Decathlon s’attaque à un nouveau verrou stratégique. Le numéro un français de la distribution d’articles de sport a annoncé lundi 31 août 2026 avoir signé une lettre d’intention avec Céraclès Coopérative en vue d’acquérir 50% de sa centrale d’achats, entité qui gère l’approvisionnement, la logistique et le marketing de l’enseigne Sport 2000 en France. Sans racheter directement les 732 points de vente du réseau, juridiquement indépendants, le géant nordiste, fort de près de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans l’Hexagone en 2025, s’infiltre au cœur de la gouvernance de son concurrent. Soumise au feu vert de l’Autorité de la concurrence, cette prise de participation pourrait être finalisée “courant 2027”, d’après Bastien Grandgeorge, directeur général de Decathlon France.
Pour l’enseigne de la galaxie Mulliez, l’enjeu financier direct reste secondaire par rapport au gain territorial. La centrale de Céraclès n’a généré que 98 millions d’euros de chiffre d’affaires et 215 000 euros de bénéfice net en 2025. En revanche, Sport 2000 offre une capillarité géographique inédite : une présence forte en zone rurale et une position dominante dans les stations de ski, des segments où les grands formats de Decathlon sont quasiment absents. Cette opération permettrait à l’enseigne de faire pénétrer ses propres marques, comme Quechua, dans des rayons jusqu’ici fermés. Bastien Grandgeorge souligne la volonté de créer des “forces mutuelles” entre le modèle intégré du leader et le réseau coopératif.
Déjà plus de 50% du marché pour Decathlon
De son côté, Céraclès cherche un levier de relance face à une conjoncture dégradée. En 2025, les ventes globales de son réseau ont chuté de 5% pour s’établir à 788 millions d’euros, malgré l’ouverture de 30 magasins supplémentaires. La coopérative anticipe un nouveau recul à 768 millions d’euros en 2026, tout en maintenant un objectif d’un millier de points de vente d’ici 2030. Pour le président de Céraclès, Thierry Lavigne, l’arrivée des produits Decathlon permettrait de combler un “trou dans la raquette” de l’offre proposée en magasin. Le partenariat prévoit aussi des synergies dans l’e-commerce, la location de skis ou la réparation de vélos via l’enseigne Mondovélo.
Le dossier s’annonce toutefois complexe face au régulateur. En 2024, lors du rachat de magasins Go Sport par Intersport, l’Autorité de la concurrence estimait que Decathlon détenait déjà plus de 50% du marché français des grandes surfaces spécialisées hors ligne. À l’époque, la présence de Sport 2000 était jugée indispensable pour maintenir une pression concurrentielle effective. En s’associant à la centrale d’achats de son rival, Decathlon modifie l’équilibre du secteur. Les juges de la concurrence devront déterminer si l’indépendance juridique des commerçants suffit à préserver une réelle rivalité commerciale sur le territoire national. (Avec AFP)
© Sport Business Club – Août 2026