10 août 2026

Temps de lecture : 2 min

Le défi du modèle économique du cyclisme professionnel féminin

Le Tour de France Femmes a confirmé son attractivité populaire et médiatique. Mais l’essor du cyclisme féminin reste freiné par une exposition limitée et des budgets sous tension.

La 5e édition du Tour de France Femmes s’est achevée dimanche 9 août à Nice (Alpes-Maritimes) dans une atmosphère de succès. L’épreuve, relancée en 2022, a réuni un public dense sur les routes et autour de la Promenade des Anglais. La victoire finale de la Néerlandaise de l’équipe française FDJ United-Suez, Demi Vollering, déjà gagnante du Giro et de plusieurs classiques cette saison, a renforcé l’intérêt sportif de la course. Son scénario indécis a aussi contrasté avec le Tour masculin, dominé plus nettement par Tadej Pogacar.

La course, programmée six jours après l’arrivée du Tour des hommes, a bénéficié de cette continuité estivale. Les audiences ont suivi. France Télévisions indique que plus de deux Français sur cinq ont suivi la course. Un pic de plus de cinq millions de téléspectateurs a été vendredi 7 août, lors de l’ascension du mont Ventoux, alors que Pauline Ferrand-Prévot, vainqueure sortante, était en retrait. La couverture médiatique a également progressé : 150 journalistes étaient accrédités, contre 80 un an auparavant. Des indicateurs encourageants pour l’organisateur ASO et les partenaires de l’épreuve.

Cette dynamique ne règle toutefois pas la fragilité du modèle économique du cyclisme féminin. « Là où les hommes bénéficient d’une exposition dix mois sur douze, les femmes doivent se contenter de 25 à 30 jours de course diffusés en TV,» expliquait à l’AFP Richard Plugge, patron des équipes Visma-Lease a Bike. Philippe Roodhooft, dirigeant de Fenix-Premier Tech et d’Alpecin, souligne lui aussi que les investissements consentis par les formations ne peuvent plus s’accommoder d’un calendrier aussi peu visible.

Une couverture TV intégrale

La concurrence entre équipes augmente aussi les coûts. Les sponsors demandent désormais des programmes féminins, mais les coureuses capables d’incarner ces projets restent peu nombreuses. « On assiste donc à une inflation des rémunérations avec certaines coureuses surpayées contre toute logique,» estime Philippe Roodhooft. Les écarts se creusent dans le peloton : certaines athlètes évoluent encore au salaire minimum, quand les têtes d’affiche peuvent négocier des contrats proches d’un million d’euros par saison.

Les principales formations disposent désormais de budgets estimés autour de huit millions d’euros. FDJ-United-Suez, SD Worx, UAE, Movistar, Visma-Lease a Bike ou Canyon-SRAM réclament donc davantage de retours médiatiques. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont demandé une diffusion intégrale des étapes du Tour de France Femmes, à l’image de l’épreuve masculine. « Les filles le méritent mais cela coûte. Il y a une vraie réflexion [entre ASO et France TV], on espère tendre vers ça,» a indiqué Marion Rousse, directrice de la course.

L’autre enjeu porte sur la durée du Tour, aujourd’hui limitée à neuf jours. Plusieurs coureuses, dont la Française Cédrine Kerbaol, sixième du classement général, souhaitent une épreuve plus longue. Marion Rousse appelle toutefois à une croissance progressive. Les équipes féminines comptent en moyenne douze coureuses, contre environ trente dans les structures masculines. L’élargissement du calendrier, des effectifs et de l’exposition télévisée devra donc avancer au même rythme. « Le Tour doit grandir en même temps que le cyclisme féminin,» répète-t-elle. (Avec AFP)

© Sport Business Club – Août 2026

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