31 octobre 2026

Temps de lecture : 3 min

A Saint-Malo, la Route du Rhum a arrangé l’économie touristique

À la veille du départ, le Village de Saint-Malo a encore fait le plein avec plus de 150 000 visiteurs. Une réussite populaire dont les retombées seraient inégalement réparties.

Dimanche 1er novembre 2026, alors que les 115 marins de la 13e édition de la Route du Rhum mettront le cap sur la Guadeloupe, où est tracée la ligne d’arrivée, les quelque 200 commerçants et artisans installés dans le Village commenceront à faire leurs comptes. Au pied des remparts de Saint-Malo (35), plus d’un million de personnes auront visité ce site festif et éphémère de 70 000 mètres carrés.

Pendant treize jours, les quais auront été portés par les odeurs d’accras de morue, de colombo de poulet ou de boudin créole. La Guadeloupe, terre d’arrivée de la transat, avait déployé ses spécialités. La star incontestée aura été le rhum. Proposé sous de multiples formes et variétés, il était omniprésent. « Les dégustations débutaient dès 10 h 00, à l’ouverture du Village. Nous avons eu beaucoup de monde, mais nous avons décidé d’arrêter de faire goûter nos rhums en fin d’après-midi », confie Stéphane, animateur sur le stand des Arrangés de Saint-Malo.

Selon une étude réalisée par le cabinet EY pour la ville de Saint-Malo, l’édition 2022 a généré 29,1 millions d’euros de retombées économiques directes. Tous les quatre ans, les commerçants attendent donc ce rendez-vous. Mais certains restaurateurs intra-muros regrettent la concurrence croissante du Village, notamment celle de l’immense brasserie éphémère exploitée par Maison Hector, qui peut accueillir environ un millier de personnes en même temps.

Une source de revenus pour OC Sport

« L’idée n’est pas de continuer à accueillir plus mais mieux,» a assuré à l’AFP Nicolas Belloir, adjoint au maire de Saint-Malo chargé des Finances. « C’est un événement populaire, on ne peut pas envisager une entrée payante, poursuit-il. C’est sans doute ce qui explique en partie son succès. » Selon l’étude, 65% des visiteurs sont originaires de Bretagne. Mais 88% des retombées économiques proviennent de personnes extérieures à la région, dont le séjour est plus long.

Pour OC Sport, propriétaire et organisateur de la course à la voile, le Village constitue aussi une source importante de revenus. Les activités liées au Village et aux prestations commerciales, notamment l’hospitalité, représentent 22% de son chiffre d’affaires de 11,5 millions d’euros. Très vaste, le site peut néanmoins connaître des engorgements. Il rassemble les stands des sponsors des bateaux, ceux d’artisans locaux et de nombreux espaces de restauration. Il est même possible de s’y faire tatouer.

Cette concentration d’activités fait aussi grincer des dents chez les commerçants présents toute l’année dans la cité corsaire. Au fil des éditions, la gérante de la crêperie La Duchesse Anne, située à l’entrée de la ville intra-muros, observe qu’au Village « il y a de plus en plus de couverts et d’animations ». Elle constate : « Le Village est tellement grand et bien, il y a tout, les gens viennent moins intra-muros. »

Un Village ouvert jusqu’à 1h00 du matin

« C’est le grand écart dans les retombées économiques », estime auprès de l’AFP Anthony Rambaud, vice-président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) Côte d’Émeraude. « Du point de vue image, l’événement est ultra porteur pour notre territoire, reconnaît-il. Pour l’hôtellerie, il n’y a pas de souci. En ce qui concerne la restauration, bars et monde de la nuit, les retombées sont un petit peu différentes, parce que le Village devient concurrentiel aux commerces intra-muros et à la Côte d’Émeraude. D’autant que cette année, le Village propose des nocturnes jusqu’à 1 h 00 du matin. »

Sur les 29,1 millions d’euros de retombées enregistrées en 2022, 9,7 millions ont bénéficié à la restauration, 8,7 millions à l’hébergement, 4,2 millions aux transports, principalement les parkings, et 3,8 millions aux commerces. « Il y a quatre ans, on a eu un vrai impact sur les trois derniers jours seulement, avec 2 000 euros de plus par jour environ », explique à l’AFP la propriétaire d’une crêperie. Plusieurs professionnels soulignent également un ralentissement de la fréquentation intra-muros pendant le montage et le démontage du Village, faute de places de stationnement pour les visiteurs. (Avec AFP).

Bruno Fraioli, envoyé spécial à Saint-Malo (Ille-et-Vialine)
© SportBusiness.Club – Octobre 2026

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