Samedi 27 et dimanche 28 juin 2026, les Championnats de France de cyclisme sur route se sont déroulés sous la canicule à La Tour-du-Pin (Isère). Cela n’a pas empêché d’assister à des courses très disputées, mais devant un public réduit en raison de ce soleil de plomb. Michel Callot, président de la Fédération française de cyclisme (FFC), est resté en contact constant avec les services de l’État. Il redoutait le passage du département en vigilance rouge canicule, ce qui aurait pu conduire la sous-préfecture à demander l’annulation des épreuves.
Le thermomètre s’invite désormais dans l’équation économique du sport. La hausse des températures, mais aussi les orages, obligent les organisateurs à intégrer un nouveau risque opérationnel : celui de l’annulation. Michel Callot voit dans le dérèglement climatique une “épée de Damoclès” au-dessus du cyclisme, mais aussi de l’ensemble du mouvement sportif. Tous les organisateurs sont concernés. Le Tour de France ne serait pas à l’abri. Une nouvelle période de canicule est annoncée pour la première semaine de l’épreuve, qui s’élancera de Barcelone (Espagne), samedi 4 juillet 2026.
Vous avez parlé, en évoquant la canicule, une “épée de Damoclès” au-dessus du cyclisme. Cette menace est-elle propre aux disciplines outdoor ?
Michel Callot : « Je ne pense pas que nous puissions limiter ce constat aux seuls sports d’extérieur. En salle, l’absence fréquente de systèmes de climatisation empêche parfois de rafraîchir suffisamment les enceintes sportives. Nous avons d’ailleurs déjà vu des compétitions indoor annulées lors de passages en vigilance rouge. En réalité, cette “épée de Damoclès” pèse sur l’ensemble de la société et pas seulement sur le sport. Lorsque les autorités préfectorales prennent des mesures d’interdiction générale de la pratique sportive, qu’elle soit individuelle, organisée ou associative, sur certaines tranches horaires, nous ne pouvons pas nous en extraire. L’incertitude est totale : personne ne peut prédire avec certitude si, dans quinze jours, nous devrons affronter des températures de 45 ou 50 °C. C’est précisément cette transformation imprévisible du climat qui constitue notre “épée de Damoclès”. »
Cela signifie-t-il qu’une institution sportive, comme la FFC, ou un organisateur d’événement sportif pourrait être contraint d’annuler une compétition professionnelle au dernier moment ?
M.C. : « Nous devons tous en être conscients. Si un préfet décide d’interdire une manifestation parce qu’il l’estime trop exposée au danger, je n’ai aucun pouvoir de contestation, pas plus que mes homologues des autres fédérations. C’est une réalité incontournable. Le mouvement sportif, sous l’égide du CNOSF, travaille activement pour démontrer notre expertise dans la gestion des phénomènes de forte chaleur. Toutefois, notre compétence se heurte à des seuils physiques. Au-delà d’une certaine limite, quelles que soient les mesures préventives déployées, nous sommes désarmés. Ce sont des limites imposées par la nature elle-même. »
Cette situation pourrait-elle conduire à l’annulation d’une étape du Tour de France ?
M.C. : « Dans l’absolu, malheureusement, oui. Cela s’applique au Tour de France comme à n’importe quelle autre épreuve majeure du calendrier sportif international. »
Comment le monde du sport peut-il s’adapter à ces nouveaux enjeux climatiques ?
M.C. : « Le sport doit suivre la trajectoire d’adaptation de l’ensemble de la société. Comme les entreprises qui cherchent des solutions pour protéger leurs salariés exposés à la chaleur, le sport doit mener cette réflexion et mettre en œuvre des alternatives. La difficulté majeure pour nous réside dans notre modèle basé sur l’événementiel. Même en intégrant au maximum ces préoccupations météorologiques (chaleur, mais aussi phénomènes orageux violents en été), nous pouvons nous adapter jusqu’à un certain point seulement. Il existe un seuil critique où la confrontation aux éléments rend toute organisation impossible. »
Le sport professionnel n’a-t-il pas justement pour rôle de montrer que des athlètes de haut niveau, parfaitement préparés, peuvent supporter ces conditions extrêmes ?
M.C. : « C’est une question de nuance et de dosage. On ne traite pas de la même manière une épreuve de masse, où n’importe quel amateur peut s’engager, et une compétition réservée à des experts entraînés et encadrés médicalement. Les dispositifs déployés par les équipes professionnelles pour protéger leurs athlètes sont d’une ampleur sans commune mesure avec ce qui existe pour le grand public. À l’inverse, il est très inquiétant de voir, en plein été, des cyclistes amateurs s’attaquer de manière isolée aux grands cols alpins sur des versants sud écrasés de chaleur. C’est une pratique non encadrée et extrêmement périlleuse. Il faut donc distinguer les deux : les sportifs professionnels, de par leur préparation et l’encadrement dont ils bénéficient, sont capables de supporter des charges d’exposition thermique bien supérieures à celles du grand public. »
Entretien : Bruno Fraioli
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