Interview. A l’approche de la phase finale du Top 14, les dirigeants de la Ligue Nationale de Rugby (LNR) ont le sourire. La séquence est désormais dotée d’un “presenting partner” avec Pennylane, logiciel comptable, et affiche d’ores et déjà une billetterie épuisée. Avec l’arrivée du constructeur auto Xpeng comme sponsor, le programme commercial du championnat phare est bouclé.
Même le débat autour du Salary Cap relancé par Antoine Dupont ne semble pas entacher la dynamique du rugby professionnel français comme l’a expliqué Emmanuel Eschalier, directeur général de la LNR (LNR) à SportBusiness.Club, mardi 7 avril 2026 en marge d’une conférence de presse organisée à Paris.
Le Top 14 et la LNR peuvent-ils encore progresser commercialement, alors que les droits TV sont signés et les sponsors déjà nombreux ?
Emmanuel Eschalier : « Il nous reste énormément de chantiers à mener, au moins autant que tout ce que nous avons accompli collectivement jusqu’ici. Notre économie est solide car notre sport rassemble. Les droits audiovisuels sont sécurisés avec Canal+ jusqu’en 2032, avec un nouveau contrat en croissance de près de 15%. Par ailleurs, si le programme de partenariats du Top 14 est complet, nous avons encore des opportunités de développement pour la Pro D2. Les revenus des clubs, qu’il s’agisse du sponsoring ou de la billetterie, continuent également de progresser chaque année grâce à des affluences record. Notre stratégie n’est pas celle d’un coup d’éclat permanent, mais celle d’une croissance structurée, raisonnable et régulée sur le long terme ».
Un naming pour le Top 14 est-il envisageable à l’avenir, malgré les réticences historiques des supporters ?
E.S. : « Non, et ce n’est absolument pas d’actualité et cela ne correspond pas à la stratégie que nous avons définie. Notre modèle repose sur une pyramide de partenaires composée de grandes marques complémentaires ; il n’a pas été conçu pour dépendre d’un namer unique. Le cas de la phase finale est différent : il s’agit d’un package novateur où Pennylane agit en tant que “presenting partner”, mais le naming du championnat lui-même n’est pas sur le marché »
L’arrivée du constructeur auto chinois XPeng comme partenaire est-elle un signal fort de votre attractivité ?
E.S. : « C’est un excellent indicateur de l’attractivité internationale de notre championnat. Des marques étrangères voient désormais dans le rugby un levier puissant pour rayonner médiatiquement en France tout en bénéficiant d’un ancrage territorial fort. XPeng est une entreprise de haute technologie avec des véhicules très innovants, et cette association illustre parfaitement le statut de championnat de référence du Top 14 ».
Quel est l’impact d’un joueur comme Louis Bielle-Biarrey sur l’image commerciale du rugby français ?
E.S. : « Il s’agit d’un joueur exceptionnel dont la dimension médiatique explose, ce qui est le corollaire logique de ses performances sur le terrain. Le succès actuel est un “combo” : d’un côté, une stratégie collective de formation et un équilibre entre les clubs et l’équipe de France ; de l’autre, des individualités fortes auxquelles les jeunes s’identifient. Voir les maillots de Bielle-Biarrey fleurir dans les écoles de rugby est le signe d’une nouvelle génération dorée qui émerge ».
Le débat autour du Salary Cap ne risque-t-il pas de ternir l’image du rugby en le ramenant trop souvent à des questions d’argent ?
E.S. : « Pas du tout. Il est normal qu’un sujet aussi sensible, qui est notre principal outil de régulation économique, suscite des discussions lorsqu’on le révise pour les cinq prochaines années. Ce débat a été serein et a fait l’objet d’une concertation de cinq mois avec les présidents de clubs et le syndicat des joueurs. La décision finale offre un juste équilibre : nous avons acté une augmentation progressive du plafond sur quatre ans pour permettre aux clubs d’étoffer leurs effectifs face aux exigences sportives et de mieux gérer la charge de travail des joueurs. Nous avons aussi introduit des souplesses, comme pour les jokers médicaux ou les contrats d’équipementiers individuels, tout en préservant les fondements du système pour éviter tout contournement ».
Entretien : Titouan Laurent
© SportBusiness.Club – Avril 2026