1 septembre 2026

Temps de lecture : 5 min

Retour à Colombes, naming du stade, équilibre financier… les ambitions du nouveau Racing 92

Le Racing 92 prépare un profond changement de modèle. Avec son retour à Colombes, un nouveau stade de 14 000 places et une organisation commerciale redevenue autonome, le club veut renforcer ses revenus et viser l’équilibre financier à l’horizon 2030.

Interview. Une page de l’histoire du Racing 92 se tourne. Après près de dix ans passés à Nanterre, dans la Paris La Défense Arena (aujourd’hui Plénitude Arena), le club de rugby des Hauts-de-Seine revient à Colombes et dans l’enceinte historique du club, le stade Yves-du-Manoir. Rénovée après une première modernisation pour les Jeux de Paris 2024, la structure, qui avait accueilli les tournois de hockey, proposera 14 000 places, dont 2 000 dédiées aux hospitalités. Ce nouvel outil doit accompagner la bascule sportive et économique des ciels-et-blancs.

Dès le 1er janvier 2027, le Racing 92 sortira du modèle de location-gérance qui le liait à l’enceinte couverte de Nanterre pour retrouver une structure totalement autonome. Billetterie, hospitalités, partenariats, naming du stade et développement des abonnements deviendront les principaux leviers d’un club qui vise un rapprochement avec l’équilibre financier en 2029/2030, comme l’explique Arnaud Tourtoulou, président du directoire du club francilien.

A quoi s’attendre avec la nouvelle version du stade à Colombes ?

Arnaud Tourtoulou : « Nous construisons un nouveau stade d’une capacité de 14 000 places. La principale différence avec l’ancien Colombes, c’est qu’il sera fermé, avec trois nouvelles tribunes autour de l’historique que nous devions conserver en raison de sa structure Eiffel qui est classée. Autre changement important : les espaces VIP seront désormais intégrés au stade. Nous disposerons de 2 000 places VIP sur les 14 000 places ».

Quand le stade doit-il être inauguré ?

A.T. : « Ce sera théoriquement le 8 mai 2027, à l’occasion de la réception de La Rochelle. Nous devrions y disputer deux matchs cette saison : celui-ci, puis notre dernière rencontre de poule face à Clermont, le week-end du 5 juin ».

Le naming du nouveau stade constitue-t-il un axe de commercialisation ?

A.T. : « Absolument. Et il n’y aura pas seulement le naming du stade. Nous allons créer plusieurs nouveaux espaces. Un skybar sera installé dans la partie gauche de la tribune historique et pourra être “namé”. Nous aurons également, au rez-de-chaussée d’un des bâtiments, une bodega et un salon d’hospitalité qui pourront chacun bénéficier d’un naming aussi. Il y aura également, donc, le naming global du stade et, potentiellement, celui de deux ou trois des tribunes. La tribune historique portait autrefois le nom de Jean Bouin. Plusieurs possibilités existent donc ».

Le nom Yves-du-Manoir sera-t-il conservé ?

A.T. : « Oui. C’est une contrainte, mais nous l’acceptons totalement. Le naming devra conserver le nom “Yves-du-Manoir” ».

Où en êtes-vous dans les discussions avec de potentiels partenaires privés ?

A.T. : « Nous avons commencé la commercialisation en mai dernier. Nous avançons progressivement, mais certaines négociations sont déjà relativement avancées ».

Avec des partenaires actuels du Racing 92 ?

A.T. : « Oui, avec certains d’entre eux, mais également avec de nouveaux prospects ».

Travaillez-vous ce volet commercial en interne ou avec l’aide d’une agence ?

A.T. : « Pour l’instant, c’est en interne. Nous travaillons également avec deux ou trois apporteurs d’affaires historiques du club. Là encore, nous retrouvons la structure commerciale que nous avions il y a dix ans : une équipe intégrée, complétée par quelques apporteurs d’affaires avec lesquels nous échangeons régulièrement afin d’éviter de nous cannibaliser ».

Cette saison de transition matérielle en raison du déménagement de stade, a-t-elle compliqué la commercialisation des abonnements et des hospitalités ?

A.T. : « Oui, il a fallu s’adapter, aussi bien pour les abonnements grand public que pour l’hospitalité B2B. Les partenaires maillot et les fournisseurs officiels sont relativement peu concernés, car la plupart ont une dimension nationale et peuvent être intéressés par des rencontres organisées en région. C’est plus compliqué pour les partenaires hospitalités. Nous avons donc créé des “packs liberté”, qui offrent beaucoup de souplesse cette saison. Ils permettent de choisir certaines rencontres et d’en écarter d’autres. L’objectif était d’accompagner nos clients et de ne pas les perdre avant notre retour à Colombes en mai prochain ».

Cette saison marque donc le début du passage vers un nouveau modèle économique ?

A.T. : « Oui. Depuis 2017, nous fonctionnons avec un contrat de location-gérance avec Paris La Défense Arena. Nous étions, en quelque sorte, producteurs de quinze événements, correspondant à nos quinze matchs à domicile. Ce système disparaîtra au 1er janvier 2027. Notre particularité est de disposer de deux sites dans le département. À Colombes, nous avons déjà toutes nos équipes féminines. Au Plessis-Robinson, nous avons les professionnels, tout le haut niveau jeunes et l’autre partie de l’école de rugby. Nous avons également une section de rugby adapté qui comptait environ 160 licenciés la saison dernière, âgés de 11 à 83 ans ».

Vous avez également recruté Alexandre Anginot, ancien directeur des revenus de la Fédération française de rugby. Que dit cette arrivée de vos ambitions commerciales ?

A.T. : « D’abord, pour que les choses soient claires : Alexandre avait déjà démissionné de la FFR quand nous l’avons recruté. Nous ne sommes donc pas allés le chercher quand il était encore en poste. Maintenant, nous sommes très heureux de son arrivée. Il dispose d’une solide expérience acquise à la Fédération, mais aussi lors de ses emplois précédents. Renforcer notre dimension commerciale est un impératif. Comme cela a été évoqué dans la presse, Jacky Lorenzetti a envisagé une cession d’une partie du capital. Pour cela, nous devons absolument parvenir à équilibrer nos comptes. La stratégie que nous menons ensemble vise à nous rapprocher de l’équilibre en 2029/2030 ».

Le rugby français voit débarquer de nombreux partenaires étrangers dont chinois. L’international constitue-t-il un axe de développement pour le Racing ?

A.T. : « La marque Racing dispose d’une aura internationale que peu de clubs français possèdent, Le Stade Toulousain peut-être mis à part. Nous avons également un maillot qui n’a jamais changé depuis la création du club. C’est un élément d’identité extrêmement fort ».

Malgré cette identité forte, le Racing fait partie des clubs qui vendent relativement peu de maillots. Comment l’expliquez-vous ?

A.T. : « Je n’ai pas les chiffres précis en tête. L’une des raisons est évidente : nous avons encore relativement peu d’abonnés. Nous tournons autour d’un millier pour le grand public, hors hospitalités. C’est clairement l’un de nos axes de développement. Nous voulons augmenter cette base grâce à notre “nouvelle maison” de Colombes. C’est en réalité un retour historique puisque le Racing joue à Colombes depuis 1907. C’est véritablement notre stade ».

Quelles seront les retombées sur les recettes ?

A.T. : « Le budget de la SASP est aujourd’hui proche de 26 millions d’euros, auxquels s’ajoutent un peu plus de 3 millions d’euros pour l’association. Nous voulons notamment augmenter fortement les revenus issus des partenariats. Notre objectif est d’atteindre 11 000 spectateurs payants par match à l’horizon 2030. Avec cette progression et des revenus hospitalités nettement supérieurs à ceux générés récemment, nous devons pouvoir nous rapprocher de l’équilibre ».

Comment les partenaires actuels accueillent-ils ce nouveau projet ?

A.T. : « L’accueil est très positif, aussi bien auprès des anciens supporters que des partenaires B2B. Le projet séduit. En matière de stade, notre référence est le stade Jean-Dauger à Bayonne : il dispose d’environ 14 800 places et 3 000 en VIP. A Colombes, nous disposerons de 14 000 places, dont 2 000 VIP. Coté partenariats, nous avons renouvelé quasiment tous nos clients. Un partenaire va toutefois nous quitter : BYD. La marque a décidé d’arrêter le rugby pour se repositionner exclusivement sur le football et rejoindre le Paris Saint-Germain ».

Son partenariat avec le Racing prendra donc fin à l’issue de la saison 2026-2027 ?

A.T. : « Oui. Nous sommes déjà en négociations avec un autre partenaire. Les discussions sont quasiment finalisées ».

Avec un autre constructeur automobile chinois ?

A.T. : « Non, ce ne sera vraisemblablement pas une marque chinoise. Je ne peux pas en dire davantage pour le moment .

© Sport Business Club – Septembre 2026

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