23 mars 2026

Temps de lecture : 3 min

Mathieu Sakkas (Alpes 2030): “Copier Paris 2024 serait une erreur !”

Interview. Après le handover des Jeux d’hiver 2026, le Directeur de la marque et de l'image des Jeux français esquisse le récit des Alpes 2030. Entre ambition artistique, héritage et mobilisation des territoires.

Les images du passage des drapeaux entre le Comité d’organisation des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 et celui des Alpes Françaises 2030 ont donné le ton. À travers ces deux séquences distinctes d’handover, olympique et paralympique, les organisateurs français ont posé les bases d’un récit artistique et territorial. L’objectif était d’installer une identité forte pour Alpes 2030, tout en s’adressant à un public international.

Derrière cette première mise en scène, la direction artistique assume des choix symboliques et narratifs marqués. Inspiration, héritage, contraintes techniques et attentes locales : le Directeur marque et images d’Alpes 2030, Mathieu Sakkas, revient sur les coulisses de ces séquences et les enjeux de mobilisation autour du projet.

Quels sont les retours après les deux séquences de handover aux Jeux olympiques et paralympiques de Milan-Cortina 2026 ?

Mathieu Sakkas : « Les retours que nous recevons sont très positifs. Nous avons œuvré pour créer un projet singulier qui réalise la synthèse entre le monde sportif, le monde politique et le grand public. Je suis toutefois un peu déçu par un incident technique lors de la diffusion de la partie paralympique de notre film : les dix dernières secondes ont été coupées pour des raisons d’organisation en régie. Bien que le son ait continué, l’image a manqué, c’est pourquoi j’invite chacun à découvrir l’intégralité du film sur nos réseaux sociaux. Un making-of sera également publié sous peu pour dévoiler la dimension artistique et les mois de travail nécessaires pour produire une telle séquence ».

Pourquoi avoir choisi la lumière comme fil rouge artistique ?

M.S. : « Il a été choisi avec nos agences. En montagne, la lumière est une matière à part entière qui réagit aux reliefs, aux saisons et aux textures. J’ai personnellement été inspiré par les travaux de Pierre Soulages sur le noir et la lumière, et j’ai souhaité que cette dernière soit notre matière première. Nous avons conçu une scénographie autour d’un astre lumineux s’élevant dans le ciel pour devenir un repère pour les athlètes et les habitants. Cette énergie collective doit générer une “aube puissante” jusqu’au Mont-Blanc. Cette symbolique de l’aube naissante marque le premier chapitre de notre histoire, tout en faisant écho à la flamme et à la vasque olympique ».

La France accueillera les Jeux d’hiver pour la quatrième fois. C’est important pour la narration ?

M.S. : « C’est surtout un fait exceptionnel et une singularité rare à l’échelle mondiale. Cela confirme que notre pays est une véritable terre de sports d’hiver, tant par la pratique que par l’engouement du public. L’héritage d’Albertville 1992 est d’ailleurs encore très présent ; les habitants témoignent encore de l’impact transformateur des Jeux sur leurs territoires et leurs vies. Sur le plan artistique, nous nous souvenons de la cérémonie de Philippe Découflé, qui avait su rendre des concepts “niche” accessibles et universels pour un public mondial. C’est ce devoir d’universalité et cette capacité à innover culturellement qui guident notre réflexion ».

Les Jeux de Paris 2024 vous inspirent ils ?

M.S. : « C’est une source d’inspiration majeure, surtout pour sa capacité à transcender les critiques. Malgré les polémiques initiales sur les transports ou le logement, le relais de la flamme et la cérémonie d’ouverture ont fini par convaincre et susciter le désir. L’alliance entre l’écrin parisien et la performance sportive a parfaitement fonctionné. Toutefois, nous ne voulons pas nous définir uniquement en comparaison avec Paris. Nos contextes géopolitiques, budgétaires et locaux sont différents. Copier Paris 2024 serait une erreur, mais nous devons nous en inspirer pour leur réussite à engager les citoyens et à créer une dynamique de performance ».

Comment comptez-vous séduire et embarquer les “Montagnards” les habitants des territoires hôtes de ces jeux ?

M.S. : « Plutôt que de chercher à séduire, nous souhaitons être dans une logique de conviction. Nous portons un projet sociétal qui dépasse l’événement sportif. Les critiques ne m’inquiètent pas ; je les vois comme un test de notre responsabilité vis-à-vis des fonds publics engagés par l’État et les régions. Notre équipe est présente sur le terrain. La montagne est un territoire que je connais bien et que je pratique personnellement. Il est crucial de comprendre que la montagne est plurielle : elle ne se limite pas aux stations, mais englobe toute la vie des Alpes, des vallées aux sommets. La réussite des Jeux dépendra autant du comité d’organisation que de l’implication quotidienne des acteurs locaux, des élus aux conducteurs de bus ».

Entretien : Bruno Fraioli
© SportBusiness.Club – Mars 2026

L’agenda de Mathieu Sakkas avec Alpes 2030 :

  • La Vision : Présentation de la colonne vertébrale sémantique du projet.
  • L’Emblème : Révélation de l’identité visuelle qui se voudra “élégante” et “marquante”.
  • Les Cérémonies : Développement des concepts et des modèles économiques associés.
  • Les Mascottes : Lancement de l’appel d’offres pour en faire un vecteur narratif fort.
  • En 2027 : Création des actifs finaux tels que la vasque, la torche, les médailles et l’identité visuelle globale (“Look of the Games”).

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