La Ligue Nationale de Basket (LNB) entame la saison 2026/2027 dans une dynamique économique favorable, portée par la progression du sponsoring, des affluences élevées et un marché du basket professionnel estimé à 200 millions d’euros. Mais cette croissance s’accompagne d’un revers majeur : la disparition de Monaco de l’élite. Pour le président de l’instance sportive, Philippe Ausseur, la Ligue perd à la fois un club d’EuroLeague et une marque à forte visibilité. Cette situation nourrit ainsi la réflexion du dirigeant sur la fragilité du modèle économique du basket européen.
À l’aube de la reprise de la saison 2026/2027, êtes vous confiant sur la situation économique des clubs français ?
Philippe Ausseur : « Oui. Je suis d’abord impatient et j’ai vraiment envie que la saison démarre dans ce magnifique écrin qu’est Roland-Garros pour la Supercoupe. Je suis confiant parce que nous nous inscrivons dans la continuité d’une saison 2025/2026 qui, sur le plan économique, a été vraiment aboutie. Les perspectives pour la saison qui débute sont encore meilleures. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter là. La Ligue et les clubs doivent poursuivre leur développement, rester ambitieux, rester focalisés sur nos valeurs, mais aussi faire preuve d’audace. »
Quel est le budget de la LNB ?
P.A. : « Les comptes de la Ligue ont été revus par le commissaire aux comptes. Hors produits exceptionnels, nos revenus atteignent environ 15 millions d’euros, soit une très forte progression. Sur les trois dernières années, nos revenus de sponsoring, hors droits télévisés, ont été multipliés par trois et nous savons déjà qu’ils progresseront encore de 18% pour la saison 2026/2027. Les taux de remplissage dans les salles atteignent aujourd’hui 93% à 95 % en Élite et environ 80% en Élite 2. Si l’on cumule l’activité de la Ligue et surtout celle des clubs d’Élite et d’Élite 2, le basket professionnel représente environ 200 millions d’euros. Cela commence à peser réellement sur le plan économique. Tous ces indicateurs sont très bien orientés, mais il ne faut surtout pas s’arrêter là. Nous devons continuer à travailler sur quelques points, notamment l’exposition médiatique, la visibilité et la valorisation de notre produit ».
De nouveaux sponsors et partenaires commerciaux vont-ils rejoindre la Ligue cette saison ?
P.A. : « Nous en avons de nouveaux et nous allons surtout annoncer plusieurs renouvellements. Nous avons la chance de conserver nos sponsors traditionnels comme RCAR ou Gedibois, mais nous voyons également arriver des marques mondiales comme Xiaomi ou Kinder. C’est un signal fort pour le basket. On le constate aussi sur le maillot du Paris Basketball avec Menen et L’Oréal. Les activations avec nos partenaires se déroulent de manière très fluide et nous bénéficions d’une très grande fidélité de leur part ».
Quel regard portez-vous sur l’intersaison, notamment sur la situation de Monaco et la disparition de certains clubs ?
P.A. : « C’est d’abord un regret, car tout club qui disparaît est une blessure, comme cela a été le cas pour Le Portel. Concernant Monaco, nous perdons de fait une locomotive, avec un club d’EuroLeague, mais aussi la marque Monaco ».
N’est-ce pas symptomatique du basket français ?
P.A. : « C’est à la fois un cas à part par rapport à nos clubs français, mais c’est symptomatique aussi de ce qu’est le niveau européen et le modèle économique européen qui ne marche pas. Le résultat ultime c’est l’EuroLeague puisque tous nos clubs en EuroLeague perdent à minima de l’argent. À part peut-être le Fenerbahçe, on est sur des niveaux de pertes en dizaines de millions pour des clubs comme le Barça ou le Real Madrid. On est sur une économie de mécénat pour les clubs grecs, turcs, espagnols ce qui n’est pas soutenable ».
“Continuer à doubler nos revenus”
La FIBA a évoqué l’échéance d’octobre 2027 pour le projet NBA Europe. Comment appréhendez-vous cette arrivée ?
P.A. : « Il faut espérer que nous ne resterons pas dans l’attente sans rien voir venir. Si l’échéance d’octobre 2027 doit être repoussée d’un an afin de construire un modèle plus solide, permettant d’éviter une mauvaise cohabitation entre la NBA Europe et l’EuroLeague, alors il faut le souhaiter. Les discussions avec la FIBA visent à mettre en place un système vertueux et imbriqué entre cette compétition européenne et les ligues nationales. L’objectif est notamment d’assurer un meilleur respect des fenêtres internationales, afin de profiter de l’engouement suscité par la présence de grands joueurs comme Victor Wembanyama et des joueurs NBA en équipe nationale. Je suis beaucoup plus optimiste si le modèle NBA Europe voit le jour, car il sera plus vertueux et plus sain que le modèle actuel ».
Quels objectifs la Ligue Nationale de Basket s’est-elle fixés à l’horizon 2030 ?
P.A. : « Nous voulons continuer à doubler nos revenus, qu’il s’agisse des droits télévisés ou des partenariats. Nous devons aussi mieux valoriser nos forces et travailler sur nos jeunes pépites, tout en conservant un modèle hybride associant jeunes talents et joueurs confirmés. Nous devons également innover dans les contenus et l’exposition, avec en ligne de mire la Coupe du monde 2031 ».
Justement, comment comptez-vous profiter de ce Mondial masculin en France ?
P.A. : « Il faut profiter de la Coupe du monde 2031 pour laisser un véritable héritage en matière d’arénas dans de grandes métropoles comme Marseille, Toulouse ou Bordeaux. À Marseille, le Palais des Sports actuel, qui compte 5 000 places, est vieillissant et le Dôme présente lui aussi certaines contraintes. La création d’une aréna multifonctionnelle dédiée au sport et au spectacle doit reposer sur un modèle économique équilibré et maîtrisé, qui peut notamment intégrer des financements privés ».
Le développement de marques-clubs, comme le Paris Basketball ou la SIG Strasbourg avec Matt Pokora, traduit-il une évolution du branding des clubs ? »
P.A. : « À Strasbourg, il faut que tout ce qui est mis en place par Jérôme Revon et Matt Pokora puisse se traduire par une aréna moderne et performante. Le projet du nouveau Rénus doit absolument aboutir. Sans une salle digne de ce nom, la ville ne pourra pas accueillir un match européen ».
© Sport Business Club – Septembre 2026