Avec la Coupe du monde de football 2030 en ligne de mire, le Maroc multiplie l'accueil de compétitions internationales. Le royaume mise sur ces événements pour développer ses infrastructures, renforcer son attractivité touristique et consolider sa place dans l'industrie sportive.
À El Jadida, au sud de Casablanca, le Maroc avait, en octobre 2026, donné rendez-vous à l’élite mondiale du saut d’obstacles. Pour accueillir les meilleurs cavaliers de la discipline, le circuit Morocco Royal Tour (MRT) avait déployé des infrastructures de niveau international. « C’est au niveau de ce qui se fait en Europe », nous affirmait Philippe Rozier, sur place. Le champion olympique de saut d’obstacles à Rio (Brésil) en 2016 est formel : « Le salon du cheval à El Jadida, organisé en parallèle du circuit, n’a rien à envier à Equita Lyon. Il faut le voir pour le croire. »
L’événement, dont le développement impressionne depuis sa création en 2010, illustre le positionnement du pays sur la scène sportive internationale. Après avoir organisé la Coupe d’Afrique des nations (CAN) masculine de football entre décembre 2025 et janvier 2026, le Royaume prépare désormais son prochain grand rendez-vous : la Coupe du monde 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal. Casablanca (Maroc), Rabat (Maroc), Tanger (Maroc), Marrakech (Maroc), Agadir (Maroc) et Fès (Maroc) figurent parmi les six villes marocaines candidates pour accueillir des rencontres.
Une volonté royale
« Le Maroc s’est rendu compte qu’il avait un rôle au niveau international, estime Philippe Rozier. Ce n’était pas le cas il y a 15 ou 20 ans. Il y a une volonté de sa majesté le Roi aussi. » Cette stratégie est en effet portée au plus haut niveau de l’État par le roi Mohammed VI. Âgé de 63 ans, le souverain entend faire du sport un levier de développement économique et de rayonnement international. C’est lui-même qui, en mars 2023, avait annoncé la candidature du Maroc, associé à l’Espagne et au Portugal, pour la Coupe du monde 2030. Dans ce but, le Royaume a engagé un vaste programme de modernisation de ses stades.
Le Maroc avait initialement prévu une enveloppe d’environ 20,5 milliards de dirhams (1,9 milliard d’euros) pour rénover six enceintes et construire un nouveau stade dans la province de Benslimane (Maroc), près de Casablanca (Maroc). Baptisé Grand Stade Hassan II, celui-ci doit accueillir 115 000 spectateurs. Son coût dépasserait désormais 13,6 milliards de dirhams (environ 1,25 milliard d’euros), selon le média marocain Le Desk. Les stades de Rabat (Maroc) et Tanger (Maroc) ont déjà été transformés pour la CAN 2025. Ceux de Marrakech (Maroc), Agadir (Maroc) et Fès (Maroc) font l’objet de nouveaux travaux en vue du Mondial 2030.
« Le sport est utilisé par Mohammed VI depuis une décennie, rappelle Jean-Baptiste Guégan, spécialiste de la géopolitique du sport. L’équitation est culturel et le cheval un symbole de puissance mais il y a une priorisation sur le football. L’idée est de s’en servir pour modifier la perception du Royaume et de lui donner de la visibilité à l’échelle mondiale. Il y a aussi un travail pour rendre premium l’image et l’offre du Maroc. Car le tourisme de masse c’est bien mais destructeur sur le long terme. Le sport est enfin un accélérateur de développement interne et économique. »
“Le Maroc sait relever ses défis”
« Bien que l’essentiel du soutien émane de l’État, s’agissant du rayonnement international de l’image du Royaume, la dynamique enclenchée suscite un vif intérêt, indique de son côté Badre Fakir, directeur général de la Fédération royale marocaine des sports équestres et membre du Comité national olympique marocain. Une fois la machine en marche et le train sur les rails, de nombreux acteurs, notamment privés, souhaitent naturellement s’associer à cette réussite. »
« En tant que Marocain, je suis très fier de vivre cette période de développement et de mutation », commente Abdeslam Bennani Smires, cavalier de l’équipe nationale du Maroc engagé au Morocco Royal Tour, homme d’affaires et copropriétaire du complexe hôtelier Selman à Marrakech (Maroc). L’expert du tourisme est par ailleurs confiant quant à la capacité du Maroc à répondre à l’afflux de supporters du monde entier lors du Mondial 2030.
« Le développement touristique au Maroc a précédé l’essor sportif : le pays disposait déjà d’un parc hôtelier solide et d’infrastructures d’accueil de qualité bien avant l’attribution de la Coupe du Monde, rappelle le sportif. Depuis cette attribution, les grands projets se sont accélérés, notamment avec l’agrandissement des aéroports de Casablanca et de Marrakech. Le secteur hôtelier s’est structuré dès les années 2000 grâce à la Vision 2010, suivie de nombreux autres projets soutenus par l’État. Le Maroc sait relever ses défis. »
Un rêve olympique ?
D’ici 2030, le calendrier est chargé. Le Maroc accueillera notamment la CAN masculine U17 en avril et mai 2027. Le pays s’est également vu attribuer cinq éditions consécutives de la Coupe du monde féminine U17, de 2025 à 2029. Une première pour cette compétition de la FIFA, désormais organisée chaque année avec 24 sélections. Cette programmation régulière doit permettre de valoriser les installations sportives et de renforcer le savoir-faire local dans l’organisation d’événements internationaux.
Le football n’est toutefois pas la seule discipline dans le viseur du Maroc. En octobre 2027, Rabat (Maroc) recevra les Championnats du monde amateurs de golf par équipes, une première en Afrique du Nord. La capitale accueille également le Meeting international Mohammed VI, étape de la Diamond League d’athlétisme, ainsi que le Grand Prix Lalla Meryem de tennis. Marrakech (Maroc) dispose de son tournoi ATP 250, le Grand Prix Hassan II. Le Marathon des Sables et le Rallye du Maroc complètent aussi cette offre événementielle.
« Le Maroc se positionne aujourd’hui comme la locomotive sportive de l’Afrique, créant des passerelles vers l’Europe et le reste du monde, analyse Yannick Bichon, speaker équestre et observateur privilégié de l’événementiel au Maroc. Le pays a largement sa place sur la scène internationale, et je suis convaincu qu’il sera demain tout à fait envisageable d’accueillir des Jeux olympiques en Afrique. Le Maroc a su prouver qu’il possède la capacité d’accueil ainsi que les compétences techniques, économiques et infrastructurelles pour organiser de grands événements. »