Partenaire des Jeux olympiques depuis 1932, Omega revendique un statut à part dans l’écosystème olympique. « Nous ne sommes pas de simples sponsors », insiste Raynald Aeschlimann, CEO de la marque horlogère du groupe suisse Swatch. Le « chronométreur officiel » des Jeux olympiques met en avant un rôle opérationnel central. Photo-finish, capteurs, traitement de millions de données, caméras intelligentes : la technologie constitue le socle d’un discours de légitimité plus qu’un simple levier d’image.
Pour Omega, le partenariat dépasse la visibilité offerte par les tableaux de scores. Il s’agit d’illustrer, en conditions réelles, son savoir-faire et sa quête de précision. « On ne se contente pas d’apposer un logo », affirme son dirigeant dans cet entretien exclusif réalisé vendredi 13 février 2026 à Milan (Italie) qui accueille les Jeux olympiques d’hiver. Dans le luxe, où l’aspirationnel domine, les Jeux servent de vitrine mondiale. L’audience digitale est multipliée par quatre pendant l’événement : un indicateur concret de l’impact marketing de cette association centenaire.
Pourquoi Omega est partenaire des Jeux olympiques depuis si longtemps ? Que recherche encore la marque dans ce sponsoring ?
Raynald Aeschlimann : « J’aime répondre à cette question car elle me permet de préciser une distinction fondamentale : nous ne sommes pas de simples sponsors, mais de véritables partenaires. Nous avons un rôle opérationnel crucial et notre mission, inchangée depuis bientôt un siècle, est indispensable. Notre démarche est inverse à celles de nombreux partenariats ou actions de mécénat qui reposent sur une construction marketing ou du « storytelling » dans l’objectif de valoriser une image de marque. Depuis 64 éditions où Omega est présent, sans notre présence pour mesurer les performances, l’expérience ne serait pas la même. Ni pour les athlètes, ni pour le public ».
Pourquoi ?
R.A. : « Il y a d’abord une dimension historique. Il y a cent ans, lors de la renaissance des Jeux Olympiques modernes par Pierre de Coubertin, le CIO a ressenti le besoin d’un « gardien du temple » qui pourrait être une marque capable d’assumer la mission fondamentale du chronométrage sportif. A l’époque, Omega a été choisie car elle était déjà leader dans ce domaine. Aujourd’hui, nous poursuivons cette mission de précision et de perfection au service des juges et des athlètes, comme à Paris où nous avons traité plus d’un million de données ».
Cette fonction est-elle difficile ?
R.A. : « Gérer 24 disciplines mondiales en seulement deux semaines au même endroit est un défi unique. Mais, cette mission légitime la marque, tant par son histoire que par l’excellence des résultats produits. Cela se reflète jusque dans la montre que je porte : la précision et le sens du détail, qui sont au cœur de notre ADN, restent des valeurs extrêmement appréciées, même dans l’univers actuel du luxe. Par ailleurs, les Jeux Olympiques incarnent une réalité qui correspond totalement à nos valeurs. Si les technologies de mesure ont évolué, l’esprit demeure le même ».
Un autre partenaire ne pourrait-il pas jouer ce même rôle ?
R.A. : « Parfois, on me demande si une entreprise technologique pourrait nous remplacer. Je réponds que les Jeux ne sont pas un « one-man-show » technologique. Au contraire, c’est le fruit d’une très longue évolution en recherche et développement pour s’adapter constamment. Et c’est sans oublier les enjeux contemporains comme la cybersécurité et la protection des données. Notre rôle est de mettre la technologie au service de tous : athlètes, entraîneurs, journalistes et téléspectateurs. L’objectif est de mettre en lumière les performances de manière plus complète et émotionnelle ».
Vous voulez dire que le rôle d’Omega va plus loin que celui de chronométrer, n’est-ce-pas ?
R.A. : « Oui. Grâce à des innovations comme la « computer vision », nous ne nous contentons pas de désigner le vainqueur ; nous aidons à comprendre la complexité technique du sport. Par exemple, en patinage artistique, nos outils permettent de visualiser la différence entre un triple et un quadruple Axel. Cela permet, en visualisant le saut, de rendre la difficulté de l’exploit accessible au public ».
Finalement, que recherche le plus Omega : la valorisation de son image où à démontrer son savoir-faire ?
R.A. : « Les deux sont indissociables. L’horlogerie occupe une place particulière dans le monde du luxe parce qu’elle repose sur des valeurs intrinsèques fortes. Lorsqu’on acquiert une montre de luxe, on achète une marque et un design, mais on apprécie aussi la technologie et la précision qu’elle renferme. Chez Omega, nous avons toujours voulu mettre en avant cette expertise centenaire, par exemple avec l’invention du Master Chronometer ou l’utilisation de fonds transparents. Le chronométrage sportif est la meilleure vitrine possible pour illustrer notre sens de l’innovation et notre quête de précision. On ne se contente pas d’apposer un logo ; ce partenariat est en parfaite adéquation avec nos valeurs. »
Vous placez Omega comme marque de luxe. Est-ce aussi le cas pour l’inconscient collectif ?
R.A. : « Je ne ferais pas de classifications rigides, mais nous figurons parmi les trois leaders mondiaux sur le segment des montres de 5 000 à 15 000 euros. Au-delà des chiffres, ce qui m’importe, c’est notre capacité à inspirer grâce au sport. Le luxe possède une dimension aspirationnelle que certaines marques ont tendance à oublier. Le nom Omega, la dernière lettre de l’alphabet grec, symbolise la quête de l’ultime, de la plus belle réalisation, sans pour autant marquer une fin. Nous avons la responsabilité d’insuffler cette excellence dans tout ce que nous entreprenons ».
Les Jeux olympiques permettent-ils à Omega de monter en gamme ?
R.A. : « C’est une stratégie de long terme. Nous ne vendons pas des produits de grande consommation, mais des objets chargés d’émotion et de soin. À travers les Jeux, le public découvre notre niveau d’engagement, ce qui renforce notre image de marque. Nous constatons d’ailleurs que dans les pays où le sport et les valeurs olympiques sont forts, notre notoriété progresse de manière significative. Le sport est l’un des domaines les plus inspirants et positifs qui soit ; il fait vibrer des nations entières, comme on l’a vu à Paris. »
Vous évoquiez des études de marché. Observez-vous un gain réel en notoriété et en image après chaque édition des Jeux ?
R.A. : « Absolument, nous analysons ces indicateurs avec beaucoup d’attention car Omega est une marque universelle. Nous ne sommes pas uniquement une marque de montres de sport. Il est donc crucial pour nous de comprendre comment la perception de la marque évolue afin d’appliquer ces enseignements à nos futurs designs. Notre détermination à servir les athlètes par le chronométrage doit être ressentie par notre clientèle cible dans l’esthétique et la conception de nos produits. »
Omega est une des très rares marques a bénéficier d’une visibilité sur les sites de compétition des Jeux olympiques, sur les tableaux de scores notamment. Est-ce un élément que vous avez chiffré ?
R.A. : « Cette visibilité est fondamentale, mais elle s’inscrit surtout dans le concept contractuel de « Clean Venue », qui est pour moi l’une des lettres de noblesse de l’esprit olympique. Cela permet de mettre exclusivement en valeur les athlètes et leurs performances. Dans un monde marqué par la désinformation et les cyberattaques, la présence de notre nom en rouge est un gage de confiance. Elle garantit que la partie la plus critique de la compétition, c’est-à-dire le chronométrage, est assurée par le leader mondial. Les athlètes et les dirigeants du CIO, comme la présidente Kirsty Coventry, voient en Omega le garant de l’équité et du succès de l’évolution de l’olympisme. »
Suggérez-vous qu’Omega apporte autant au mouvement olympique que l’inverse ?
R.A. : « C’est tout à fait cela et c’était déjà notre vision en 1932 quand nous sommes passés de chronométrages disparates à une mesure unique et crédible grâce à Omega. Nous apportons l’assurance de la perfection et de la fiabilité. Nous sommes là pour garantir que le sport s’exprime de manière juste. Nous ne décidons pas du résultat, mais nous fournissons les outils technologiques, comme la photo-finish, pour que la décision soit indiscutable. »
A combien avez-vous valorisé la valeur de cette visibilité pour Omega ?
R.A. : « Je n’ai pas un chiffre unique, mais l’impact se mesure en millions de vues. Par exemple, l’audience sur notre site internet est multipliée par quatre durant les Jeux Olympiques. Nous observons des pics de consultation extraordinaires, particulièrement dans les pays qui remportent des médailles. C’est un indicateur très concret du succès et de l’intérêt que suscite notre association avec l’événement. »
Entretien : Bruno Fraioli, envoyé spacial à Milan (Italie)
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