13 juillet 2026

Temps de lecture : 2 min

Les attaques racistes contre les Bleus révèlent une vision dépassée de la France

Analyse. Les attaques contre Kylian Mbappé et les Bleus illustrent, selon des chercheurs, un perception figée de la société française à l’étranger.

Les attaques racistes visant l’équipe de France et son capitaine Kylian Mbappé ont relancé le débat sur la représentation de la société française à l’étranger. Pour plusieurs chercheurs, ces propos traduisent une vision dépassée du pays. « De l’extérieur, notamment dans des pays d’Amérique du Sud, il y a l’idée d’une France éternelle, qu’elle n’est pas ou plus, la vision figée d’une société d’il y a 50, 60 ou 80 ans255» et qui « ne prend pas acte de la réalité,» estime Yvan Gastaut, maître de conférences à l’université de Nice Sophia Antipolis.

Cette perception s’est exprimée après la victoire des Bleus contre le Paraguay (1-0), le 4 juillet dernier, en huitièmes de finale de la Coupe du Monde masculine de football 2026. La sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla, du Parti libéral radical, avait qualifié Kylian Mbappé “d’abruti” n’ayant “même pas appris à écrire”, ou encore de “Camerounais issu de la colonisation, s’efforçant désespérément de passer pour un Français”. Dimanche 12 juillet, c’est l’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy du Parti Populaire libéral-conservateur qui a estimé que la France disposait “d’un effectif de très haut niveau“, mais “sans Français”.

Pour l’historien Pascal Blanchard, ces attaques s’inscrivent dans une histoire ancienne. Dans les années 1930, l’arrivée en équipe de France de Larbi Benbarek, né au Maroc, et de Raoul Diagne, Guyanais d’origine sénégalaise, avait déjà nourri les critiques. Le discours affirmait alors que “les Français, qui ne savent pas jouer au football, vont chercher des coloniaux pour s’en sortir”. Il est réapparu en 1996 avec Jean-Marie Le Pen, puis en 2018 lorsque Nicolas Maduro avait parlé d’une “victoire de l’Afrique”.

Le “Black-Blanc-Beur” est désormais daté

La séquence actuelle se distingue par la réponse de Kylian Mbappé. Le capitaine français a jugé “méprisable” et “indigne de sa fonction” la sénatrice paraguayenne. Pascal Blanchard rappelle que peu de joueurs avaient auparavant réagi publiquement. « Zidane ne dit rien. Platini, à l’époque où il y avait une critique des immigrations italiennes ou espagnoles en équipe de France, ne dit rien,» observe-t-il. Lilian Thuram avait été l’un des premiers champions du monde à porter un discours antiraciste.

La parole de Kylian Mbappé possède aussi une portée symbolique. Selon Pascal Blanchard, il est « le premier joueur en équipe de France issu des deux grandes histoires de l’immigration: maghrébine, par sa mère, et d’Afrique subsaharienne, par son père ». Yvan Gastaut estime que, depuis 2018, les origines des joueurs sont moins contestées en France. La communion autour des Bleus rendrait désormais ce type de discours presque “anti-patriote”. Le football révèle ainsi une France « plurielle, métissée, multiculturelle ».

Cette lecture prolonge l’héritage de 1998 et du slogan “Black-Blanc-Beur”, désormais daté selon Yvan Gastaut. Le chercheur considère que l’équipe actuelle n’est plus définie par les origines de ses joueurs. Pascal Blanchard nuance toutefois cette évolution. « Il peut suffire d’une défaite pour que l’équipe devienne l’emblème d’une non-intégration, des problématiques dans les quartiers…,» prévient-il, en rappelant la crise de Knysna en 2010. Le soutien populaire peut donc basculer selon les résultats et le contexte politique. (Avec AFP)

© Sport Business Club – Juillet 2026

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