C’est désormais officiel : le marathon de Paris et le semi-marathon changent de mains. Mercredi 20 mai 2026 en début de soirée, le Conseil de Paris a voté l’attribution au consortium Cadence de l’organisation des deux épreuves. Le scrutin s’est conclu par 78 voix pour, 44 contre et 13 abstentions, soit 63,9% des suffrages exprimés favorables. Cadence, qui réunit Havas Events, Keneo et Avena Event, va signer un contrat de quatre ans avec la Ville de Paris. Amaury Sport Organisation (ASO), aux manettes des courses depuis 1998, est donc évincé.
Avant le vote, les conseillers de Paris ont débattu durant trois quarts d’heure, en l’absence du nouveau maire Emmanuel Grégoire qui ne présidait pas cette séance. La quasi-totalité des interventions a porté sur Vincent Bolloré. Le groupe du milliardaire, propriétaire de médias dont CNews, Europe 1 et Le Journal du Dimanche, contrôle aussi Havas. Sa filiale Havas Events est mandataire du groupement retenu pour le marathon de Paris.
“Je comprends les inquiétudes”
Plusieurs élus ont dénoncé l’entrée de “l’écosystème Bolloré” dans l’un des grands événements sportifs de la capitale. Guillaume Durand (Écologistes) a pointé un projet politique “ouvertement d’extrême droite”. Adrien Tiberti (Communistes) a évoqué un “danger pour la République”. Émile Meunier et Sophia Chikirou (Nouveau Parti populaire) ont alerté sur le risque d’une marchandisation accrue de l’épreuve et d’une atteinte à l’image de Paris. La crainte d’un naming “Marathon Bolloré” ou d’un usage publicitaire trop marqué a aussi été avancée.
À droite, le groupe Paris Libéré a dénoncé un débat idéologique. Pierre Liscia a appelé à juger le dossier sur l’intérêt des coureurs, des Parisiens et de la qualité de service. Face aux critiques, l’exécutif parisien a défendu une ligne juridique. Jérôme Coumet, maire socialiste du 13e arrondissement, a déclaré que la présence d’Havas Events était loin de le laisser indifférent. Il a dit entendre et comprendre les inquiétudes exprimées face à la stratégie de conquête culturelle et idéologique de Vincent Bolloré.
Maxime Sauvage, nouvel adjoint chargé des Sports à la Ville de Paris, a reconnu que le projet politique de Vincent Bolloré était “ouvertement d’extrême droite” et en “opposition frontale” avec les valeurs portées par la municipalité. Il a toutefois rappelé les contraintes légales. Selon lui, pour défendre l’État de droit, il faut respecter “l’état du droit”. La procédure a été régulière, a-t-il affirmé. Il n’était donc pas possible d’écarter un candidat en raison de son actionnariat ou de considérations politiques.
Manque d’expérience
La question opérationnelle a également été soulevée dans les débats. Julie Boillot (Paris apaisé) a dit craindre un « air de déjà-vu » avec le “dossier Vélib”, marqué selon elle par un « fiasco industriel ». L’élue s’est interrogée sur la note technique attribuée à Cadence, alors que le groupement n’a, selon l’élue, jamais piloté une course de cette ampleur. Pierre Liscia (Paris Libéré) et Sandro Gozi (Paris au Centre) ont également alerté sur les risques liés à la sortie d’ASO, opérateur historique depuis 28 ans. Selon eux, les coureurs comme les partenaires attendent des garanties sur la logistique et la continuité sportive de l’épreuve.
La majorité a promis une vigilance renforcée sur l’exécution du contrat, avec une possible résiliation en cas de manquement. Avec cette officialisation, Cadence peut désormais préparer les prochaines éditions des deux courses. Selon les informations de SportBusiness.Club, il faudra attendre la rentrée pour l’ouverture de la nouvelle plateforme d’inscription et la vente des dossards. Le nouveau concessionnaire devra d’abord renégocier l’ensemble des contrats de sponsoring, désormais caduques. L’agence Nineteen Sports Group sera aux manettes du programme commercial. (Article mis à jour)
© SportBusiness.Club – Mai 2026