À Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), les derniers préparatifs ne concernent pas uniquement les bateaux. À quelques jours du départ de la Route du Rhum, dimanche 1er novembre 2026, Sophie Paget met aussi la dernière main au montage commercial de son projet. La skippeuse du Class 40 Défi Solidaire avec Ellye et L’Arche s’appuie sur environ 35 entreprises partenaires, sponsors et fournisseurs techniques. « J’ai passé huit mois seule à tenter de finaliser le financement,» explique-t-elle. Ce n’est qu’à l’ouverture du village qu’elle a pu recruter un préparateur technique et un responsable de la communication.
Le budget a progressé au fil des trois années de préparation. « Ils sont progressivement passés de 100 000 euros à 250 000 euros, puis 350 000 euros,» détaille la navigatrice. Pour disposer d’une structure plus performante, il faudrait encore un peu plus. « Nous visions jusqu’à 500 000 euros par an pour intégrer un centre d’entraînement, optimiser les performances du bateau et constituer une équipe afin de me consacrer davantage à la navigation ». Faute de moyens suffisants, Sophie Paget doit cumuler les fonctions de navigatrice, cheffe d’entreprise et commerciale.
Contrairement aux projets financés par une poignée de grandes marques, son modèle repose sur une multitude de contributeurs. « Lorsqu’on s’appuie sur deux ou trois grands sponsors, leurs services de communication et de gestion prennent en charge de nombreux aspects. Ici, je gère presque tout de A à Z,» observe-t-elle. Pour attirer les entreprises, la skippeuse privilégie une approche mêlant mécénat, sponsoring et engagement solidaire avec des associations qui elles mêmes deviennent mes prescriptrices. « Une fois convaincues par le sens du projet, elles mobilisent leur réseau et me mettent en relation avec des contacts ciblés,» explique-t-elle au sujet des entreprises partenaires.
Faire de la pédagogie
D’ailleurs, la contrepartie commerciale promise ne se limite pas à la visibilité sur les voiles. « Je privilégie les retours d’expérience : des navigations, des moments sur le village ou des conférences », précise Sophie Paget. Une stratégie qui demande aussi un important travail de sensibilisation. Près des deux-tiers de ses partenaires n’avaient jamais approché la voile de compétition. « Il a fallu faire preuve de pédagogie pour les convaincre de soutenir une femme et un projet de course au large,» souligne-t-elle. Le dispositif reste modeste : trois des quatre membres de son équipe actuelle se consacrent à la communication, aux relations presse et aux entreprises.
La question du genre pèse également dans la recherche de financement. Sur les 50 concurrents engagés en Class 40, seules six sont des femmes. « J’ai le sentiment que c’est parfois un frein, sinon nous serions plus nombreuses sur la ligne de départ,» affirme Sophie Paget. Selon elle, une seule navigatrice de la catégorie a bénéficié d’un budget confortable sur trois ans. « Il existe encore une barrière culturelle qui empêche les femmes de prendre le départ avec des moyens équivalents à ceux des hommes ». Et d’ajouter : « J’ai l’impression que nous devons faire nos preuves un peu plus que les autres ».
Pour autant, Sophie Paget ne considère pas que les femmes doivent commercialiser leurs projets différemment. « Il y a autant de manières de porter un projet qu’il y a de marins, je ne pense pas que ce soit une question de genre,» estime-t-elle. Elle reconnaît toutefois avoir une responsabilité supplémentaire dans la promotion de la féminisation de la voile. La navigatrice souhaite poursuivre en Class 40, avec la Globe 40 en 2028-2029, avant de revenir sur la transatlantique en 2030 avec un budget lui permettant de viser la victoire.
© SportBusiness.Club – octobre 2026