Comment l’agence Saint-Lazare a dessiné les logos des Alpes 2030
Interview. Antoine Ricardou, cofondateur de l’agence Saint-Lazare, revient sur la création des emblèmes des Alpes 2030 et sur l’exposition internationale ouverte par ce projet.
Dévoilés jeudi 18 juin 2026 à Briançon (Hautes-Alpes), les emblèmes olympique et paralympique des Alpes 2030 ont été conçus par l’agence Saint-Lazare. Un travail spécifique et symbolique pour le studio fondé il y a 25 ans et qui se dit très lié à la montagne. Son cofondateur, Antoine Ricardou, revient sur la genèse de cette création, pensée autour d’une “nouvelle lumière sur les Jeux”. Il évoque aussi le rôle de Mathieu Sakkas, Directeur de la marque des Alpes 2030, l’accueil réservé aux logos et les ambitions de son agence après cette exposition internationale.
Êtes-vous satisfait de l’accueil réservé à cette création ?
Antoine Ricardou : « Absolument. Il est opportun de commencer comme ça. Nous avions été préparés à une exposition médiatique intense suite à cette révélation, et aux possibles critiques inhérentes à ce type de projet. Mais, l’accueil s’avère extrêmement positif. En parcourant les commentaires sur des plateformes médias majeures, on ne trouve aucun « hater », mais plutôt un véritable enthousiasme. Cela peut s’expliquer par le fait que le projet possède une fraîcheur et une force qui véhiculent parfaitement cette idée d’une « nouvelle lumière sur les Jeux ». Pour nous, quel que ce soit le dossier, une identité réussie doit s’imposer comme une évidence ; les logos nécessitant de longues dissertations pour être compris sont, à nos yeux, à moitié ratés. Ce n’est pas le cas ici. Cette vision doit transformer la perception des Jeux d’hiver, qui sont en pleine mutation, tout en célébrant la complémentarité entre les formes olympique et paralympique, un aspect immédiatement salué par Mathieu Sakkas [Directeur de la marque ches Alpes 2030] ».
Aviez-vous une appréhension avant cette révélation ?
A.R. : « Non. Ce n’était pas de l’appréhension, car notre studio est établi depuis 25 ans, et nous avons l’habitude de ce type de travail. Toutefois, il y a ici indiscutablement une exposition d’une ampleur internationale inédite pour nous. Travailler pour des Jeux olympiques est un honneur immense, mais, sur ce travail, cela correspondait surtout à une démarche viscérale liée au lien profond que l’agence a avec les Alpes. Je dois dire qu’après le succès de Paris 2024, nous avions regretté de ne pas nous être investis sur ce projet. Jusqu’alors, les appels d’offres publics pouvaient nous paraitre comme des loteries, contrairement aux commandes privées où l’on s’investit avec la certitude d’aboutir. En fait, je crois que nous mettons trop d’émotion dans notre travail et cela nous a empêché de multiplier les appels d’offres et de risquer la déception ; je garde d’ailleurs un souvenir marqué de compétitions perdues de peu, comme pour le Centre Pompidou-Metz ou le musée du Quai Branly. Pour Alpes 2030, au contraire, nous avions cette conviction quasi athlétique que ce projet devait nous revenir de droit ».
Pourquoi avez-vous, selon vous, ce lien si particulier avec les Alpes ?
A.R. : « Nos connexions avec ce territoire sont multiples, que ce soit à travers nos collaborations avec Millet, la Librairie des Alpes, Skizag, ou encore Jean Sulpice au bord du lac d’Annecy. Je suis moi-même originaire de La Clusaz. J’en ai discuté à Briançon avec Edgar Grospiron [Président des Alpes 2030], lui aussi enfant du pays. Il a été très touché de découvrir que l’équipe ayant conçu l’identité des Jeux était issue de son propre village. Il ne le savait pas »
Depuis combien de temps travaillez-vous sur ces emblèmes ?
A.R. : « Depuis neuf mois. Mais la forme actuelle est apparue dès les trois premières semaines. Nous avons dû nous isoler plusieurs week-ends pour avancer, car un tel appel d’offre ne s’inscrit pas dans le planning classique d’un studio comme le notre. Contrairement aux grandes agences structurées pour ce type d’exercice, nous travaillons avant tout pour ceux qui nous passent commande. Le point de départ a été une intuition amenée par notre planneur stratégique autour de la « nouvelle lumière sur les Jeux ». Une bonne narration est toujours le socle d’un projet solide. Le dessin est né de manière empirique. Il définitivement été validé par nous grâce à une image sur une crête des Aravis que j’ai aperçu il y a quelques semaines lors d’un running très matinal. Ce lever de soleil à 6h du matin, avec la montagne en contre-jour et les rayons filtrant derrière la paroi, a confirmé que notre concept de forme et de contre-forme était une réalité naturelle universelle ».
Quel a été le rôle de Mathieu Sakkas dans ce travail ?
A.R. : « Mathieu s’était initialement mis en retrait par souci d’impartialité lors de l’appel d’offres. Une fois notre projet retenu, il l’a adopté et l’a porté avec une ferveur incroyable. C’était très important. Il nous a apporté une expertise politique indispensable pour naviguer au sein du Cojop et convaincre le président ou des sphères que nous ne maîtrisions pas comme devant le Comité International Olympique. Il a défendu ce projet comme s’il s’agissait de son propre enfant. Son expérience des systèmes visuels à très grande échelle, comme pour la FIFA ou la F1, a été précieuse pour les finitions techniques. Il a également eu un véritable coup de cœur pour l’esprit familial et l’écosystème unique de notre studio ».
Antoine Ricardou (Saint-Lazare)
Votre travail est-il terminé aujourd’hui ?
A.R. : « Quasiment pour cette étape, mais ce n’est pas un acte isolé ; il reste toujours des détails à finaliser après le dévoilement. Maintenant, nous espérons désormais nous investir dans les prochaines phases et répondre aux prochains appels d’offre, notamment pour l’identité visuelle globale, le « Look of the Games ». »
Avez-vous le sentiment que Saint-Lazare est entré dans une autre dimension, que l’agence a pris une stature internationale grâce à ce travail ?
A.R. : « Peut-être. Nous le verrons d’ici un an ou deux. Cependant, nous abordons chaque projet avec la même intensité, qu’il s’agisse des Jeux Olympiques ou d’un artisan charpentier des Alpes. Notre moteur est la passion et la sincérité, jamais l’aspect financier. Si cette réalisation change la stature du studio, ce que mes clients américains ont immédiatement perçu, notre manière de nous investir émotionnellement dans nos projets restera inchangée. »