C’est la quatrième Coupe du monde masculine de football que Bein Sports retransmettra cet été. La chaîne sportive a acquis, au nez et à la barbe de Ligue 1+, les droits payants de l’ensemble de la compétition, soit 104 matchs*, du 11 juin au 19 juillet 2026. L’événement, organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique, aura l’inconvénient, en raison du décalage horaire, de proposer certains matchs en pleine nuit. Une contrainte dont Bein Sports a fait un argument marketing avec une signature explicite : “Tous les matchs, jour et nuit”. La chaîne aurait déboursé 30 millions d’euros pour ces droits, un montant non confirmé.
Lors d’une journée classique, Bein Sports retransmettra cinq matchs : à 18h00, 21h00, minuit, 3h00 et 5h00. Le reste de l’antenne sera consacré à des magazines, notamment le matin avec “Good Morning America”. Certaines rencontres bénéficieront aussi d’une rediffusion en journée. Très enthousiaste avant l’échéance, Florent Houzot, directeur des antennes, des programmes et de la rédaction, a expliqué que ce Mondial, comme les autres grands rendez-vous sportifs, permettra à la chaîne de franchir un nouveau palier en nombre d’abonnés.
Bein Sports retransmet l’ensemble des 104 matchs de la Coupe du monde*. Allez-vous recruter de nouveaux abonnés ?
Florent Houzot : « La Coupe du Monde est une toujours étape importante car c’est une compétition qui fédère et rassemble. Il y a toujours un gros gain d’abonnés à chaque édition. C’est le cas aussi pour la Coupe d’Afrique des Nations. Nous ne communiquerons pas chiffres précis parce que cela reste un secret industriel. Sur un mondial l’objectif est double : fidéliser nos abonnés actuels en les remerciant de leur suivi tout au long de la saison et en recruter de nouveaux. Je peux seulement dire que sur dix nouveaux abonnés recrutés pour la compétition, en général, nous en conservons au moins cinq après. L’enjeu sera de leur montrer, à travers nos bandes annonces et nos rendez-vous, que Bein Sports ne s’arrête pas après la Coupe du Monde et que nous possédons un catalogue impressionnant en qualité et en quantité ».
Certains matchs du mondial seront diffusés en France en pleine nuit : n’est pas un horaire défavorable pour une chaine ?
F.H. : « Plutôt que de parler d’horaires défavorables, je retiens surtout que le nombre de matchs est beaucoup plus important que d’habitude. Pour une Coupe du Monde, on se réveille à n’importe quelle heure car tous les matchs comptent. Même des affiches improbables sur le papier peuvent avoir une répercussion énorme ».
Bein Sports n’enverra pas de commentateurs sur place. Cette décision a-t-elle été prise dans un souci d’économie ?
F.H. : « Honnêtement, ce n’est pas l’argument numéro un. C’est avant tout un choix éditorial. Les distances en 2026 entre les villes-hôtes du mondial, aux États-Unis, le Canada et le Mexique sont improbables. Nous avons fait des simulations : envoyer un commentateur couvrir l’Angleterre puis l’Allemagne s’est révélé techniquement impossible, ou alors cela réclame des enchaînements épuisants en termes de vols et de décalages horaires. Le but n’est pas d’épuiser nos journalistes dans les transports. Cependant, si l’équipe de France atteint la finale, il est prévu que nous soyons physiquement en bord pelouse avec Thomas Thouroude, Christophe Josse, Daniel Bravo, Marcel Desailly, Louis Fernandez et d’autres consultants ».
N’y a-t-il pas un risque de perdre en émotion et en information si les commentateurs ne sont pas dans le stade ?
F.H. : « Aujourd’hui, avec les réseaux et les outils mis en place par la FIFA, notamment les plateformes de partage d’images et d’informations, on est parfois plus “confort” en cabine au sein de la chaîne et avec une connexion de qualité qu’au stade. Pour l’émotion, nos ingénieurs du son travaillent énormément sur le mixage pour que le commentateur soit en immersion totale. En cabine à Bein Sports, ils auront de grands écrans avec des “beauty shots” proposant des plans larges du stade pour suivre tout ce qui se passe hors champ ».
Comment les commentateurs ont-ils pris cette décision ?
F.H. : « Très bien. Certains appréhendaient justement une logistique lourde et craignaient de passer cinq semaines dans les avions avec, à la clé, le risque de perdre des affaires ou des valises. Nos journalistes ont l’habitude de ce mode de fonctionnement car ils commentent déjà trois ou quatre matchs par semaine en cabine pour la Ligue 2 ou La Liga. Cela ne nuira pas à la qualité de la couverture ou du commentaire : au contraire. Il seront bien plus pointus car ils pourront mieux suivre les nations dont ils ont la charge ».
Concrètement, combien de personnes seront tout de même sur place ?
F.H. : « Il y aura une quinzaine de reporters là-bas. Leur rôle sera d’apporter un vrai plus : ambiance, compositions d’équipes en bord de terrain, réactions en zones mixtes, suivi des entraînements et accès aux hôtels des nations. Nous aurons notamment Clément Grèze, Guillaume Trullier et Alexandre Carré pour le contenu antenne ».
Avez-vous envisagé, comme le fait M6, de recruter un créateur de contenus ?
F.H. : « Sur Bein Sports, on ne mélange pas tout : nous nous adressons à des fans de football qui attendent des commentaires professionnels et des analyses objectives. Pendant le tournis, nous aurons Nico Colombien. Il travaille avec nous depuis janvier pour la partie numérique, mais il ne sera pas sur place. En revanche, nous intégrons une nouveauté importante : un consultant arbitre professionnel. L’arbitrage est un élément structurant du jeu que les joueurs et entraîneurs ne maîtrisent pas toujours parfaitement. Cet expert expliquera les règles, analysera la personnalité des arbitres et permettra de clôre les débats en plateau en expliquant les interprétations officielles ».
Comment Bein Sports va gérer les “pauses fraîcheur” à l’antenne ?
F.H. : « Avec les arrêts de jeu liés au VAR et les pauses fraîcheur qui dureront trois minutes chaque mi-temps, les matchs dureront entre 2h et 2h10. La publicité n’est pas notre premier levier de rentabilité : ce sont les abonnés. Mais nous aurons un peu de publicité, et notamment des écrans pendant ces pauses fraîcheur. Les écrans ne dépasseront pas une minute… pour permettre aux commentateurs de se rafraîchir. Le reste du temps sera consacré à la de l’analyse de match. Mon interrogation porte surtout sur l’incidence de ces coupures sur l’intensité du jeu et, du coup, l’intérêt du match ».
Propos receuillis par Bruno Fraioli
© SportBusiness.Club – Mai 2026
(*) M6 a acquis les droits en clair de 54 affiches du Mondial 2026. Bein Sports disposera donc de l’exclusivité sur 50 rencontres, en particulier celles de la nuit.