18 septembre 2026

Temps de lecture : 7 min

Julien Mégret : “Convaincre des marques grand public reste complexe pour le tir à l’arc”

Interview. À moins de deux ans des Jeux de Los Angeles 2028, Julien Mégret détaille les priorités de la Fédération Française de Tir à l’Arc qu'il préside. Il évoque le financement du haut niveau, le record de licenciés, et parle de sa stratégie marketing et de diversification des revenus.

À moins de deux ans de l’échéance, la Fédération Française de Tir à l’Arc a déjà Los Angeles 2028 dans le viseur. Aux États-Unis, l’instance espère qualifier au moins quatre athlètes, six dans le meilleur des cas. L’année 2027 sera décisive : plusieurs compétitions internationales permettront de décrocher les “quotas”, ces tickets officiels pour participer aux Jeux. Président de la fédération, Julien Mégret détaille les moyens financiers mobilisés pour accompagner la préparation olympique et maintenir la France parmi les meilleures nations mondiales.

Le dirigeant se réjouit du niveau élevé du nombre de licenciés, tout en identifiant plusieurs défis : la capacité d’accueil des clubs doit encore progresser et la fédération veut séduire davantage les 7-10 ans. Elle accompagne aussi l’essor de nouvelles pratiques. Sur le plan économique, Julien Mégret reconnaît les difficultés du tir à l’arc à convaincre des marques non endémiques. Le recrutement d’un responsable marketing devrait permettre de structurer une nouvelle stratégie commerciale et de diversifier les ressources.

Les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 débutent dans un peu moins de deux ans, et la fédération est déjà engagée dans cette perspective.

Julien Mégret : « Tout à fait, et cela aussi bien sur le plan sportif qu’organisationnel. Notre Directeur Technique National et le sélectionneur se sont déjà rendus là-bas en janvier dernier pour repérer les sites. Du côté de l’institution, la préparation budgétaire est en cours jusqu’à l’exercice 2028 afin d’accompagner au mieux nos équipes. »

Justement, combien coûte une préparation olympique ?

J.M. : « C’est difficile à évaluer précisément. Nous bénéficions d’une aide de l’Agence Nationale du Sport (ANS) pour le haut niveau. La Fédération apporte un montant équivalent à cette subvention, puis nous complétons grâce à un fonds dédié. Pour les Jeux de Paris, nous avions abondé ce fonds jusqu’à hauteur de 500 000 euros, et à la sortie des Jeux, il restait environ 100 000 euros dans l’enveloppe. Ce fonds est abondé avec le résultat des exercices, lorsqu’ils sont excédentaires. Aujourd’hui, nous disposons d’environ 250 000 euros. J’espère que nous pourrons porter ce montant aux alentours de 400 000 à 450 000 euros d’ici 2028 ».

À quoi sert ce fonds très concrètement, pour les stages, les déplacements ?

J.M. : « Nous l’avons principalement fléché vers le financement de l’entraîneur en chef (“Head Coach”), dont nous prenons en charge une partie de la rémunération. C’est un entraîneur sud-coréen que nous avons fait venir deux ans avant les Jeux de Paris. La charge financière qu’il représente est portée conjointement par le Ministère, l’ANS et la Fédération. Ce fonds est également mis à disposition des athlètes pour compléter leurs revenus via des conventions professionnelles ou sous forme d’aides personnalisées ».

Cet investissement financier permet-il aux athlètes de faire la différence sur le terrain ?

J.M. : « En tout cas, nous sommes convaincus que cela permet de garantir une disponibilité à 100% à nos athlètes pour s’entraîner quotidiennement. »

“Objectif : 85 000 licenciés”

Où se situe la France au niveau mondial aujourd’hui ?

J.M. : « Nous faisons partie du top 5 mondial. La Corée du Sud domine toujours notre discipline, suivie par des nations comme la Turquie, l’Inde, les États-Unis, la France et le Mexique ».

Est-il difficile de maintenir ce rang ?

J.M. : « Oui, car depuis deux ou trois olympiades, de nombreux pays ont considérablement progressé. Aujourd’hui, si nous n’offrons pas une disponibilité totale à nos athlètes, nous ne pourrons pas rivaliser ».

Après les deux médailles obtenues à Paris 2024, la Fédération s’inscrit-elle toujours dans cette dynamique post-JO ?

J.M. : « Absolument. Nous avons connu un fort pic de licenciés après Paris et nous réussissons presque à maintenir ce niveau. De plus, le nombre de compétiteurs a augmenté, ce qui montre que l’engouement suscité par les Jeux reste bien présent. Nous avons atteint le nombre record de 85 000 licenciés dans le sillage de 2024. La saison 2026 vient de se terminer avec 83 000 licenciés. L’objectif de cette rentrée est de consolider cet effectif à 83 000 pour tenter d’atteindre à nouveau les 85 000. »

Disposez-vous d’un nombre suffisant d’infrastructures, de créneaux en gymnase et de cadres dirigeants nécessaires pour accueillir ces nouveaux pratiquants ?

J.M. : « Si l’ensemble de nos clubs battaient leur record individuel de licenciés, nous compterions 90 000 adhérents. Avec 85 000 l’année des Jeux, nous étions très proches de notre capacité maximale. Certaines structures ont d’ailleurs dû fermer leurs portes aux inscriptions faute de place. Une fourchette de 85 000 à 90 000 licenciés constitue notre limite haute au niveau national. »

Quels sont les axes prioritaires de la Fédération en termes de nouveaux licenciés ?

J.M. : « Notre priorité absolue concerne les jeunes. Comme dans l’ensemble du sport fédéré, la proportion de jeunes diminue pour des raisons sociétales. Nous souhaitons freiner cette baisse et inverser la tendance en accueillant les jeunes plus tôt dans nos clubs. Nous ciblons particulièrement La tranche des 7-10 ans. Nous souhaitons que nos structures puissent les intégrer plus tôt. Dans le milieu sportif fédéré, l’initiation débute en général dès 7-8 ans, alors qu’au tir à l’arc, les jeunes arrivent en moyenne à 11 ans. Nous nous privons donc de la tranche des 8-11 ans. Nous avons déployé de nombreux outils et dispositifs pour aider nos clubs à les accueillir dès cet âge ».

Par quels moyens comptez-vous les attirer ?

J.M. : « Nous avons créé le programme « ARC Academy », qui regroupe l’ensemble des initiatives destinées aux jeunes. En partenariat avec un équipementier, nous proposons des kits U11 à tarifs très préférentiels pour les 7-10 ans. Nous fournissons également des fiches pédagogiques adaptées aux entraîneurs, ainsi que des concours et défis assortis de bonifications pour les clubs ».

Le dispositif Pass’Sport constitue-t-il, selon vous, un levier efficace ?

J.M. : « Tout à fait. Je me suis fortement mobilisé aux côtés d’autres présidents de fédérations pour son maintien, car c’est un levier financier important dans la conjoncture actuelle pour encourager la pratique sportive des jeunes. »

Au tir à l’arc, les licences “loisirs” ont dépassé celles de compétition. Est-ce une tendance de fond ?

J.M. : « Oui. Bien que le tir à l’arc soit une discipline olympique, une grande partie de nos pratiquants ne s’oriente pas vers la compétition. Nous nous efforçons de concevoir des événements et d’offrir des outils à nos clubs pour renforcer la fidélisation de l’ensemble des adhérents. »

Le développement de nouvelles pratiques, comme le tir 3D, est-il devenu incontournable pour une fédération ?

J.M. : « Absolument. Il existe un réel engouement pour ces nouvelles disciplines. Outre les tirs nature, en campagne et 3D, le “Run Archery”, inspiré du biathlon, connaissent une progression marquée, y compris à l’international. Nous accompagnons activement le développement de ces nouvelles communautés ».

Ces nouvelles disciplines peuvent-elles servir de vivier pour détecter des talents vers la pratique classique ?

J.M. : « C’est complexe. La Corée du Sud, par exemple, compte un nombre restreint de licenciés mais forme des archers d’exception. Une large base d’adhérents facilite la détection, mais ne garantit pas automatiquement l’émergence d’athlètes de très haut niveau. »

Sur le plan économique, vos partenaires restent principalement endémiques. Est-ce aussi compliqué de séduire des marques grand public ?

J.M. : « Cela reste difficile, même au lendemain des Jeux Olympiques. Si nous avons revalorisé nos contrats avec nos partenaires historiques du secteur de l’archerie, il demeure complexe de convaincre des marques grand public. Nous venons de recruter un responsable marketing afin de définir une nouvelle stratégie commerciale. »

Pourtant, un constructeur majeur comme Hyundai sponsorise la discipline à l’échelle mondiale.

J.M. : « Hyundai soutient la Fédération Internationale et la Corée du Sud, mais à l’échelle nationale, la mobilisation reste ardue. Lors des trois manches de Coupe du monde organisées en France, nous avons même eu des difficultés à obtenir trois véhicules de prêt de leur part ».

“Il faut pérenniser le modèle de l’ANS”

Comment est géré le marketing : en interne ou avec une agence ?

J.M. : « Nous avons privilégié une ressource interne dédiée à 100%. Toutefois, nous restons ouverts à la collaboration avec une agence externe pour franchir un cap ».

Comment la Fédération intègre-t-elle les enjeux environnementaux alors que vous êtes sous la contrainte de nombreux déplacements internationaux ?

J.M. : « Notre calendrier international implique en effet environ une dizaine de déplacements annuels à travers le monde. Si l’empreinte carbone reste complexe à réduire dans un sport individuel d’élite, en France nous mettons en place diverses initiatives au niveau de nos championnats nationaux. Ainsi, nous sensibilisons nos adhérents à l’écoresponsabilité, notamment sur le matériel comme les blasons ou les flèches, et développons des challenges en ligne pour limiter certains déplacements. »

La France bénéficie-t-elle d’une représentation adéquate au sein des instances internationales ?

J.M. : « Oui, notre ancien président Jean-Michel Cléroy siège au comité exécutif de la Fédération Internationale. Pour ma part, j’ai été élu vice-président de la Fédération Européenne, aux côtés de Pierre-Jean Nias élu à la commission jeunes. Nous avons la volonté affirmée de renforcer la présence française dans les instances dirigeantes afin de peser sur les évolutions réglementaires et la redynamisation des compétitions européennes, en particulier pour les jeunes ».

World Archery souhaite rendre les épreuves plus spectaculaires grâce à la scénographie et au traitement des données. Regardez-vous à ces innovations de formats ?

J.M. : « Oui, nous suivons de près ces innovations pour les décliner sur nos épreuves nationales. D’ailleurs, un séminaire sera organisé lors du conseil d’administration de décembre pour étudier comment valoriser les données et rendre notre sport plus attractif ».

Appréhendez-vous une baisse des crédits publics accordés au sport lors des prochaines échéances budgétaires ?

J.M. : « Oui, le budget du sport étant régulièrement menacé lors des arbitrages budgétaires. C’est une préoccupation majeure qui nous pousse à diversifier nos ressources ».

Êtes-vous également inquiet quant au devenir de l’Agence Nationale du Sport après la Présidentielle ?

J.M. : « Oui, bien que l’ANS ait fait ses preuves pour le succès des Jeux de Paris 2024. Nous nous mobilisons au sein du CNOSF pour pérenniser ce modèle ».

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux futurs candidats à l’élection présidentielle ?

J.M. : « Le sport représente moins de 1% du budget de l’État tout en constituant un investissement hautement bénéfique pour la population, la jeunesse et la santé publique. Paris 2024 a démontré son rôle majeur de vecteur d’unité et de cohésion nationale ».

Entretien : Bruno Fraioli
© Sport Business Club – Septembre 2026

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