L’émotion est contenue, mais bien réelle. Dans la grande salle climatisée de la médiathèque municipale de La Tour-du-Pin (38), Célia Le Mouël vient, quelques minutes plus tôt, ce jeudi 25 juin 2026, de remporter le championnat de France élite femmes du contre-la-montre. La cycliste professionnelle remercie longuement son équipe : Ma Petite Entreprise. Derrière les journalistes, debout, Michaël Amand, directeur général de cette jeune structure, savoure. « Oui, ça fait quelque chose,» confie-t-il à SportBusiness.Club.
Basée à Chambéry (73), l’équipe, officiellement née en décembre 2025, revendique un modèle de financement singulier. Il ne repose pas sur un ou deux grands partenaires, mais sur une multitude d’entreprises, PME ou TPE : 500 à ce jour. Ce titre national, décroché dès la première année d’exercice, a donc une saveur particulière. « En fait, le projet n’est pas de créer une équipe, mais une marque avec une identité forte, explique Michaël Amand. Nous voulons montrer qu’à plusieurs, on peut aller plus loin ».
L’équipe participera au Tour de France Femmes, qui débutera à Lausanne (Suisse) le 1er août prochain, malgré sa jeunesse et un budget de fonctionnement limité à 1,5 million d’euros. « Un tiers du budget vient des échanges avec les équipementiers, visibles sur notre maillot, un autre gros tiers provient de ces 500 entreprises qui nous suivent et investissent jusqu’à 15 000 euros par an environ, détaille le dirigeant. Le dernier petit tiers vient de quelques sociétés qui mettent plus, jusqu’à 75 000 euros ». Toutes sont inscrites en filigrane sur les maillots des coureuses. Aucune ne doit dépasser 20% du budget de l’équipe.
Visibilité et engagement
« Nos sponsors accèdent à la vie de l’équipe, à ses athlètes et à une communauté animée toute l’année, affirme Michaël Amand. L’objectif est de faire du partenariat un outil de visibilité, mais aussi de relations d’affaires ». Ce networking se traduit par des sorties à vélo ou des rencontres sur les épreuves. Ma Petite Entreprise veut aussi grandir. Cela passera peut-être par l’Alice Milliat Foundation, qui a annoncé, le même jour que ce premier titre tricolore, un partenariat avec l’équipe. « Ils sont venus nous voir, et on a tout de suite compris que nos valeurs communes se rejoignaient,» relate le dirigeant.
Un accord de trois ans a été signé entre les deux structures afin de proposer aux marques une offre qui ne repose pas seulement sur la visibilité. Le futur partenaire bénéficiera d’un emplacement visible au dos du cuissard des coureuses. Il associera aussi son image à des actions en faveur de la pratique féminine, de la médiatisation des sportives et de leur accompagnement vers la reconversion. Le ticket est fixé à 250 000 euros au total : 200 000 euros pour l’équipe et 50 000 euros pour la fondation.
L’agence Sport Market accompagne cette opération. Pour Michaël Amand, l’ambition est de « concilier performance sportive, innovation économique et impact sociétal ». L’Alice Milliat Foundation apportera son expertise sur la valorisation du sport féminin. Magali Tézenas du Montcel et Éric Florand, coprésidents de la fondation, évoquent « une manière nouvelle de faire du sponsoring ». Le duo veut démontrer que ce modèle engagé peut attirer de nouveaux partenaires vers le cyclisme féminin. Les victoires devraient accélérer le projet.
© SportBusiness.Club – Juin 2026