Frank McCourt veut révolutionner l’équitation avec son nouveau circuit
Le propriétaire de l'OM Frank McCourt se lance dans le financement d'un circuit de saut d'obstacle disruptif basé sur l'achat de franchises et concurrent au Global Champions dont il était actionnaire il y a peu.
Equitation : le saut d'obstacles à Paris 2024
C’est un secret de polichinelle dans les écuries du monde entier : Frank McCourt et Jan Tops sont fâchés. Associés à parts égales (50% chacun) dans le circuit principal de saut d’obstacles Global Champions Tour entre 2014 et 2020, les deux hommes affaires vont devenir concurrents. Le premier, propriétaire de l’Olympique de Marseille, lance la Premier Jumping League (PJL). « Il revient pour faire mieux que son ancien partenaire, glisse un expert du dossier. C’est avant tout une question d’égo et de revanche ».
Sur le papier, le projet, dont le coup d’envoi est prévu au printemps 2027, apparaît comme extrêmement ambitieux. Le championnat repose sur seize franchises, des équipes mixtes dont quatre sont mises en vente 50 millions de dollars. Une première a été achetée par l’homme d’affaires Jason McCarthy. Les douze autres sont disponibles à la location pour cette saison inaugurale.
A l’instar du SailGP ou de la Kings League, compétitions basées aussi sur des franchises, chaque écurie disposera de la gestion de son image. Propriétaire de leur IP (Propriété Intellectuelle) avec la possibilité de créer son positionnement de marque, son programme marketing, son logo et son offre de merchandising. Elles pourront même commercialiser leur naming a-t-il été expliqué à Paris le 21 septembre dernier. Chaque Team sélectionnera cinq cavaliers faisant partie du Top 250 mondial. Au total, 300 millions de dollars de prize-money sur les trois premières saisons ont été garantis par la ligue.
Draft, drones et série Netflix
Contrairement au LIV Golf, la ligue dissidente de golf, les athlètes s’engageant avec la PJL pourront bien concourir aussi dans les autres circuits et compétitions. « L’idée n’est absolument pas de bloquer les cavaliers dans leur activité, assure Kelly Hogarth, porte-parole du projet. S’ils doivent participer à une autre compétition, notamment pour leur pays, il y aura un système de substitution dans les équipes pour les remplacer. Il y a cinq cavaliers par équipes et seulement trois qui doivent être engagés pour chacune des 14 étapes ».
Le recrutement des cavaliers se fait à la manière de la NBA (National Basketball Association), via une draft. Les équipes peuvent piocher parmi les 250 premiers cavaliers du classement mondial puis entrer en négociation avec eux. « Le business model est intéressant avec des dotations plus élevées et une meilleure reconnaissance du travail des cavaliers, commente Nina Mallevaey, meilleure Française et première femme au classement mondial Longines. Rares sont les cavaliers à vivre du saut d’obstacle dans le monde. Certains donnent des cours, d’autres sont dans la vente de chevaux. Cette discipline dépend beaucoup des propriétaires de chevaux ».
La future ligue se veut innovante dans la manière de raconter et faire vivre la discipline équine. « Nous devons construire les fondations d’une base de fans, explique Emma Waters, vice-présidente du circuit. Pour cela, il faut innover sur la manière de filmer. Nous allons introduire la captation par drone. Nous avons déjà signé un partenariat avec la société Box to Box pour réaliser une docu-série sur les cavaliers de la PJL, comme cela a été fait en Formule 1. Il faut incarner le CSO et qui de mieux que les cavaliers et cavalières qui ne sont pas assez reconnus, cachés sous leur casque. L’idée est de s’adapter aux nouveaux modes de consommation et de créer un produit qui donne envie ».
Elever les standards d’hospitalités
Le projet porté par Frank McCourt se montre par ailleurs assez critique sur les programmes hospitalités proposés dans l’équitation. « Aujourd’hui, en zone VIP, certaines tables sont commercialisées autour de 20 000 dollars, voire davantage, rappelle Kelly Hogarth. Il y a donc beaucoup d’argent engagé sur ce marché, sans que l’expérience proposée soit toujours à la hauteur. Nous voulons établir de vrais standards. D’un événement à l’autre, les niveaux de prestation sont encore très variables. À ma connaissance, aucun circuit n’a réellement réussi à imposer une norme homogène et constante en matière d’hospitalité sportive. Nous disposons d’une équipe très expérimentée sur ce sujet pour élever les standards ».
Pour ces sujets d’hospitalités, la PJL n’a pas de partenaire exclusif. Selon les étapes, il s’appuiera sur des partenaires locaux, des consultants ou des apporteurs d’affaires a-t-il été précisé à Sport Business Club. Il en va de même pour les enjeux de sponsoring. En octobre 2026, la ligue n’a pas encore signé de contrats de sponsoring.
Une étape en France
Contacté par Sport Business Club, le circuit historique de jumping, Global Champions, ne semble pas vraiment perturbé par l’arrivée de ce nouvel acteur. « À l’occasion de notre 20e anniversaire, marqué par l’organisation d’épreuves de saut d’obstacles de haut niveau dans des lieux uniques et emblématiques, nous sommes ravis de constater l’essor de notre sport et l’intérêt qu’il suscite, indique le principal circuit mondial, co-organisateur du Longines Paris Eiffel Jumping.
Le Global Champions aurait tout de même sécurisé des contrats avec plusieurs organisateurs mondiaux pour que ces derniers ne travaillent pas avec la PJL. « Il y a un vrai esprit de compétition qui transpire, commente un observateur aiguisé. D’un côté, il y a une immense attente du secteur au regard des sommes avancées, de l’autre on se demande si cela va fonctionner ».
Egalement sollicitée, la Fédération Française d’Equitation a indiqué ne pas avoir été associée à la création de ce circuit ni à la rédaction de son règlement. « Le FFEconsidèrera ce circuit privé comme ceux qui existent déjà dans la discipline,» a répondu l’instance. La PJL bénéficiera tout de même d’un accent français puisqu’elle fera étape à Saint-Tropez (Var). Celle-ci se déroulera du 25 au 27 juin 2027.