La Fifa se heurte à une opposition croissante après avoir annoncé mardi 28 juillet 2026 la création de Fifa Forward Enterprise (FFE), une société destinée à regrouper ses activités commerciales et événementielles. L’instance présidée par Gianni Infantino souhaite ouvrir une part minoritaire du capital à des investisseurs privés. L’objectif est principalement financier : il s’agirait de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars (environ 3,6 milliards d’euros) sur une valorisation de 20 milliards de dollars (environ 17 milliards d’euros).
La FFE gérerait les droits de diffusion, le sponsoring, la billetterie et les licences de la Fifa, mais aussi ses principales compétitions, dont la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs. La fédération internationale promet que chaque fédération membre pourrait recevoir 20 millions de dollars supplémentaires (environ 17 millions d’euros), en plus des dotations habituelles. « Une part trop faible de la valeur commerciale croissante du football revient aux acteurs de ce sport qui en ont le plus besoin,» a justifié Gianni Infantino.
Le président de la Fifa présente le dispositif comme un levier de développement pour les fédérations les moins dotées. « C’est une occasion en or de dynamiser le développement du sport à l’échelle mondiale,» a-t-il déclaré. Il a évoqué l’exemple du Cap-Vert, qualifié pour les seizièmes de finale du Mondial 2026 pour sa première participation. La Fifa assure que l’entrée d’investisseurs ne remettrait pas en cause son contrôle sur cette future structure.
Peu de transparence
L’UEFA n’y croit pas. Réunie en urgence mercredi 29 juillet 2026, l’organisation européenne a dénoncé une « opposition grandissante et significative ». « La Fifa ne peut pas continuer à utiliser notre sport pour s’enrichir elle-même et ses amis », a lancé la confédération. La Commission européenne a également réagi. « Pas touche à notre sport », a écrit sur X Glenn Micallef, commissaire européen chargé notamment des Sports, dénonçant une commercialisation devenue « nocive ».
Plusieurs fédérations regrettent surtout l’absence de concertation en amont. Philippe Diallo, président de la Fédération française de football, a estimé que le projet « soulève beaucoup d’interrogations ». Il a demandé à Gianni Infantino des « processus de décisions un peu plus transparents ». La fédération allemande a, elle, qualifié l’initiative d’« attaque absolue contre le football ». La Concacaf et l’AFC déplorent aussi que les 211 membres n’aient pas été consultés avant l’annonce.
La Fifa travaille avec J.P. Morgan et Thrive Eternal, un fonds créé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Selon The Times, Gianni Infantino pourrait à terme diriger la FFE. Cette perspective nourrit les soupçons de conflit d’intérêts. « La question de l’intérêt personnel de Gianni Infantino est au cœur du problème », analyse Jean-Baptiste Guégan auprès de l’AFP. Le dossier pourrait renforcer le bras de fer entre la Fifa et l’UEFA, à huit mois de l’élection présidentielle de l’instance mondiale. (Avec AFP)
© SportBusiness.Club – Juillet 2026