16 octobre 2026

Temps de lecture : 5 min

Julien Muller (FF Squash): “Pour nous, l’enjeu de la licence est capital”

Interview. La Fédération Française de Squash veut profiter de l'élan olympique pour accélérer son développement. Son président, Jean Muller, qui inaugure son nouveau siège, détaille sa stratégie pour élargir la pratique et ses revenus.

La Fédération Française de Squash (FF Squash) change de dimension. Vendredi 16 octobre 2026, l’instance inaugure son nouveau siège à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) intègrant un complexe doté de six courts. L’investissement de 2,1 millions d’euros doit permettre à la Fédération de rapprocher ses équipes du terrain, mais aussi de sécuriser durablement un outil important pour l’instance sportive. Une stratégie qui répond à une autre urgence : enrayer la disparition de salles, notamment dans les grandes agglomérations.

Surtout, la FF Squash veut profiter de l’arrivée de sa discipline au programme olympique de Los Angeles 2028 pour accélérer son développement. L’instance revendique 23 000 licenciés, mais estime entre 120 000 et 150 000 le nombre total de pratiquants en France. « Un gisement de croissance très important,» selon son président Jean Muller qui s’est confié à Sport Business Club. Il détaille sa stratégie pour transformer cette fenêtre en croissance durable.

La Fédération Française de Squash inaugure son nouveau siège vendredi 16 octobre 2026 à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne). Que va vous apporter ce que vous appelez ce “laboratoire immersif” ?

Jean Muller : « Jusqu’à présent, nous étions installés dans un siège fédéral classique, un peu ancien, vétuste et étroit. Nous avions un double besoin : de nouveaux locaux plus qualitatifs pour nos salariés, mais surtout l’opportunité d’intégrer des terrains de squash dans une zone qui en manquait. Cette solution permet à la fois de répondre aux besoins des pratiquants locaux et de développer la “culture club” chez nos collaborateurs, qui n’ont pas toujours une grande expérience du squash. C’est l’occasion pour toute l’équipe fédérale de vivre le quotidien d’un club, d’utiliser les courts pour tester et développer des programmes de formation, de pratique grand public ou de haut niveau. Ce siège sera effectivement un véritable laboratoire immersif connecté au terrain. »

Combien de courts y aura-t-il ?

J.M. : « Le complexe compte six courts. L’un de nos défis majeurs est la disparition de structures privées rachetées par des promoteurs immobiliers. En faisant l’acquisition des murs, nous garantissons la pérennité de cet équipement sportif. Pour la gestion quotidienne, nous avons signé une convention avec une association sportive locale, le Squash Club de Joinville. Ce sont eux qui animeront la structure, gèreront l’école de jeunes et organiseront les compétitions. L’association verse un loyer à la Fédération, ce qui permet de couvrir une partie du remboursement de l’emprunt d’investissement. À l’échéance de l’emprunt dans 15 ans, cela constituera une nouvelle ressource financière nette grâce aux revenus locatifs. L’opération globale représente environ 2,1 millions d’euros, financés par des subventions publiques, et notamment l’ANS, la Région Île-de-France et la ville de Joinville, ainsi que par un emprunt bancaire porté par la Fédération. »

Combien de licenciés la Fédération revendique-t-elle aujourd’hui ?

J.M. : « Nous comptons 23 000 licenciés, dont environ 18 000 à 19 000 licences dites “solides”, les jeunes, loisirs et compétition, et 4 000 autres licences scolaires. »

Mais, le nombre global de pratiquants est cependant bien supérieur, n’est-ce pas ?

J.M. : « Absolument. Nous dénombrons environ 950 courts affiliés en France, avec une moyenne de 50 à 60 pratiquants par court, ainsi qu’un nombre équivalent de terrains non affiliés, c’est-à-dire des structures commerciales, municipales ou en stations de ski. Nous pouvons ainsi estimer le nombre total de pratiquants entre 120 000 et 150 000 en France. La Fédération ne rassemble aujourd’hui que 15% de ces pratiquants. Nous avons donc face à nous un gisement de croissance très important. »

Convertir ces pratiquants en licenciés constitue-t-il un enjeu stratégique majeur ?

J.M. : « C’est un enjeu capital. Les licences financent notre Fédération à hauteur de 40%. Si notre entrée dans le giron olympique a renforcé le soutien de l’État et de l’ANS [Agence Nationale du Sport], les leviers sur les subventions publiques restent limités. La licence et le partenariat privé demeurent donc nos principaux piliers financiers et communautaires ».

“Le programme 100 000 jeunes: un enjeu d’avenir”

En quoi consiste votre plan pour la jeunesse ?

J.M. : « Nous avons une base fidèle de joueurs venus au squash dans les années 1980-1990, mais nous peinons à renouveler les effectifs : les jeunes ne représentent que 15% de nos licenciés soit environ 3 000 licences. Notre programme, baptisé “100 000 jeunes”, vise à faire découvrir la discipline au plus grand nombre dans les écoles, les centres aérés, et même les universités jusqu’à 25 ans. Il s’agit d’un enjeu d’avenir pour former et recruter des pratiquants, mais aussi nos futurs éducateurs, dirigeants, arbitres et, bien-sûr, champions de demain. »

Le développement de nouveaux courts sur l’ensemble du territoire est-il également prioritaire ?

J.M. : « Oui, car sans terrain, il n’y a pas de pratique. C’est logique. Certaines grandes villes comme Metz ou Rouen ont perdu leurs infrastructures à cause de projets immobiliers. Notre statut de sport olympique a changé la donne auprès des collectivités. Nous développons maintenant des modèles adaptés : complexes urbains d’un côté et terrains légers adossés à des clubs de tennis ou des gymnases ruraux de l’autre. »

Justement, la Fédération est-elle en concurrence avec le secteur privés des loisirs sportifs marchands ?

J.M. : « Pas du tout : au contraire, nous sommes très complémentaires. Près de 45% de nos salles sont privées. Nous accompagnons les porteurs de projets privés via des avances de trésorerie ou des garanties, et nous leur permettons de délivrer des licences et d’organiser des compétitions. Nous avançons main dans la main. »

Le padel représente-t-il une menace directe pour le squash ?

J.M. : « Là encore, non. Nous voyons le padel plutôt comme une opportunité au sein d’un engouement global pour les sports de raquettes. Je rappelle que 75% de nos structures sont multi-activités. Le padel est très ludique, mais le squash conserve l’avantage d’une dépense énergétique intense et condensée. Les deux pratiques sont très complémentaires et de nombreux joueurs cumulent les deux. »

Comment évolue la stratégie de partenariat et de marketing de la Fédération ?

J.M. : « Historiquement centrés sur des équipementiers spécialisés, nous élargissons désormais nos partenariats à des marques non endémiques : des voyagistes comme FRAM, des marques automobiles, de sportswear, de l’énergie ou des banques. Avec le soutien de l’agence O’Connection et l’impact d’un grand événement comme le Paris Squash Major, nous construisons une présence de marque récurrente tout au long de l’année. »

“La France est une grande nation du squash”

Quelles retombées attendez-vous de l’intégration du squash aux Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 ?

J.M. : « L’effet olympique apporte un soutien renforcé de l’État pour la haute performance, une visibilité médiatique accrue et une écoute nouvelle de la part des collectivités territoriales. Cela nous permet d’interpeller les élus dans les trente départements qui ne possèdent encore aucun terrain de squash. »

D’ailleurs, le squash sera-t-il encore présent aux Jeux Olympiques de Brisbane en 2032 ?

J.M. : « Ce n’est pas encore garanti. Un travail de lobbying est mené par la Fédération Internationale et la PSA. Le squash possède de solides arguments : un faible impact écologique et financier, une jauge d’athlètes maîtrisée et des structures démontables. Nous exploitons au maximum la fenêtre de LA 2028 pour ancrer durablement la discipline. »

Quel est le niveau sportif de la France et vos ambitions de médailles pour Los Angeles 2028 ?

J.M. : « La France est une grande nation du squash, régulièrement sur les podiums européens et mondiaux. Chez les hommes, Victor Crouin (top 5 mondial) constitue une vraie chance de médaille, épaulé par une relève prometteuse (Melvil Scianimanico et Amir Khaled). Chez les femmes, après la retraite de Camille Serme, nous comptons sur Mélissa Alves et sur la jeune Lauren Baltayan, victorieuse du British Open à 19 ans. »

Dans un contexte d’incertitude budgétaire pour le sport, quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs politiques ?

J.M. : « Le sport est un vecteur essentiel d’éducation et de cohésion sociale. Face à la baisse des budgets publics, il faut innover : inciter l’État à cautionner les équipements privés/associatifs, moderniser l’ingénierie financière et explorer de nouvelles recettes comme une taxe sur les paris sportifs ou les droits TV. On ne peut pas demander indéfiniment aux fédérations de faire plus avec moins. »

Entretien : Bruno Fraioli
© Sport Business Club – Octobre 2026

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