23 octobre 2026

Temps de lecture : 9 min

Frédéric Paquet (FFFA): “La NFL affirme son souhait de s’inscrire ici dans le long terme”.

Interview. À l’occasion du premier match de NFL en France, Frédéric Paquet, président de la FFFA, détaille les ambitions de sa fédération et sa stratégie pour développer ses ressources privées.

Dimanche 25 octobre 2026, le Stade de France, à Saint-Denis, passe en mode foot US. Pour la première fois, la National Football League (NFL) délocalise en France un match de saison régulière. L’affiche entre les Saints de La Nouvelle-Orléans et les Steelers de Pittsburgh promet du spectacle et… une exposition inédite pour la discipline. Une opportunité pour le football américain français et sa fédération.

Frédéric Paquet, président de la Fédération Française de Football Américain (FFFA), veut profiter de cette visibilité médiatique pour attirer de nouveaux licenciés. L’instance, qui en revendique plus de 35 000, vise le cap des 50 000, explique-t-il dans cet entretien exclusif. La fédération s’appuie sur ses trois disciplines : le football américain, le cheerleading et surtout le flag football, inscrit au programme des Jeux de Los Angeles 2028, dont les effectifs progressent de 20% par an.

Dans cet entretien accordé à SportBusiness.Club, Frédéric Paquet détaille sa collaboration avec la NFL et les Saints, notamment pour développer la pratique en milieu scolaire. Il évoque aussi les ambitions olympiques du flag football et la stratégie économique de la FFFA. Dotée d’un budget annuel de 2,3 millions d’euros, l’instance entend renforcer ses recettes privées, notamment grâce à la création d’une filiale événementielle.

Comment la Fédération compte-t-elle profiter de la vitrine du match de NFL au Stade de France ?

Frédéric Paquet : « Pour nous, c’est simple : nous profitons de l’exposition exceptionnelle que seule la NFL est capable de nous apporter et que nous ne pourrions pas obtenir seuls. Cela demande des moyens considérables. On le voit bien aujourd’hui, on parle du football américain comme on ne l’a jamais fait au cours des trente dernières années. C’est donc très important pour nous, et nous espérons que cette visibilité suscitera des vocations chez les jeunes et leur donnera envie de rejoindre nos clubs. »

Concrètement, que préparez-vous au sein de la Fédération pour tirer parti de cet événement ?

F.P. : « Depuis mon retour il y a deux ans, avant même de savoir que ce match aurait lieu, nous avons travaillé sur la structuration des clubs. Pour avoir des licenciés, il est essentiel d’aller les chercher, mais surtout de les fidéliser. Et pour les garder, nous devons disposer de clubs structurés, encadrés par de bons entraîneurs, bien formés, et proposant des compétitions cohérentes. Nous travaillons sur ce chantier depuis deux ans. Cela coïncide parfaitement avec le match de la NFL, et nous espérons que, lorsque l’événement suscitera des vocations, les jeunes qui rejoindront nos clubs s’y épanouiront grâce à un accueil de qualité et à une pratique adaptée. »

Il s’agit là du travail en amont. Mais jusqu’au match, quelles seront les activations concrètes proposées par la Fédération ?

F.P. : « Ces activations portent principalement sur le flag, car la NFL s’appuie sur deux axes de développement : ses matchs internationaux de football américain et l’essor du flag. Nous collaborons étroitement avec elle. Si l’organisation globale des activations autour du flag est initialement conçue par la NFL, leur mise en œuvre sur le terrain est assurée par nos clubs, nos entraîneurs et nos ligues, notamment la Ligue d’Île-de-France, qui encadrent et animent l’ensemble des événements. »

Attendez-vous en retour des licenciés supplémentaires au sein de la Fédération ?

F.P. : « Ce serait en effet une excellente concrétisation de cet événement. Cela nous permettrait de consolider l’ensemble de nos disciplines. Le flag connaît déjà une croissance régulière de 15 à 20% par an, et le cheerleading enregistre également une hausse de ses effectifs. En revanche, le football américain stagne légèrement pour le moment. Nous espérons donc bénéficier de cette exposition pour susciter de nouvelles vocations pour le football américain. »

Quel est le rôle de la Fédération française dans cet événement qui se tiendra au Stade de France ?

F.P. : « Nous avons été impliqués dès le début dans la constitution du dossier, qui s’est accélérée lorsque GL Events a été désigné gestionnaire du Stade de France. Nous avons pleinement contribué à cette phase initiale. Une fois la tenue du match confirmée, nous nous sommes retirés de la gestion directe de l’événement, qui est piloté par la NFL et GL Events. Pour notre part, nous intervenons activement sur toute la partie liée aux activations et au développement du flag. Au-delà des événements organisés durant la semaine du match, nous menons un travail approfondi de développement du flag en milieu scolaire, en partenariat avec la NFL. »

Sur ce volet, la NFL a conclu des accords inédits avec certaines franchises pour le développement international. En France, les New Orleans Saints disposent de l’exclusivité marketing et merchandising. En quoi consiste exactement leur action et comment collaborez-vous avec eux ?

F.P. : « En effet, les Saints sont la franchise qui a choisi le territoire français. Nous entretenons de très bonnes relations et collaborons étroitement avec eux depuis un an et demi. Ensemble, nous avons fait le choix de mettre l’accent sur le développement des sections jeunes dans les clubs. À titre d’exemple, nous avons organisé un tournoi en fin de saison dernière : l’équipe victorieuse est invitée à passer une semaine à La Nouvelle-Orléans pour assister à une rencontre des Saints et se mesurer à des équipes de flag de Louisiane. Auparavant, il s’agissait de tournois organisés directement par la NFL, dont les vainqueurs rejoignaient les États-Unis pour participer à un tournoi international réunissant les équipes gagnantes de chaque pays. Ce sont deux démarches distinctes. Dans le cadre de notre programme scolaire, nous souhaitons qu’un tournoi davantage orienté vers les établissements scolaires permette à l’école victorieuse de prendre part à un tournoi aux États-Unis au cours de l’été. »

Que vous apportent concrètement les Saints ? S’agit-il d’un soutien budgétaire ?

F.P. : « Oui, ils fournissent du matériel et prennent intégralement en charge le séjour d’une semaine à La Nouvelle-Orléans pour l’équipe victorieuse. »

Cette relation avec les Saints permet-elle d’augmenter le budget de la Fédération ?

F.P. : « Cela n’accroît pas directement notre budget de fonctionnement, mais nous permet de mener des actions que nous n’aurions pas les moyens de financer seuls. Cela démultiplie nos initiatives, à l’image des dotations en matériel fournies par la NFL aux écoles ou de la prise en charge des déplacements d’équipes vers les États-Unis. »

“La NFL doit s’adapter à notre fonctionnement institutionnel”.

Il existe une réelle différence entre le modèle sportif américain, fondé sur un système de franchises, et le modèle européen, reposant sur des structures associatives. Est-il difficile de les faire cohabiter ?

F.P. : « La cohabitation se déroule très bien. Il existe certes une différence culturelle : aux États-Unis, le modèle repose sur des franchises professionnelles et le sport universitaire, sans équivalent des clubs amateurs tels que nous les connaissons. En France, nous disposons d’un réseau de clubs de toutes tailles. Un important travail de compréhension mutuelle a donc été nécessaire. Lorsque la NFL s’implante en France, elle doit s’adapter à notre fonctionnement institutionnel. Cela a demandé du temps, mais nous sommes parvenus à une excellente entente. Aujourd’hui, nous travaillons main dans la main pour développer le flag en milieu scolaire. »

D’autres rencontres sont-elles prévues en France dans les années à venir ?

F.P. : « La NFL affirme son souhait de s’inscrire dans le long terme. Le premier match, dimanche, affichera complet. La ligue a par ailleurs ouvert un bureau en France et recruté un directeur qui constitue actuellement son équipe. Tout indique une installation durable, à l’image de ce qui se fait dans d’autres pays. C’est une perspective très intéressante, car l’ancrage de la culture du flag exige de la continuité. »

Le bureau français de la NFL est-il hébergé au sein de la Fédération française ?

F.P. : « Non, absolument pas. Ce sont deux structures distinctes qui partagent des objectifs communs. Le bureau de la NFL disposera de ses propres locaux. »

Avez-vous échangé avec la Fédération Française de Basketball, qui connaît une situation similaire avec la NBA ?

F.P. : « Tout à fait, j’ai contacté le président de la FFBB qui rencontre des enjeux comparables. Les échelles culturelles et financières restent néanmoins très différentes : la NFL est la ligue sportive la plus prospère au monde, tandis que nous sommes une structure plus modeste. Il y a 25 ans, lors de l’expérience de la NFL Europe, la ligue fonctionnait en vase clos. Aujourd’hui, il existe une réelle volonté de la NFL de s’ancrer dans le territoire et de collaborer étroitement avec nous. »

Concernant les Jeux olympiques, verrons-nous des équipes de France de flag à Los Angeles en 2028 ?

F.P. : « Il est encore difficile de se prononcer, mais nous mettons tout en œuvre pour y parvenir. Nous sommes partis d’une situation où la culture olympique était quasiment absente de cette discipline. Il faut former des entraîneurs, des cadres et des joueurs. Chez les hommes, l’équipe de France figure parmi les deux ou trois meilleures nations européennes et dans le top 8 mondial. La qualification se jouera principalement lors du Championnat d’Europe, en août 2027, en Finlande. Côté féminin, la situation est plus complexe en raison d’un déficit d’expérience du haut niveau et de qualités athlétiques, ce qui nous fait partir de plus loin. Il n’y aura que six places par genre pour ces JO, mais chez les hommes, les chances sont réelles. »

Observez-vous déjà les retombées du statut olympique sur le nombre de licenciés ?

F.P. : « Oui, la reconnaissance olympique renforce l’attractivité de la discipline et constitue un véritable levier de développement. »

La Fédération compte environ 33 600 licenciés. Quel est votre objectif pour après ?

F.P. : « Ce chiffre correspondait à la saison précédente. À la fin de la saison 2026, nous avons dépassé la barre des 35 000 licenciés, répartis de manière égale, à raison d’environ un tiers chacun, entre le football américain, le flag et le cheerleading. Le football américain connaît une phase de stagnation, tandis que le cheerleading progresse de 10% par an et le flag de 20% par an. Mon objectif est d’atteindre les 50 000 licenciés. Le flag offre l’avantage d’être une discipline sans contact, très sûre, mixte et nécessitant peu d’équipements, ce qui suscite un fort engouement en milieu scolaire. »

Vous venez de réformer votre championnat de France élite de foot US. Pourquoi ?

F.P. : « La compétition s’intitule désormais la Ligue Élite. Nous avons souhaité recentrer l’épreuve autour des clubs les mieux structurés et les plus stables financièrement afin d’offrir une vitrine plus attractive. Ce nouveau format débutera en février 2027, et nous nous donnons deux ans pour en évaluer les résultats. »

“Nous allons créer une filiale événementielle”

Le football américain a perdu son statut de haut niveau au profit du flag. Est-ce préjudiciable ?

F.P. : « Le flag bénéficiait déjà de la reconnaissance du haut niveau. Le football américain a en effet perdu les subventions afférentes, qui finançaient notamment deux pôles espoirs. Ces moyens ont été réorientés et triplés en faveur du flag en raison de son accession au statut olympique. »

Quel est le budget annuel de la Fédération ?

F.P. : « Il s’élève à environ 2,3 millions d’euros. Les partenariats privés demeurent encore modestes, mais nous avons mis en place un département commercial et marketing, et nous allons créer une filiale événementielle afin de mobiliser des financements privés. »

Comment cette filiale commerciale sera-t-elle structurée ?

F.P. : « Nous collaborons avec l’agence La Source afin d’organiser la structure et d’attirer des investisseurs. Nous nous appuyons sur une base de données de 80 000 contacts et sur une plateforme TV comptant 40 000 abonnés, ce qui représente un potentiel de valorisation significatif. »

Que vous apporte votre parcours dans le sport professionnel, notamment dans le rugby et au LOSC Lille, à la présidence de la FFFA ?

F.P. : « Une connaissance approfondie des réalités du sport professionnel comme du sport amateur. Cela me permet de bâtir un plan de développement réaliste, structuré et exempt de fausses promesses. »

Quel regard portez-vous sur le modèle du sport fédéral en France ?

F.P. : « En tant qu’élu au conseil d’administration du CNOSF et président du Conseil de la prospective, qui réfléchit au sport à l’horizon 2050, je constate que le mouvement sportif traverse de profondes mutations, marquées par la baisse des concours publics et le développement des pratiques libres. »

Les fédérations sont-elles armées face à ces transformations ?

F.P. : « Les fédérations disposant de moyens importants et adossées à des ligues professionnelles le sont. En revanche, les structures plus modestes comme la nôtre sont exposées à des difficultés si elles ne se réinventent pas ou si elles ne mutualisent pas leurs ressources face à l’émergence d’acteurs privés. »

Si vous aviez les candidats à l’élection présidentielle face à vous, quel serait votre argumentaire pour défendre le budget du sport ?

F.P. : « L’argument central repose sur un constat : un euro investi dans le sport permet d’en économiser ou d’en récupérer treize en matière de santé publique et de cohésion sociale. Il s’agit d’un investissement très profitable à l’ensemble de la collectivité. Amélie Oudéa-Castéra, présidente du CNOSF, mène un travail remarquable à la tête du CNOSF pour porter cette conviction auprès des pouvoirs publics. »

Dimanche, entre les Saints et les Steelers, quelle équipe a votre préférence ?

F.P. : « Les Saints ! Par affinité, nous soutiendrons volontiers les Saints, avec qui nous avons noué de vrais liens au fil du temps. »

Entretien : Bruno Fraioli
© SportBusiness.Club – Octobre 2026

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