Du 1er au 4 octobre 2026, l’Ultra Trail des Montagnes du Jura (UTMJ) a organisé sa 7e édition entre l’Ain, le Jura, le Doubs et la Suisse, avec toutes les arrivées concentrées à Métabief (Doubs). Le programme s’est étendu du 10 km à l’épreuve reine de 175 km. La nouvelle course de 300 km en relais, La Jurassienne, annoncée pour cette édition, a finalement été annulée faute d’engagés.
Plus de 8 700 participants ont pris part à l’événement, qui estime avoir atteint une jauge adaptée à son territoire. Partenariats privés, retombées touristiques, exposition médiatique et diversification de l’économie de montagne sont au cœur de cette nouvelle étape. Eric Picot, directeur de l’UTMJ, revient pour SportBusiness.Club sur les ambitions économiques et commerciales de l’événement.
Comment se porte l’événement ?
Eric Picot : « Nous avons réuni une nouvelle fois près de 10 000 participants pour cette 7e édition. L’événement est désormais solidement installé dans le calendrier du trail. Les différentes courses affichent globalement complet, avec des participants venus de toute la France, mais aussi de nombreux pays étrangers. Pendant quatre jours, l’événement fait vivre une grande partie des Montagnes du Jura. Les parcours vont du 10 km au 175 km, auxquels s’ajoute l’UTMJ Kids. Les départs sont répartis dans plusieurs communes et toutes les arrivées ont lieu à Métabief. Nous avons désormais atteint un volume de participants qui nous paraît cohérent avec notre territoire. Notre objectif n’est donc plus de grossir à tout prix, mais de faire mieux plutôt que de faire plus ».
Quel est le budget d’organisation ?
E.P. : « Nous ne communiquons pas sur le montant du budget d’organisation. En revanche, notre objectif est désormais d’atteindre l’équilibre. L’événement a été déficitaire lors de ses premières années, dans une phase où il fallait le construire, le développer et le faire connaître. Avec près de 10 000 participants et la notoriété acquise au fil des éditions, nous entrons dans une nouvelle étape qui doit nous permettre de consolider progressivement notre modèle économique. Le développement des partenariats privés fait partie de cette démarche. Nous disposons déjà d’un écosystème solide, mais nous restons ouverts à l’arrivée de nouvelles entreprises souhaitant s’associer à l’UTMJ ».
Quelles sont les retombées économiques ?
E.P. : « L’UTMJ est devenu un événement important pour le territoire. Les retombées économiques directes sont estimées à plusieurs millions d’euros. Les taux d’occupation des hébergements atteignent 90 à 100%, l’événement attire entre 25 000 et 30 000 visiteurs et implique plus de 200 acteurs économiques. Pour un territoire comme les Montagnes du Jura et une station comme Métabief, confrontés au changement climatique et à des saisons hivernales plus incertaines, il devient nécessaire de diversifier l’offre. Le trail, mais aussi la randonnée, le vélo et plus largement les sports de nature constituent de véritables leviers pour faire découvrir la destination tout au long de l’année ».
Comment exister et se différencier alors que le nombre de courses de running et de trail n’a jamais été aussi important ?
E.P. : « Justement en ne cherchant pas à être une course de plus. La singularité de l’UTMJ repose d’abord sur son territoire. Nous traversons le massif du Jura, entre la France et la Suisse, à travers trois départements, avec des parcours qui permettent réellement de découvrir les Montagnes du Jura. Notre différence tient aussi au projet construit autour de la course. L’UTMJ est une fête populaire du trail, ouverte à tous les niveaux. Nous ne voulons pas devenir un événement réservé uniquement à une élite ».
Est-il devenu plus facile de commercialiser l’UTMJ ?
E.P. : « La notoriété acquise au fil des éditions facilite évidemment les discussions. Mais nous ne voulons pas commercialiser l’UTMJ comme un simple support de visibilité. Nous recherchons des partenaires qui comprennent le projet et qui puissent s’inscrire dans son territoire et ses valeurs. L’événement leur permet de toucher les coureurs, mais aussi leurs accompagnants et le grand public. Nous accueillons entre 25 000 et 30 000 visiteurs sur le week-end, avec un village exposants et une visibilité digitale et médiatique importante. En 2025, notre site a par exemple enregistré 172 000 visiteurs actifs uniques et nos réseaux sociaux plusieurs millions de vues ».
Qui sont les principaux partenaires ?
E.P. : « Parmi les partenaires majeurs figurent le groupe JMJ et les Fromageries Marcel Petite. La Rouget de Lisle/Jura Cola et St-Yorre sont fournisseurs officiels, tandis que Running Conseil et La Sportiva comptent parmi les partenaires de l’événement. L’UTMJ bénéficie également du soutien de plusieurs partenaires institutionnels et territoriaux : le Département du Doubs, Métabief, la destination Montagnes du Jura, la Préfecture de la région Bourgogne-Franche-Comté, le Massif du Jura et la Communauté de communes de la Station des Rousses. Enfin, ici, Hebdo25 et L’Est Républicain accompagnent l’événement en tant que partenaires médias. Nous souhaitons également renforcer notre exposition avec un diffuseur TV et davantage de médias nationaux présents sur l’événement ».
Est-il possible de voir un jour un naming commercial pour l’UTMJ ?
E.P. : « Ce n’est pas la réflexion qui nous anime aujourd’hui. La marque UTMJ – Ultra Trail des Montagnes du Jura – est très fortement liée au territoire et c’est précisément cette identité que nous voulons développer. Nous sommes en revanche ouverts à renforcer nos partenariats privés et à imaginer de nouvelles formes de collaboration, sans perdre ce qui fait l’ADN et l’identité de l’événement ».
Les courses de trail et d’ultra-trail sont-elles vouées à un développement limité au regard des enjeux environnementaux ?
E.P. : « Elles devront surtout apprendre à se développer autrement. On ne peut évidemment pas organiser des événements réunissant plusieurs milliers de personnes dans des espaces naturels sans s’interroger sur leur impact. À l’UTMJ, c’est une préoccupation depuis la création de l’événement. Nous travaillons avec les services de l’État et les acteurs environnementaux. Nous avons installé 140 points de tri, avec 78 % de valorisation des déchets. Mais notre responsabilité ne se limite pas à l’environnement. Elle concerne également les mobilités, la circulation, l’accès aux différents sites et la cohabitation avec les usages habituels du territoire, les propriétaires et les exploitants ».
A-t-on atteint un plafond de verre ? Ou, au contraire, le trail et l’ultra-trail n’en sont-ils encore qu’à leurs débuts ?
E.P. : « Le trail continue de séduire un public très large et possède certainement encore un potentiel de développement. Mais cela ne signifie pas que chaque événement doit continuer à grossir indéfiniment. À l’échelle de l’UTMJ, nous considérons avoir atteint le volume de participants qui nous convient. Nous n’irons pas chercher davantage de coureurs uniquement pour afficher un nouveau record d’inscriptions. Nous pourrions même réduire les jauges si cela devenait nécessaire pour préserver la qualité de l’événement ou le territoire. En revanche, il reste énormément de choses à développer autour de la pratique : l’expérience proposée aux participants, la place des familles, la pratique des jeunes, le tourisme outdoor, la découverte du territoire ou encore les retombées économiques tout au long de l’année ».
© SportBusiness.Club – octobre 2026