Lundi 1er juin 2026 Tignes (Savoie) a repris la main sur son domaine skiable. La station est sortie du giron de la Compagnie des Alpes (CdA), qui exploitait ses pistes depuis près de 37 ans. Une décision, actée à l’été 2024 par le conseil municipal qui marque une réelle rupture dans l’économie des grandes stations alpines. Cotée en Bourse et contrôlée par la Caisse des dépôts, la CdA reste présente à Val d’Isère, La Plagne, Les Arcs, Serre Chevalier ou Méribel. Seule la station des Deux Alpes (Isère) avait déjà fait ce choix en 2020.
Les 300 kilomètres de pistes de Tignes et de Sainte-Foy-Tarentaise (Savoie) seront désormais exploités par une nouvelle structure , l’Alliance Locale pour la Transition des Territoires d’Altitude. Cette société publique locale, contrôlée par les deux communes, emploiera de 300 à 550 salariés selon les saisons. « Le point de départ de la réflexion, c’est vraiment qu’il y a une forte pression sur le modèle ski,» a expliqué à l’AFP son président, Clément Colin. Selon lui, le modèle proposé par la Compagnie des Alpes était « certainement adapté pour les 5, peut-être 10 prochaines années,» mais « pas pour les 30 prochaines années ».
Le ski… et le reste
Le ski reste pourtant le premier moteur économique local dans les montagnes. Altta va verser 107 millions d’euros à la CdA pour reprendre ses installations. Elle prévoit ensuite près de 500 millions d’euros d’investissements sur trente ans, surtout pour renouveler des remontées mécaniques vieillissantes. Mais la feuille de route dépasse le seul tourisme. La station veut diversifier ses revenus, maintenir des habitants à l’année, améliorer le logement, l’emploi et les mobilités. Tignes compte aujourd’hui environ 2 000 résidents permanents.
Ce changement de modèle répond aussi à l’urgence climatique. La station prépare “la fin du ski sur le glacier de la Grande-Motte”, longtemps présenté comme un produit quatre saisons. Sa fonte, estimée entre 3 et 4 mètres d’épaisseur par an, fait apparaître des rochers et alimente un lac d’altitude menaçant le village. Pour Hugues François, chercheur à l’Inrae à Grenoble (Isère), cette décision constitue “un gros changement” et un choix “courageux”. Tignes dispose de revenus solides, mais reste exposée à son isolement, à son altitude et à une architecture moins patrimoniale que d’autres villages savoyards. (Avec AFP)
© SportBusiness.Club – Juin 2026