Partant dans la 38e Coupe de l’America qui se disputera à partir du printemps 2027 à Naples (Italie), le défi français K-Challenge aborde un nouveau cycle avec l’arrivée de La Roche-Posay comme partenaire titre. Co-président de l’écurie de voile installée à Lorient (Morbihan), Stephan Kandler estime que la prochaine édition de la compétition marque un tournant pour la plus ancienne compétition sportive au monde. Format, gouvernance et calendrier évoluent avec l’ambition de renforcer la lisibilité de l’événement et d’attirer davantage de partenaires internationaux malgré un environnement de plus en plus concurrentiel.
K-Challenge, et plus particulièrement La Roche-Posay Racing Team, est officiellement engagé dans la 38e Coupe de l’America. Quelles sont les principales nouveautés de cette édition en 2027 ?
Stephan Kandler : « L’America’s Cup a beaucoup évolué puisque les équipes deviennent désormais leurs propres organisateurs au sein d’un partenariat où toutes sont actionnaires. Cela permet de mutualiser le calendrier et l’organisation. Parmi les nouveautés, il y a l’arrivée d’une femme à bord des AC75, l’organisation de courses en flotte avec ces mêmes bateaux, ainsi que la présence d’un invité au cœur de la régate. L’objectif est également de rendre l’événement plus régulier, avec une édition tous les deux ans, contre quatre historiquement. L’objectif est de s’aligner sur les autres grands événements sportifs ».
Ces changements peuvent-ils être considérés comme des avantages pour le défi français ?
S.K. : « Oui, c’est un avantage majeur car ces modifications apportent de la prévisibilité et de la stabilité, et cela rassure énormément les partenaires. Auparavant, on ne savait jamais où ni quand aurait lieu l’édition suivante. Désormais, avec une “Cup” tous les deux ans, incluant une Women’s America’s Cup et l’utilisation des AC75 comme laboratoires technologiques, nous entrons dans une ère comparable aux débuts de la Formule 1. Cette visibilité permettra aux sponsors de planifier leurs engagements sur plusieurs éditions ».
La compétition débutera mi-mai 2027. Êtes-vous dans les temps pour briguer une bonne performance sportive ?
S.K. : « Ce sera notre deuxième campagne consécutive, une première en France. Cela nous permet d’utiliser des bateaux identiques mais avec des améliorations. Aujourd’hui, nous sommes tout de suite opérationnels grâce aux fondations créées à Barcelone en 2024 avec l’équipe Orient Express. Nous ne sommes pas du tout en retard : nous même faisons partie des trois premières équipes déjà sur l’eau prêtes à naviguer. Après une phase à Lorient jusqu’à la fin de l’été, nous nous installerons à Naples pour un an de préparation ».
Le budget est-il bouclé pour cette prochaine édition ?
S.K. : « Il est bouclé dans le sens où nous avons toujours veillé à avoir un budget suffisant avant de partir pour participer dans de bonnes conditions. Le fait que l’annonce de certains partenaires prenne du temps ne signifie pas que le travail n’a pas déjà commencé. Nos projets annexes, comme SailGP et notre académie, ont permis de conserver nos équipes techniques et notre Design Team en activité. Nous sommes armés. D’autres annonces de partenariats viendront compléter l’organisation actuelle ».
Vous avez indiqué que désormais vous aviez des sollicitations directes. Continuez-vous à rechercher des partenaires ?
S.K. : « Absolument. Après trente ans dans le milieu, je constate que la plateforme K-Challenge rassure les partenaires car elle offre une vision à long terme sur plusieurs supports : l’America’s Cup, mais aussi les équipes jeunes, femmes et le circuit SailGP. Des marques comme Accor ou L’Oréal nous suivent désormais sur plusieurs plateformes. Nous attirons des entreprises internationales intéressées par la technologie, le développement durable et la diversité, qui sont les valeurs de la voile high-tech d’aujourd’hui ».
Que représente une écurie de Coupe de l’America en termes de structure ?
S.K. : « K-Challenge entretient un noyau permanent d’environ cinquante personnes entre les marins, les designers, techniciens, et personnels de la logistique. Pour un projet spécifique d’America’s Cup, nous montons jusqu’à 120 ou 150 personnes. Actuellement, nous sommes environ soixante-dix. Nous fonctionnons comme une véritable PME technologique où l’on investit et prend des risques. En parallèle, nous développons un bateau à hydrogène en Bretagne, car notre objectif est aussi d’appliquer la technologie de la compétition aux futurs navires de transport ».
Entretien : Bruno Fraioli, envoyé spécial à Lorient (Morbihan)
© SportBusiness.Club – Mars 2026