28 mai 2026

Temps de lecture : 3 min

Sport en direct : la télévision garde la main face aux créateurs

Réunis jeudi 28 mai à Paris lors du colloque Sport-Gen, diffuseurs, CIO et producteurs ont débattu du nouvel équilibre entre télévision linéaire, créateurs et réseaux sociaux.

Les grands événements sportifs restent d’abord des produits de télévision linéaire. C’est l’un des enseignements d’une table ronde consacrée aux médias organisée dans le cadre du colloque Sport-Gen, jeudi 28 mai 2026 à Paris. Malgré la fragmentation des usages, les chaînes historiques conservent une place centrale dans l’économie du sport. Laurent-Eric Le Lay, directeur des sports de France Télévisions, l’a rappelé avec l’exemple de Roland-Garros. « Alors que tout le monde parle du déclin de la télévision, il est intéressant de noter que pour les événements sportifs, on peut encore obtenir de meilleures audiences qu’auparavant,» a-t-il indiqué. Pour lui, l’enjeu reste l’accès au contenu : « Le contenu n’a pas de valeur si les gens ne peuvent pas le trouver,» a-t-il ajouté.

Cette centralité se vérifie aussi à l’échelle mondiale. Jérôme Parmentier, vice-président du Comité Internationale Olympique (CIO) chargé des droits médias et des contenus, a défendu une logique d’universalité. Les Jeux doivent être visibles partout, mais le direct reste la destination. Les plateformes sociales, les contenus courts et les documentaires servent seulement à nourrir l’intérêt en amont. « Pour les Jeux de Paris, 87% du contenu audiovisuel consommé dans le monde l’a été sur des plateformes linéaires traditionnelles,» a rappelé le dirigeant. Ce chiffre confirme le poids des diffuseurs classiques. Ils assurent encore l’exposition de masse et financent « la grande majorité du mouvement,» selon lui.

L’arrivée des créateurs de contenus ne remet pas en cause ce modèle. Au contraire, elle l’élargirait. Pour France Télévisions, ces nouveaux acteurs ne sont pas des concurrents directs, mais des relais d’audience. « Nous adorons les créateurs car ils racontent de bonnes histoires qui engagent le public et le poussent, au final, à allumer sa télévision» a expliqué Laurent-Eric Le Lay. Jérôme Parmentier a cité l’exemple du rappeur Snoop Dogg, mobilisé par NBC pendant les Jeux de Paris. « Ce n’est pas une compétition, c’est une conversation à trois entre les détenteurs de droits, les plateformes et les intervenants,» a-t-il estimé. Le créateur devient ainsi un levier d’acquisition. Il capte l’attention, installe une proximité et renvoie vers l’événement principal.

Chaque plateforme a son écriture

Les athlètes participent eux aussi à cette recomposition. Ils disposent de leurs propres communautés et deviennent des médias à part entière. Pour le CIO, cette évolution constitue une opportunité d’amplification. Pour Jérôme Parmentier, « 10 000 athlètes aux Jeux d’été, ce sont 10 000 créateurs ». Leurs contenus montrent les coulisses, les émotions, les réussites et les échecs. Ils donnent une épaisseur supplémentaire au récit officiel. Laurent-Eric Le Lay y a vu une approche complémentaire, et même du « marketing gratuit » pour les diffuseurs. Cette prise de parole individuelle vient modifier la circulation des contenus, mais elle ne remet pas en cause la valeur du direct : elle l’alimente.

Les réseaux sociaux imposent en revanche de nouvelles méthodes de production. Pour Sunil Patel, PDG de Whisper, le sport ne peut plus simplement décliner son signal télé sur Instagram, TikTok ou YouTube. « On ne peut pas simplement prendre un flux télévisé 16:9 et le recadrer en 9:16 pour Instagram,» a-t-il résumé. Il a rappelé que chaque plateforme demande son écriture, son rythme et ses formats. Selon lui, « les plateformes linéaires traditionnelles font office de “grand angle”, tandis que le numérique et le social sont des “gros plan” ». Les réseaux deviennent donc un outil de narration, d’engagement et d’activation. Ils prolongent aussi l’exposition des sponsors au-delà du temps d’antenne.

Le modèle économique qui se dessine reste donc hybride. L’exclusivité demeure un principe structurant, mais son application évolue. Les ayants droit acceptent de partager une partie de l’expérience si cela permet de générer de l’audience et de la monétisation. Les plateformes sociales apportent de la portée. Les grands réseaux gratuits conservent, eux, une fonction industrielle. « Les événements sportifs auront toujours besoin des grands réseaux gratuits pour maintenir leur valeur,» a affirmé Laurent-Eric Le Lay. Sunil Patel a toutefois mis en garde contre l’innovation forcée. Il faut « protéger le produit de base et ne pas chercher l’innovation pour l’innovation », a-t-il prévenu. Car le sport conserve son actif majeur : un direct réel, rare et fédérateur.

© SportBusiness.Club – Mai 2026

Allez plus loin avec Sport Business Club

Abonnement à Sport Business Club

Inscription à la newsletter

Le Goupe INfluencia