Avant le début des Championnats d’Europe d’athlétisme, organisés du 10 au 16 août 2026 à Birmingham (Royaume-Uni), la question de la réalisation télévisée s’invite dans le débat. Mi-juillet, l’Union Européenne de Radio-télévision (UER/EBU) a publié des recommandations destinées aux diffuseurs télé. Elles visent les plans jugés inutilement suggestifs dans les compétitions féminines. L’objectif est de recentrer les images sur la performance, la technique et le récit sportif.
L’UER cite les “plans prolongés sur des corps”, les prises de vue en contre-plongée révélant “des angles intimes” ou encore les ralentis qui n’ont “aucun objectif technique ni narratif”. Ces choix de réalisation peuvent détourner l’attention des exploits sportifs et contribuer à installer des stéréotypes sexistes, estime Glen Killane, directeur exécutif de l’organisation. La fédération européenne de diffuseurs appelle ainsi à une réflexion plus large sur les pratiques de production.
Pour les athlètes, le sujet ne concerne pas la tenue portée en compétition. La sprinteuse britannique Amy Hunt rappelle que les femmes doivent pouvoir choisir leur équipement sans subir de regard déplacé. On ne devrait pas avoir à changer la façon dont on s’habille pour se sentir à l’aise, a-t-elle déclaré à l’AFP. Je veux une tenue qui me fasse me sentir rapide et puissante, et je ne veux en aucun cas me sentir gênée par les vêtements ».
« Pas de gros plans sur mes fesses »
En athlétisme, les compétitrices peuvent porter un legging, un short ou un bloomer, ainsi qu’un débardeur ou une brassière. Cette liberté vestimentaire n’autorise pas, selon elles, des images qui n’ajoutent rien à la compréhension d’une épreuve. « La culotte, c’est un symbole, explique la perchiste française Marie-Julie Bonnin. Quand on grandit, on se dit que c’est pour les grandes, pour les fortes. Moi, ça me permet d’être dans mon personnage d’athlète ».
La championne française salue l’initiative de l’UER. « Donc oui, on est en culotte mais on n’accepte pas des plans qui ne servent à rien, poursuit-elle. Je fais du sport et je n’ai pas envie qu’on me filme les fesses d’en bas ». L’athlète évoque aussi les contenus détournés, les compilations publiées en ligne et les usages de l’intelligence artificielle, qui accentuent selon elle le malaise.
La publication de ces recommandations a toutefois suscité de nombreuses réactions sexistes sur les réseaux sociaux. Certaines remettent en cause la tenue des athlètes ou regrettent la disparition supposée de certaines images. « Quand on voit les réactions, je pense que tout le monde n’a pas compris pourquoi c’était mis en place,» observe Amy Hunt. Pour les diffuseurs, cette évolution ouvre un chantier éditorial : filmer davantage l’exploit et moins le corps. (Avec AFP)
© Sport Business Club – Août 2026