28 octobre 2026

Temps de lecture : 2 min

Voile. Justine Mettraux à quai pour mieux viser 2028 et le Vendée Globe

La skippeuse suisse prépare son prochain Vendée Globe avec un projet structuré autour de partenaires fidèles et d’une organisation externalisée.

Présente à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour le départ de la Route du Rhum, Justine Mettraux, ne cache pas une certaine décontraction. Huitième du dernier Vendée Globe et recordwoman du Tour du Monde, elle regardera partir ses collègues de mer dimanche 1er novembre : la skippeuse suisse attend son nouvel Imoca, dont la construction, lancée en mars 2026, doit s’achever en juin 2027. Double vainqueure de la Volvo Ocean Race, la navigatrice vise très haut en 2028 pour la course autour du monde en solitaire. Son ambition sportive repose sur une mécanique économique déjà sécurisée.

Son projet représente un investissement total d’environ 16 millions d’euros sur quatre ans, construction et fonctionnement compris. Un budget financé par ses deux sponsors historiques, Teamwork et le Groupe SNEF, ainsi que par un mécène. Les trois financeurs participent à parts presque égales à la construction du monocoque. Teamwork et le Groupe SNEF assument ensuite le fonctionnement du projet. « Nous sollicitons encore quelques partenaires secondaires, mais principalement pour alléger l’engagement de nos sponsors principaux,» explique Justine Mettraux.

La navigatrice souligne l’importance de la fidélité de ses aides : « Avoir des partenaires qui m’ont soutenue lors du précédent Vendée Globe et qui renouvellent leur confiance pour le suivant permet de s’inscrire dans une vraie continuité. » La gestion opérationnelle est confiée à Beyou Racing et le manager du projet assure la recherche de sponsors. Une organisation qui libère la navigatrice des contraintes entrepreneuriales. « Ne pas être propriétaire ou gestionnaire directe de la structure m’évite la lourdeur administrative et financière liée à la direction d’une entreprise avec des salariés et des charges importantes,» souligne-t-elle.

“Soutenir une skippeuse est un marqueur singulier”

Justine Mettraux estime qu’être une femme n’est pas un handicap dans la recherche de sponsor. Ce serait plutôt l’idée inverse : « Sous certains aspects, cela peut même s’avérer plus facile, car nous bénéficions d’un facteur de différenciation naturel. » Dans un univers où les navigatrices restent minoritaires, cette singularité serait un argument commercial : « Pour un sponsor ou un dirigeant d’entreprise, soutenir une skippeuse constitue un marqueur singulier et pertinent, plutôt que de financer un énième projet masculin. » Elle nuance toutefois : « La recherche de partenariats repose avant tout sur les opportunités, les rencontres au bon moment et les affinités humaines. »

Cette différence ouvrirait d’autres perspectives marketing. « Des entreprises grand public commercialisant des produits destinés aux femmes peuvent voir dans le soutien à une skippeuse un excellent vecteur de promotion,» affirme-t-elle. Justine Mettraux identifie également les entreprises dirigées par des femmes comme des prospects potentiels. La rareté des navigatrices constitue aussi un avantage médiatique : « Les médias accorderont plus facilement de l’attention à la 6ᵉ femme au départ de la Route du Rhum qu’au 80ᵉ concurrent masculin. » Pour autant, la Suissesse refuse une action fondée uniquement sur le genre : « J’ai pour ma part toujours axé ma communication sur la performance pure, car c’est ce qui reflète le mieux mon identité sportive. »

Pour développer la place des femmes dans la course au large, Justine Mettraux défend les dispositifs encourageant la mixité. Elle en a bénéficié lors de compétitions en équipage. « Cela m’a donné l’opportunité de naviguer aux côtés de marins aguerris, de me former et d’acquérir une précieuse expérience du large,» rappelle-t-elle. Elle reconnaît également que des écarts de rémunération ont existé entre marins et navigatrices engagés comme équipiers. Mais son parcours illustre aussi la possibilité de construire une relation commerciale durable. Quinze ans après son premier engagement avec Teamwork, la skippeuse veut continuer à convaincre ses partenaires par ses résultats, davantage que par son statut de femme.

Bruno Fraioli, envoyé spécial à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine)
© SportBusiness.Club – octobre 2026

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