Cinq ans après son retour, le Tour de France Femmes poursuit sa montée en puissance. A Lausanne, en Suisse, où l’édition 2026 a pris son envol samedi 1er août, jour de fête national dans la Confédération, le public a répondu massivement présent sur le bord des routes. La présence médiatique plus importante, l’arrivée de partenaires et la structuration des équipes démontre que l’épreuve et le cyclisme féminin gagne du terrain dans l’écosystème du cyclisme.
Juste avant que le départ ne soit donné dans la capitale olympique, Marion Rousse, la directrice du Tour de France Femmes chez Amaury Sport Organisation, souligne la complémentarité avec l’épreuve masculine qui ne chevauche plus le premier week-end de course. L’épreuve féminine s’appuie sur la force de cette marque mondiale pour accélérer son développement, sans s’inscrire dans une logique de concurrence.
Pour la première fois le Tour de France Femmes ne part pas le week-end où se termine celui des hommes, mais cinq jours après. était-ce un challenge ?
Marion Rousse : « Oui, c’était un petit pari. C’était la première année que nous procédions de cette façon, mais on voit que chaque année, nous franchissons des paliers. Après l’étape finale à Montmartre, le public état un peu en “post-déprime” parce que le Tour était terminé. Mais ils savaient que cinq jours après ce serait le Tour de France Femmes. Cela fonctionne car il y a plus de médias présents et j’ai fait énormément d’interviews, ce qui n’était pas le cas lors des premières éditions. L’affluence au bord des routes est incroyable. Christian Prudhomme [le Directeur du Tour Hommes] m’a d’ailleurs dit qu’il ne voyait plus de différence entre le Tour hommes et le Tour de France Femmes avec Zwift : c’est désormais “le Tour de France”, tout simplement. »
Sur le volet du sponsoring, vous faites le plein de marques. Le Tour de France Femmes pourrait-il devenir indépendant du Tour masculin dans ce domaine ?
M.R. : « Il est déjà indépendant car ce n’est plus une course “collée”. Mais il est bien d’avoir les mêmes références et partenariats, comme pour le maillot jaune ou le maillot vert. Nous ne sommes pas en concurrence avec le Tour hommes, qui restera toujours notre “grand frère”. Il faut pouvoir utiliser l’aura du Tour de France pour promouvoir notre épreuve, qui arrive juste derrière. C’est une bonne chose d’avoir les mêmes sponsors, même si certains choisissent d’investir uniquement dans le cyclisme féminin. »
C’est la deuxième année consécutive que le départ est donné à l’étranger. Cela peut-il devenir une tendance ?
M.R. : « Je pense que, comme pour les hommes, c’est un indicateur de la bonne santé de notre course. Nous sommes une épreuve très récente, c’est seulement la cinquième édition, et pourtant à l’international on a déjà envie de bénéficier du rayonnement du Tour de France Femmes. Je prends donc très positivement le fait que nos amis suisses aient eu envie d’accueillir ce grand départ. »
Selon vous, le rayonnement du cyclisme féminin continue-t-il à grandir ?
M.R. : « Oui. C’est dingue. L’année dernière, j’en avais des frissons à chaque étape car on n’avait jamais vu ça. Il faut se souvenir qu’il y a à peine cinq ans, personne ne regardait le cyclisme féminin et on ne connaissait pratiquement aucun nom de ces championnes. Arriver, en cinq ans, à réunir un public aussi nombreux, qui a compris la magie du Tour de France, c’est au-delà de mes espérances. On sent qu’il se passe quelque chose. »
Il y a cinq équipes françaises, avec l’arrivée de Ma Petite Entreprise. Comment jugez-vous ce niveau de participation ?
M.R. : « Cela me fait très plaisir d’avoir de nouvelles équipes françaises, avec des fonctionnements différents. Le milieu amateur souffre beaucoup. Il est donc important d’avoir des structures solides au haut niveau, qui durent dans le temps. L’arrivée de nouvelles équipes, comme Decathlon CMA CGM montre que cela fonctionne et donne envie d’investir dans le cyclisme féminin pour créer un vivier. »
Propos recueillis par Bruno Fraioli, à Lausanne (Suisse)
© Sport Business Club – Août 2026