Jean-René Bernaudeau entame une saison charnière. Le manager vendéen disputera en 2026 la dernière année de partenariat entre son équipe cycliste et TotalEnergies, engagée depuis 2016. Le groupe énergétique a décidé de réorienter sa stratégie de sponsoring et ne prolongera pas l’aventure au-delà de cette saison. Le patron de la formation française se retrouve donc à la recherche d’un partenaire titre pour assurer l’avenir de sa structure. Un enjeu majeur dans un peloton où les budgets dépassent désormais souvent les 20 millions d’euros.
En attendant, l’équipe TotalEnergies poursuit sa saison et participe cette semaine à Paris-Nice, disputée du 8 au 15 mars 2026. Pour Jean-René Bernaudeau, cette période marque à la fois la fin d’un cycle de près d’une décennie avec TotalEnergies et le début d’une nouvelle phase de négociation pour pérenniser son projet sportif, fondé sur la formation et la fidélité des partenaires.
Vous avez réussi à maintenir l’engagement de TotalEnergies dans le cyclisme, ce qui constitue une réussite. Comment avez-vous réagi lorsqu’ils ont annoncé un changement de stratégie et le départ de votre équipe ?
Jean-René Bernaudeau : « J’ai accueilli cette nouvelle avec beaucoup de respect. Ce fut une expérience extrêmement riche, marquée par de belles rencontres humaines. Au-delà de la stratégie commerciale évoquée avec Patrick Pouyanné, je retiens surtout qu’un contrat a un début et une fin. Tout s’est déroulé dans les règles, et je garde un excellent souvenir de ces années de collaboration ».
Quel est aujourd’hui votre principal argument pour convaincre un nouveau partenaire ?
J.-R. B. : « Si je cherche un nouveau partenaire, c’est pour des raisons profondes. Récemment, j’ai réuni les anciens partenaires de notre équipe à Paris au sein de ce que j’appelle un “conseil des sages”. Tous ont répondu présent spontanément,. C’est pour moi une garantie de notre transparence et de notre intégrité ».
Ce sont tous des partenaires avec lesquels vous avez collaboré par le passé ?
J.-R. B. : « Absolument, et ils étaient tous là, sauf “Bonjour” qui n’existe plus. C’était une grande fierté de les voir répondre à mon appel. Ce que je propose aujourd’hui, c’est un projet axé sur l’éducation et l’avenir. Je dirige une équipe qui porte des valeurs, crée des vocations et génère une véritable émulation entre les coureurs. En tant que patron, je me dois d’être crédible et attractif. Nous vendons une histoire solide, une structure pyramidale basée sur nos accomplissements passés plutôt que sur des promesses incertaines. Le prix de l’équipe correspond à sa valeur réelle. Mon objectif est de m’associer à des partenaires qui nous ressemblent pour faire grandir ce projet et conserver nos meilleurs éléments, sans avoir à “acheter” des coureurs formés par la concurrence ».
Votre discours est-il d’aller au-delà du simple retour sur investissement économique ?
J.-R.B. : « Historiquement, nos contrats n’incluent aucune condition de rendement pur : tout repose sur la confiance. Je m’implique totalement, avec mes tripes, et je mets en avant des qualités humaines. Dans le sport de haut niveau, plus on monte, plus les devoirs l’emportent sur les droits. C’est une leçon de mon mentor, Jean Vincendeau, l’un des fondateurs des magasins U. Il me disait que gagner une course ne sert à rien si l’on laisse un mauvais souvenir à ceux qui nous ont accueillis. Le haut niveau, c’est un engagement de chaque instant, du lever au coucher. Je vends donc de l’honnêteté et de l’éducation. Malgré un budget modeste dont nous nous accommodons, nous remportons beaucoup de victoires. Avec Stéphane Heulot, qui m’a rejoint, nous voulons continuer à laisser une trace positive ».
Vous recherchez un nouveau partenaire. Vous êtes-vous fixé une date limite ?
J.-R. B. : « L’idéal serait d’aboutir avant le prochain Tour de France. Je ne souhaite pas emmener au départ du Tour des coureurs qui auraient déjà signé ailleurs. Pour cette dernière année avec TotalEnergies, je veux une équipe solidaire, composée de coureurs de cœur. Chez moi, ce ne sont pas les agents [d’athlètes] qui commandent ».
Dans un milieu où un budget de 20 millions d’euros semble devenir le minimum pour une équipe, la stratégie d’un partenaire unique est-elle encore viable ?
J.-R. B. : « Le cyclisme souffre aujourd’hui d’un manque de sponsors internationaux. Si TotalEnergies est l’un des plus gros acteurs du peloton, beaucoup d’autres sponsors restent nationaux ou européens. Le coût du cyclisme est élevé pour une entreprise nationale, raisonnable pour une entreprise européenne, mais très accessible pour une multinationale. Selon la dimension du partenaire, on peut envisager un sponsor unique ou un pool de plusieurs entreprises ».
Votre départ a souvent été annoncé, mais vous avez toujours fait preuve de résilience. Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui ?
J.-R. B. : « Ce n’est pas une question d’argent, mais d’héritage. Je veux transmettre cette équipe. Elle doit perdurer pour les étudiants de La Roche-sur-Yon, pour notre équipe amateur qui est l’une des meilleures, et pour tous nos salariés. Si l’équipe disparaissait, ce n’est pas moi qui serais le plus en danger, mais le sport lui-même. Nous devons résister et assurer la transmission ».
Entretien : Bruno Fraioli
© SportBusiness.Club – Mars 2026