Interview. Partenaire officiel et exclusif de la FIFA, Getty Images livre une course mondiale contre la montre pendant la Coupe du Monde 2026. Michael Heiman, vice-président sport, détaille les coulisses d’un dispositif hors norme.
Près de 10 000 photos par match, 60 photographes à travers les Etats-Unis, le Mexique et le Canada et moins de 30 secondes pour les rendre accessibles à ses clients partout dans le monde. La Pour Getty Image, la Coupe du Monde masculine de football 2026 est une véritable “bataille contre le temps” affirme son « vice président sport » Michael Heiman. Depuis le siège newyorkais de l’entreprise américaine, le dirigeant a expliqué à SportBusiness.Club le rôle et le travail de l’agence photographique officielle et exclusive de la FIFA.
Que représente cette Coupe du Monde 2026 pour Getty ?
Michael Heiman : « C’est l’événement le plus important que nous ayons jamais couvert, tant par son étendue géographique que par les ressources humaines mobilisées. Nous avons plus de 115 personnes dédiées exclusivement à la Coupe du Monde, dont une équipe de 20 éditeurs et du personnel opérationnel. Sur chaque match, nous déployons au minimum six photographes : trois pour le service éditorial de Getty et deux ou trois pour la FIFA et ses partenaires commerciaux. Par exemple pour ce match en cours entre l’Angleterre et la Croatie, nous avons mobilisé près de 10 photographes.»
Dix photographes pour un seul match ?
M.H. : « Absolument. Ils sont répartis stratégiquement dans tout le stade de Dallas pour couvrir tous les angles. Nous en avons un en tribune pour les prises de vue en hauteur, deux travaillant pour la FIFA près des bancs de touche, et un troisième circulant pour les partenaires commerciaux. C’est une entreprise massive : aux États-Unis, notre plus grand événement est habituellement le Super Bowl avec sept photographes ; ici, nous dépassons ce chiffre pour un seul match, alors qu’il y a parfois quatre rencontres par jour ».
Avez-vous des caméras automatiques ?
M.H. : « Oui, en plus des photographes au sol, nous avons trois caméras télécommandées sur le toit, scrutant chaque but depuis les passerelles, et une autre équipée d’un fisheye (grand angle) installée au centre de l’écran géant pour obtenir une vue circulaire du terrain et des tribunes ».
Et autour des buts ?
M.H. : « Nous installons deux à trois caméras télécommandées derrière chaque but, ainsi qu’un boîtier physiquement placé dans le filet. Puisque chaque photographe utilise trois boîtiers, nous gérons plus de 40 caméras par match. Cela nous assure une couverture totale : peu importe où le joueur se dirige après un but : nous y sommes ! Grâce à notre partenariat avec la FIFA, nous couvrons aussi les tunnels et les vestiaires. Notre équipe possède une expérience inégalée : collectivement, nous totalisons plus de 70 éditions de la Coupe du Monde couvertes. L’un de nos éditeurs en chef a même commencé sa carrière lors du Mondial 1986 au Mexique ».
Combien de photographes mobilisez-vous sur l’ensemble de la compétition ?
M.H. : “Plus de 60. Nous essayons de maintenir la même cohésion d’équipe que dans un club de football : chacun doit savoir exactement ce que font leurs coéquipiers. Nous avons même des photographes “embarqués” avec certaines fédérations, comme l’Angleterre, qui voyagent constamment avec l’équipe entre leur camp de base et les stades. Cela représente un volume impressionnant de vols, de nuits d’hôtel et de locations de voitures ».
Quand avez-vous commencé à travaillé sur cette logistique ?
M.H. : « La planification a commencé il y a trois ans. Avant le tournoi, nous avons réalisé les portraits officiels de chaque joueur. Ce projet colossal a débuté début juin. Nous devons sans cesse nous adapter. Par exemple, nous avons dû photographier en urgence le nouveau sélectionneur de la Tunisie après le départ du précédent. La logistique est extrêmement complexe avec une multitude de paramètres mouvants »
Au-delà des photographes, combien d’autres personnes travaillent sur le traitement de l’image ?
M.H. : « Environ trente personnes assurent le support à distance, la plupart est basée à New York où nous sommes. Nos clients sont divers : la FIFA, les 40 fédérations nationales, les sponsors comme Visa, et l’ensemble des médias internationaux. Nous avons fait venir des experts du monde entier pour couvrir toutes les spécificités régionales. Parfois, des histoires imprévues surgissent, comme celle du gardien du Cap-Vert dont la popularité a explosé sur les réseaux sociaux après une performance exceptionnelle. Chez Getty, nos photographes sont des spécialistes : ceux qui couvrent le sport ne font que du sport, tandis que nos équipes “News” ou “Entertainment” s’occupent des angles d’actualité ou des tapis rouges ».
Quel est l’impact du passage à 48 équipes sur votre organisation ?
M.H. : « Cela a augmenté considérablement la charge de travail et le besoin en personnel. Au Qatar, la logistique était simplifiée grâce à la proximité des stades. Ici, c’est un véritable jeu d’échecs géant à cause des temps de voyage et des fuseaux horaires ».
Utilisez-vous l’Intelligence Artificielle ?
M.H. : « Pas pour la création ou la modification de contenus. Nos normes éditoriales sont extrêmement strictes en matière d’authenticité. Si nous utilisons des outils technologiques comme le “code replacement” pour accélérer le légendage des photos, l’image elle-même reste inchangée. Dans un monde saturé de faux contenus, la confiance envers notre marque est notre priorité absolue. La nouvelle génération est sceptique. Ma propre fille croit parfois que mes photos sont générées par IA. Notre rôle est de garantir que ce que nous diffusons est réel. Toute manipulation d’image par un collaborateur entraîne un licenciement immédiat ».
Anticipez-vous les risques de cyberattaques ou de pannes majeures ?
M.H. : « Oui. Nous avons une équipe dédiée à la sécurité de l’information. Le défi majeur réside souvent dans l’infrastructure des stades. Bien que nous utilisions notre propre réseau pour connecter nos photographes en temps réel, nous dépendons de la stabilité du lieu. En cas d’attaque par déni de service ou de panne, nous avons des solutions de secours comme des systèmes Starlink ou des boîtiers Wi-Fi. Nous sommes aussi vigilants face au phishing, comme ces faux emails proposant des billets pour les matchs. Pour un tel événement, nous avons toujours des plans A, B, C et même D, notamment pour pallier les aléas climatiques américains, comme les orages qui peuvent clouer les avions au sol. Pour la finale, nous prévoyons même des équipes de réserve pour éviter qu’un retard de transport ne compromette la couverture du match ultime ».
Près de 10 000 photos par match, 60 photographes à travers les Etats-Unis, le Mexique et le Canada et moins de 30 secondes pour les rendre accessibles à ses clients partout dans le monde. La Pour Getty Image, la Coupe du Monde masculine de football 2026 est une véritable “bataille contre le temps” affirme son « vice président sport » Michael Heiman. Depuis le siège newyorkais de l’entreprise américaine, le dirigeant a expliqué à SportBusiness.Club le rôle et le travail de l’agence photographique officielle et exclusive de la FIFA.
Que représente cette Coupe du Monde 2026 pour Getty ?
Michael Heiman : « C’est l’événement le plus important que nous ayons jamais couvert, tant par son étendue géographique que par les ressources humaines mobilisées. Nous avons plus de 115 personnes dédiées exclusivement à la Coupe du Monde, dont une équipe de 20 éditeurs et du personnel opérationnel. Sur chaque match, nous déployons au minimum six photographes : trois pour le service éditorial de Getty et deux ou trois pour la FIFA et ses partenaires commerciaux. Par exemple pour ce match en cours entre l’Angleterre et la Croatie, nous avons mobilisé près de 10 photographes.»
Dix photographes pour un seul match ?
M.H. : « Absolument. Ils sont répartis stratégiquement dans tout le stade de Dallas pour couvrir tous les angles. Nous en avons un en tribune pour les prises de vue en hauteur, deux travaillant pour la FIFA près des bancs de touche, et un troisième circulant pour les partenaires commerciaux. C’est une entreprise massive : aux États-Unis, notre plus grand événement est habituellement le Super Bowl avec sept photographes ; ici, nous dépassons ce chiffre pour un seul match, alors qu’il y a parfois quatre rencontres par jour ».
Avez-vous des caméras automatiques ?
M.H. : « Oui, en plus des photographes au sol, nous avons trois caméras télécommandées sur le toit, scrutant chaque but depuis les passerelles, et une autre équipée d’un fisheye (grand angle) installée au centre de l’écran géant pour obtenir une vue circulaire du terrain et des tribunes ».
Et autour des buts ?
M.H. : « Nous installons deux à trois caméras télécommandées derrière chaque but, ainsi qu’un boîtier physiquement placé dans le filet. Puisque chaque photographe utilise trois boîtiers, nous gérons plus de 40 caméras par match. Cela nous assure une couverture totale : peu importe où le joueur se dirige après un but : nous y sommes ! Grâce à notre partenariat avec la FIFA, nous couvrons aussi les tunnels et les vestiaires. Notre équipe possède une expérience inégalée : collectivement, nous totalisons plus de 70 éditions de la Coupe du Monde couvertes. L’un de nos éditeurs en chef a même commencé sa carrière lors du Mondial 1986 au Mexique ».
Combien de photographes mobilisez-vous sur l’ensemble de la compétition ?
M.H. : “Plus de 60. Nous essayons de maintenir la même cohésion d’équipe que dans un club de football : chacun doit savoir exactement ce que font leurs coéquipiers. Nous avons même des photographes “embarqués” avec certaines fédérations, comme l’Angleterre, qui voyagent constamment avec l’équipe entre leur camp de base et les stades. Cela représente un volume impressionnant de vols, de nuits d’hôtel et de locations de voitures ».
Quand avez-vous commencé à travaillé sur cette logistique ?
M.H. : « La planification a commencé il y a trois ans. Avant le tournoi, nous avons réalisé les portraits officiels de chaque joueur. Ce projet colossal a débuté début juin. Nous devons sans cesse nous adapter. Par exemple, nous avons dû photographier en urgence le nouveau sélectionneur de la Tunisie après le départ du précédent. La logistique est extrêmement complexe avec une multitude de paramètres mouvants »
Au-delà des photographes, combien d’autres personnes travaillent sur le traitement de l’image ?
M.H. : « Environ trente personnes assurent le support à distance, la plupart est basée à New York où nous sommes. Nos clients sont divers : la FIFA, les 40 fédérations nationales, les sponsors comme Visa, et l’ensemble des médias internationaux. Nous avons fait venir des experts du monde entier pour couvrir toutes les spécificités régionales. Parfois, des histoires imprévues surgissent, comme celle du gardien du Cap-Vert dont la popularité a explosé sur les réseaux sociaux après une performance exceptionnelle. Chez Getty, nos photographes sont des spécialistes : ceux qui couvrent le sport ne font que du sport, tandis que nos équipes “News” ou “Entertainment” s’occupent des angles d’actualité ou des tapis rouges ».
Quel est l’impact du passage à 48 équipes sur votre organisation ?
M.H. : « Cela a augmenté considérablement la charge de travail et le besoin en personnel. Au Qatar, la logistique était simplifiée grâce à la proximité des stades. Ici, c’est un véritable jeu d’échecs géant à cause des temps de voyage et des fuseaux horaires ».
Utilisez-vous l’Intelligence Artificielle ?
M.H. : « Pas pour la création ou la modification de contenus. Nos normes éditoriales sont extrêmement strictes en matière d’authenticité. Si nous utilisons des outils technologiques comme le “code replacement” pour accélérer le légendage des photos, l’image elle-même reste inchangée. Dans un monde saturé de faux contenus, la confiance envers notre marque est notre priorité absolue. La nouvelle génération est sceptique. Ma propre fille croit parfois que mes photos sont générées par IA. Notre rôle est de garantir que ce que nous diffusons est réel. Toute manipulation d’image par un collaborateur entraîne un licenciement immédiat ».
Anticipez-vous les risques de cyberattaques ou de pannes majeures ?
M.H. : « Oui. Nous avons une équipe dédiée à la sécurité de l’information. Le défi majeur réside souvent dans l’infrastructure des stades. Bien que nous utilisions notre propre réseau pour connecter nos photographes en temps réel, nous dépendons de la stabilité du lieu. En cas d’attaque par déni de service ou de panne, nous avons des solutions de secours comme des systèmes Starlink ou des boîtiers Wi-Fi. Nous sommes aussi vigilants face au phishing, comme ces faux emails proposant des billets pour les matchs. Pour un tel événement, nous avons toujours des plans A, B, C et même D, notamment pour pallier les aléas climatiques américains, comme les orages qui peuvent clouer les avions au sol. Pour la finale, nous prévoyons même des équipes de réserve pour éviter qu’un retard de transport ne compromette la couverture du match ultime ».
KANSAS CITY, MISSOURI – JUNE 16: during the FIFA World Cup 2026 Group J match between Argentina and Algeria at Kansas City Stadium on June 16, 2026 in Kansas City, Missouri. (Photo by Steph Chambers – FIFA/FIFA via Getty Images)