, nous n’avons pas constaté de fuite significative de nos abonnés. Les variations ont été marginales et correspondaient à la vie normale d’un parc d’abonnés. Canal+ gère aujourd’hui notre parc puisque le groupe distribue nos chaînes. Maxime Saada a indiqué il y a quelques mois que beIN comptait plus de 2,5 millions d’abonnés. Nous ne sommes donc pas inquiets. Nos abonnés viennent avant tout pour la richesse globale de l’offre. »

Le retour de l’EuroLigue constitue aussi un signal important pour votre stratégie multisport.

F.H. : « Absolument. Une chaîne de sport repose sur l’addition de nombreuses niches et communautés de fans. Lorsque nous réunissons les publics des sports américains, du basket, du handball ou du tennis, nous élargissons notre potentiel de recrutement. Il nous manquait l’EuroLigue en basket et la Ligue des champions en handball. Ces compétitions sont désormais de retour. Le match de Ligue 1 que nous diffusions nous manque évidemment. Prétendre le contraire serait malhonnête. Mais les conditions financières et contractuelles n’étaient plus acceptables. Je suis très confiant pour cette saison. Nous voulons fidéliser nos abonnés et en recruter de nouveaux, notamment grâce aux grands événements. Nous avons sécurisé l’Euro, la CAN et la Coupe du monde jusqu’en 2030. Près de 70 % de nos droits ont été renouvelés sur le long terme. Nous sommes sereins. »

Les cycles de droits sont-ils devenus plus difficiles à anticiper ?

F.H. : « Auparavant, les cycles étaient plus longs et s’inscrivaient davantage sur deux ou trois saisons. Aujourd’hui, chaque exercice est différent. Une saison peut être moins favorable, et la suivante bien meilleure. C’est le métier. Notre ambition reste de renforcer en permanence l’offre du groupe sous l’impulsion de notre président Youssef Al-Obaidly. »

Au-delà de la Liga, vous perdez également Omar da Fonseca, l’une des figures emblématiques de la chaîne. Est-ce un coup dur ?

F.H. : « Je le répète souvent à mes équipes : chez beIN, les véritables stars sont les compétitions et les droits. Les abonnés viennent d’abord pour les contenus. Le départ d’Omar est directement lié à la perte de la Liga. C’est son choix personnel et nous le respectons totalement. Il savait qu’il avait toujours sa place chez nous, car nous conservons un volume important de football, notamment à travers nos antennes internationales et les grandes compétitions. La Coupe du monde 2030 était notamment un rendez-vous qui lui tenait à cœur. Mais il a dû faire un choix de carrière. Je ne dirais pas que son départ est plus dommageable que la perte de la Liga : les deux sont liés.« 

Vous soulignez également une différence de traitement entre les chaînes traditionnelles et les plateformes.

F.H. : « Oui. beIN SPORTS est une chaîne installée en France, avec un siège social en France et une convention avec l’Arcom. Cela entraîne des obligations réglementaires et financières importantes. Les plateformes étrangères qui diffusent désormais du sport comme des chaînes de télévision traditionnelles ne sont pas soumises aux mêmes contraintes. À mes yeux, les règles devraient être identiques pour tous les acteurs qui concourent pour les mêmes droits. »

Faut-il engager une action réglementaire sur ce sujet ?

F.H. : « Ce n’est pas mon domaine de compétence directe. Je constate simplement que nous respectons toutes les obligations imposées aux éditeurs français par l’Arcom. Il est légitime de s’interroger lorsque d’autres acteurs exercent une activité comparable sans supporter les mêmes contraintes. Cela renforce aussi notre volonté de ne jamais céder à la pression des ayants droit pour surenchérir. Nous l’avons notamment vécu avec la Serie A, dont les exigences étaient trop élevées pour nous avant qu’elle ne soit finalement cédée à une autre plateforme pour un montant inférieur. Notre stratégie reste celle d’un développement de long terme fondé sur des acquisitions raisonnées. La perte de certains droits fait partie du jeu. Mais elle ne signifie absolument pas que beIN soit en danger. »

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