6 novembre 2026

Temps de lecture : 8 min

Didier Seminet : “La Major Ligue Baseball viendra jouer au Stade de France”

Interview. Aux JOJ de Dakar 2026, le baseball s’offre une nouvelle vitrine. Didier Seminet, président de la fédération française, évoque l’avenir olympique de son sport et la possibilité de voir un jour la MLB débarquer au Stade de France.

Le Baseball5 a fait ses débuts aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) 2026 à Dakar (Sénégal). Cette variante mixte, qui se joue à cinq sur un terrain de la taille d’un court de tennis, offre une nouvelle vitrine au baseball. À Los Angeles (États-Unis), en 2028, ce sont pourtant les formats traditionnels, baseball à neuf et le softball, qui figureront au programme. Pour Didier Seminet, président de la Fédération Française de Baseball et Softball, ce format court, urbain et spectaculaire pourrait offrir à son sport une place plus durable aux Jeux.

En France, le baseball doit aussi trouver des terrains, attirer des partenaires et convaincre ses clubs de s’approprier cette nouvelle discipline. La fédération compte un peu moins de 15 000 licenciés et vient de nouer un partenariat avec le spécialiste de l’éclairage sportif Musco Lighting. Dans cet entretien, Didier Seminet revient sur les moyens dont il dispose pour développer la pratique et sur les discussions qui pourraient permettre à la Major League Baseball de jouer un jour au Stade de France.

Le Baseball5 a fait ses débuts aux JOJ 2026 de Dakar. La fédération internationale misera-t-elle sur cette discipline pour s’installer durablement au programme olympique ?

Didier Séminet : « C’est impossible car il y a un énorme lobbying du baseball et du softball traditionnels. C’est dommage car personnellement, en tant que président de fédération, je suis convaincu que le Baseball5 est l’outil qui nous permettrait de rester de manière pérenne au programme des JO. La Fédération internationale, la WBSC (World Baseball Softball Confederation), le sait aussi, mais elle est dans l’incapacité de se positionner officiellement sur ce point en raison du lobbying des grandes fédérations de baseball et de softball. »

À Los Angeles, le baseball à neuf et le softball figurent au programme des Jeux de 2028. Selon vous, ces deux disciplines peuvent-elles s’y maintenir ?

D.S. : « Non. Quoi qu’il arrive, les deux disciplines traditionnelles, le baseball à 9 et le softball, sont assises sur un strapontin olympique. Elles ne sont pas en ligne avec les agendas 2020-2024 du CIO et tout ce qui arrive derrière. Ces disciplines s’y retrouvent dans les territoires où elles figurent parmi les sports majeurs, comme aux États-Unis ou au Japon. Mais, aujourd’hui, elles ne sont présentes que sur deux continents. En Australie ou en Europe, le baseball est absent, ou du moins pas de manière aussi dominante. C’est pour cela que le Baseball5, lui, a vocation, avec une version urbaine, d’être mieux dimensionné pour les JO, même en Europe, en Océanie ou en Afrique. Cette discipline coche quasiment toutes les cases du nouvel agenda olympique : mixte, urbain, rapide et très peu coûteux parce que les délégations… Les équipes ne rassemblent pas 40 personnes mais 10. Il n’y a que des avantages. Les infrastructures sont légères et démontables. Le Baseball5 peut se jouer sur un court de tennis. Le baseball traditionnel, c’est presque deux terrains et demi de foot. »

Selon vous, la Major League Baseball (MLB) et la fédération internationale se trompent-elles ? Auraient-elles dû défendre le Baseball5 comme le flag football a été défendu par la NFL pour les Jeux ?

D.S. : « Je ne sais pas si c’est la NFL qui a poussé le flag, mais, en tout cas, grâce au flag, le foot US est arrivé aux Jeux. Ils n’auraient jamais pu le faire avec le football américain traditionnel qui, également, n’est pas dimensionné pour le programme olympique. J’en suis convaincu. Concernant la MLB, c’est plus une histoire de calendrier. En basket-ball, la NBA est ultrareprésentée aux Jeux simplement parce que l’on est en été et que les championnats sont terminés. Au baseball, l’été est en plein milieu de la saison de la MLB. Trop d’éléments font que la MLB ne peut pas marquer une trêve olympique uniquement pour les Jeux. C’est compliqué. C’est une question économique. J’en reviens au Baseball5, qui n’est pas du tout issu de la MLB mais est porté par les fédérations amateurs et la fédération internationale, la WBSC. Aujourd’hui, il n’y a aucun lien entre la MLB et le Baseball5. Ce sont vraiment deux univers différents. »

La NFL vient d’organiser son premier match de saison régulière en France. La NBA y délocalise des matchs depuis plusieurs années. Où en est la MLB ?

D.S. : « Mais il y a bien longtemps que la MLB s’intéresse à Paris. Le problème, c’est que la Ligue s’est fait planter par l’ancien gestionnaire du Stade de France. Tout était calé pour juin 2025. Or, ils, et je peux les comprendre, ont préféré remplir l’enceinte avec des concerts plutôt que de tenir un engagement promis à la MLB. Les dates étaient fixées, mais l’ex-consortium du Stade de France, au grand désarroi de l’État français qui soutenait le projet, nous a plantés. La MLB devait venir ici bien avant la NFL. C’est un projet dont on parle depuis 2012. Nous avions trouvé toutes les solutions techniques et pratiques, parce que le Stade de France, ce n’est pas un stade de baseball. Il est plus facile d’y organiser des sports “gauche-droite”, comme je les appelle, que du baseball. De plus, le problème avec notre sport, c’est qu’il faut immobiliser le stade pendant presque trois semaines pour préparer puis démonter le terrain. Techniquement et pratiquement, c’était réglé. Et même si cela posait un problème financier, la MLB couvrait l’ensemble des frais : il n’y avait aucun risque pour personne. »

La porte est-elle définitivement fermée ?

D.S. : « Non, pas du tout. GL events, qui a repris la gestion du Stade de France, a annoncé que le baseball figurait dans leurs projets d’événements. Nous sommes en train de discuter, mais il y a ce problème de dates. Le championnat américain de baseball est scindé en deux périodes : avant et après l’All-Star Game de juillet. Tous les matchs après sont très importants sportivement, et donc il est difficile de faire bouger la MLB après cette date. Avant l’All-Star Game, c’est plus facile, mais c’est du côté de GL events où cela se complique car en juin, le stade est occupé quasiment tous les week-ends. C’est très difficile d’avoir cette fenêtre de trois semaines avant l’All-Star Game pour rendre possible l’organisation de deux matchs. »

“La MLB est en France depuis longtemps”

La MLB travaille-t-elle avec les fédérations nationales de baseball en Europe, comme le fait la NFL dans le football américain ?

D.S. : « Il faut arrêter cette comparaison avec la NFL. Cela fait longtemps que la MLB est en France et qu’elle donne un coup de main aux fédérations nationales. La France a eu plusieurs joueurs dans le championnat américain. La MLB est en échange permanent avec la Fédération française ou d’autres en Europe. C’est aussi le cas en Afrique. C’est juste que le jeu est tellement différent qu’il est difficile de capter l’intérêt des Français, et ça, je le comprends. La MLB existe depuis 1850, c’est une structure historique. »

En France, avez-vous ressenti un effet olympique ?

D.S. : « C’est compliqué de répondre à cette question. Pour le Baseball5, c’est la Fédération française qui est à l’origine de sa création. La discipline est née dans la rue, à Cuba. Là où les gens n’ont pas les moyens pour s’acheter des gants, des balles ou des battes. Ils jouent dans la rue. Nous avons amené la discipline à la Fédération internationale en disant que c’était l’avenir et qu’un jour elle serait olympique. Ça l’est pour les JOJ. Mais nous avons une difficulté en France : les clubs ont du mal à s’accaparer cette nouvelle discipline. Le fait qu’elle soit olympique aura-t-il un impact ? C’est un peu tôt pour le dire. En revanche, cela donne raison à ceux qui y croient depuis le début. Avoir le label olympique, ce n’est pas rien : le rugby à 7 a explosé grâce à cela et aux résultats de l’équipe de France. Et cela a amené des licenciés vers les disciplines plus traditionnelles. Un label olympique apporte un intérêt. D’ailleurs, cela a déclenché votre intérêt à venir nous parler. »

Combien de licenciés compte la fédération ?

D.S. : « Un peu moins de 15 000. Quand j’ai récupéré la fédération en 2010, nous étions 8 500. Je n’ai pas fixé d’objectif à terme. Je sais qu’il est très difficile de pratiquer notre discipline en France en raison de contraintes phénoménales : il faut un terrain spécial et faire comprendre les règles. Toutefois, dans une période où tout le monde se referme sur soi-même, si vous ne perdez pas de licenciés, c’est que vous êtes déjà une bonne fédération. »

Est-il difficile de convaincre les collectivités d’investir dans des terrains de baseball ?

D.S. : « Pas tant que cela, tant qu’il y a du foncier. Dans la petite couronne parisienne, c’est compliqué : le club de Savigny-sur-Orge (91), qui vient d’être champion de France, a un problème de foncier. Mais nous venons d’inaugurer un terrain au Havre (76). Le vrai partenaire du mouvement sportif aujourd’hui, c’est la collectivité locale. Sans elle, le mouvement sportif n’existerait pas. Cela dépend aussi de la dynamique du club. Nous comptons 195 clubs en France et la très grande majorité dispose d’une installation. Le financement est ultra-local. Je n’ai jamais eu de vrai refus de création de terrain depuis mon premier mandat en 2010. »

“Que les politiques ne s’occupent surtout pas de nous”

Quel est le budget de la fédération et d’où viennent ses ressources ?

D.S. : « Les recettes viennent principalement des licences, des produits de gestion des compétitions et d’une subvention du ministère des Sports. Pour être précis : nous avons environ 2 millions d’euros de budget, dont 400 000 euros provenant de l’État, et huit cadres techniques fonctionnaires d’État mis à disposition. C’est la vraie richesse du mouvement sportif. »

Qu’en est-il des partenaires privés ?

D.S. : « C’est difficile tant que nous n’avons pas d’exposition médiatique ou de résultats sportifs. Mais nous y arrivons quand même. Nous venons de signer avec Musco, un fournisseur américain d’éclairage de stade, qui nous apporte quelques dizaines de milliers d’euros pour accompagner nos programmes jeunes et soutenir les ligues lors des Interligues. »

Quel est le potentiel sportif de la France sur la scène internationale ?

D.S. : « En 2010, nous étions 44es mondiaux. Aujourd’hui, nous sommes dans le top 20-25 pour le baseball et le softball. En Baseball5, nous sommes numéro 3 mondial. Le président pragmatique que je suis préfère investir dans le Baseball5 pour devenir numéro 1. L’investissement pour cet objectif sera moindre que dans le baseball ou le softball traditionnels où atteindre le très haut niveau, c’est-à-dire les Jeux olympiques, est très difficile en raison du format limité à six équipes. En Baseball5, c’est différent. Aux JOJ de Dakar (Sénégal), le champion olympique est Cuba et nous avons failli les battre en quart de finale… C’est une discipline plus ouverte et aléatoire que les deux autres. »

Si vous les aviez devant vous, que diriez-vous aux candidats à l’élection présidentielle pour défendre le budget du sport ?

D.S. : « Je leur dirais qu’ils ne s’occupent surtout pas de nous ! Qu’ils ne viennent pas mettre leur nez dans nos affaires ! Le mouvement sportif réunit 5,5 millions de bénévoles, 18 millions de licenciés et 155 000 associations. Je souhaite qu’ils nous écoutent, mais qu’ils ne viennent pas avec leurs propres idées. Nous avons su nous débrouiller sans eux. Le sport est un vrai enjeu de société : il peut sauver le monde. Nous avons un pays de sportifs, mais nous ne sommes pas un pays sportif et cette situation convient aux responsables des mouvements politiques. Antoine Dupont, Victor Wembanyama, Léon Marchand… Tous ces sportifs de renom ne sont pas nés d’une décision politique : ils sont nés dans des clubs qui se sont débrouillés pour créer les champions qu’ils sont. Or, cette image est tronquée pour les hommes politiques, pour qui le sport représente seulement 0,6 % du budget de l’État. Que peuvent-ils nous proposer ? Doubler le budget à 1,2 % ? Ces gens ne croient pas au sport comme nous y croyons sur le terrain. Je ne leur demanderais rien. »

Le mouvement sportif parle-t-il assez fort pour se faire entendre ?

D.S. : « J’ai toute confiance dans le CNOSF et sa présidente pour défendre les intérêts de nos 155 000 associations lors des campagnes politiques. Madame la présidente fera entendre notre voix. En 2022, lors des rencontres avec les candidats, ils n’étaient pas tous intéressés par le sport. Un ancien ministre des Sports, médaillé d’argent olympique, me disait souvent : “Les politiques aiment les médailles, mais pas ceux qui les portent.” Dès que l’on gagne, tout le monde est là. Dès que nous sommes en difficulté, il n’y a plus personne. Je préfère rester fidèle à mes convictions plutôt que d’essayer de leur plaire. »

Entretien : Bruno Fraioli
© SportBusiness.Club – novembre 2026

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