Interview. Caroline Garcia a tourné la page du circuit, mais pas celle du tennis. Invitée du colloque Sport-Gen Summit, organisé à Paris les 27 et 28 mai 2026, l’ancienne numéro 4 mondiale est revenue sur sa première année de retraitée sportive. Elle a évoqué son podcast Tennis Insider Club, lancé comme un projet média à part entière et a détaillé l’évolution de ses contrats avec Rolex, Etam ou Yonex après la fin de sa carrière. La jeune femme a également abordé le sujet du prize money dans les tournois du Grand Chelem.
Comment se déroule cette première année loin des courts ?
Caroline Garcia : « Tout se passe pour le mieux. C’est un nouveau chapitre que j’avais sincèrement envie d’ouvrir et que j’avais hâte de découvrir. Professionnellement, je me consacre au projet du podcast Tennis Insider Club. Avec mon compagnon, nous disposons désormais de plus de temps pour nous y investir, trouver de nouvelles idées de développement et planifier les futurs épisodes. C’est un travail de réflexion constant pour identifier les invités et établir des partenariats afin de donner plus de moyens et de visibilité au projet. Nous avons d’ailleurs organisé un événement en direct à Miami qui a rencontré un beau succès. Étant donné que nous attendons un petit garçon, certains tournois et idées ont été mis en pause ou reportés à l’année prochaine, mais ce projet reste ma priorité absolue pour cette année ».
Mettre un terme à sa carrière sportive signifie-t-il aussi stopper tous les contrats de sponsoring ?
C.G. : « Certains l’ont été, oui. D’autres non. Je collabore toujours avec Rolex, par exemple, car leur philosophie est d’accompagner leurs ambassadeurs jusqu’au terme de leur contrat, même après la retraite sportive. À l’inverse, d’autres marques n’y voient plus d’intérêt comme Yonex. Je poursuis également mon partenariat avec Etam. Cette année, j’ai basculé sur leur ligne maternité. C’est gratifiant de voir qu’ils s’intéressent à la femme que je suis, à la future maman et à ce que je peux transmettre au-delà de mon image de joueuse de tennis ».
Cette transition vers l’après-carrière a-t-elle été facile ?
C.G. : « J’avais pris ma décision la saison précédente, ce qui m’a laissé le temps de me préparer. Le podcast m’occupait déjà beaucoup et m’a appris à cultiver ma curiosité. J’ai réalisé qu’en étant ouverte d’esprit et volontaire, de nombreuses opportunités se présentaient. J’ai par exemple testé le commentaire sportif durant trois jours pour Bein Sports à Doha (Qatar) : c’est une expérience que je pourrais renouveler. À Roland-Garros, je réalise les interviews sur le court. Ces nouvelles expériences me permettent de découvrir ce qui me plaît et là où je me sens à l’aise. Avoir ce socle avec le podcast et cette envie d’apprendre est essentiel car, au début, les journées peuvent paraître longues. Dans le tennis, entre l’entraînement et la récupération, le sport occupe toute la journée. Sans préparation ou accompagnement, on peut vite se retrouver avec 4 ou 5 heures de vide par jour, ce qui peut devenir angoissant. En fait, je vois cela comme un changement de métier plutôt qu’une retraite, en utilisant toute mon expérience passée pour construire la suite ».
Sur le plan commercial, votre podcast plaît-il aux annonceurs ?
C.G. : « Nous avons eu plusieurs parrains l’année dernière, comme AG1, Hologic ou encore IM8 actuellement. Si la monétisation est un objectif, ce n’est pas notre priorité absolue. Nous souhaitons établir des partenariats avec des marques qui partagent nos valeurs. L’idée n’est pas d’interrompre l’écoute toutes les 15 secondes par des publicités ou des codes promo, mais de construire de véritables collaborations durables où chacun s’y retrouve. C’est un apprentissage permanent pour moi. L’équipe se résume pour l’instant à mon mari et moi. Il a de l’expérience dans les affaires, mais pour nous deux le monde des médias est une nouveauté. C’est passionnant d’apprendre à valoriser notre plateforme face à des professionnels expérimentés, même si cela demande du temps ».
Certains joueurs réclament des primes plus élevées dans les tournois du Grand-Chelem. Quelle est votre position ?
C.G. : « Je fais toujours partie du Conseil des joueurs (“Player Council”). C’est un sujet complexe qui va bien au-delà de la simple question des 15% d’augmentation ou du temps consacré aux médias. On parle souvent des gains spectaculaires des vainqueurs de Grand Chelem, mais la réalité est que seuls environ 100 hommes et 100 femmes parviennent réellement à épargner pour leur après-carrière. Il est regrettable que dans un sport comme le tennis, ce nombre ne soit pas plus proche de 200 ou 250 personnes. Le vrai débat concerne la capacité des joueurs à investir : ils font d’énormes sacrifices pour vivre décemment de leur métier pour s’entourer de professionnels. Il arrive encore de voir certaines jeunes joueuses partager une chambre avec leur coach par manque de moyens. Ces réalités sont méconnues car seuls les joueurs de haut niveau bénéficient d’une audience pour en parler. À la WTA, les prélèvements (environ 22%) servent aussi à financer la retraite et l’assurance médicale, ce qui est difficile à expliquer en quelques minutes dans les médias ».
Finalement, le joueur de tennis est comme un entrepreneur obligé de tout financer lui-même…
C.G. : « Absolument. Sur le montant du prize money affiché, il faut d’abord retirer les taxes. Ensuite, il faut payer le salaire et les bonus du coach, du kiné, les billets d’avion et les chambres d’hôtel de toute l’équipe. Même durant les semaines de préparation où l’on ne gagne rien, les frais restent identiques. À la fin de la saison, les finances réelles sont bien loin des chiffres que l’on peut voir sur Google ou Wikipédia. Les meilleurs gagnent très bien leur vie, mais une joueuse classée 80ème mondial n’a certainement pas les sommes que les gens imaginent sur son compte en banque. Il est nécessaire d’être plus transparent et d’expliquer clairement ces réalités financières ».
Entretien : Titouan Laurent
© SportBusiness.Club – Mai 2026